Des hommes enlèvent les débris du toit d'un bâtiment sur le site d'une frappe aérienne israélienne sur le village d'Aito dans le nord du Liban le 15 octobre 2024. Photo AFP/Joseph Eid
La frappe israélienne lundi sur une maison habitée par des familles déplacées à Aïto, dans le caza de Zghorta au Liban-Nord, semble avoir attisé une forme de paranoïa dans des régions accueillant des habitants du Liban-Sud, de la Békaa ou de la banlieue sud de Beyrouth. Cette frappe a fait 22 morts dont, selon certaines informations, un membre du Hezbollah qui serait la véritable cible de l'attaque. Depuis, une certaine méfiance s’est installée à l’encontre des déplacés ayant loué des maisons, attisée par des messages souvent douteux sur les réseaux sociaux.
Parmi ces municipalités, celle de Bickfaya, l'une des principales localités du Metn. La présidente de son conseil municipal, Nicole Gemayel, assure à L’Orient-Le Jour que la municipalité a tenté de dissiper ces peurs une première fois mardi, dans un communiqué, en demandant « à tous ceux qui louent des biens de notifier la municipalité du nom des locataires et de leur nombre, ainsi que de tout changement s’il a lieu ». « Or ce matin (mercredi), un message sur X a semé à nouveau la panique parmi les habitants, en leur demandant de chasser les déplacés du village », affirme-t-elle, assurant ne pas savoir qui est l’auteur du message, publié sur un compte mystérieux appelé « Mount Levnon », qui arbore le drapeau israélien et qui est reposté par le journaliste Edy Cohen. La municipalité a donc publié un second communiqué dans lequel elle appelle ses administrés au calme, rappelant avoir suivi une politique de vigilance depuis le premier jour et leur donnant un numéro à contacter en cas du moindre doute : 03-224755. Interrogée sur ce qu’elle compte faire, Mme Gemayel déclare « surtout ne pas avoir l’intention de renvoyer un quelconque déplacé ayant trouvé refuge dans le village ». « Bien au contraire, nous faisons tout pour assurer la sécurité de nos résidents et de nos visiteurs », ajoute-t-elle.
Baabdate est une autre localité du Metn ciblée par des rumeurs circulant sur certains sites électroniques. La panique a été provoquée par des soupçons sur la présence d’un homme d’affaires proche du Hezbollah, Hassan Moukalled, objet de sanctions américaines. Dans un communiqué, la municipalité a assuré mercredi « suivre cette affaire de près ». « Il semble que M. Moukalled ait séjourné, il y a près de deux mois, à plusieurs reprises dans une maison qui appartiendrait à sa seconde femme, dont il serait divorcé », selon le communiqué. Suite aux rumeurs, la municipalité a alerté les services de renseignements de l’armée, pour se rendre compte que « M. Moukalled n’a pas résidé dans cette maison depuis trois semaines, et serait même à l'étranger ». « La municipalité ne désire en aucun cas exposer ses administrés à des risques et suit le dossier des déplacés dans toutes ses facettes », poursuit le texte.
Dékounané ou Sahel Alma
Une autre municipalité qui a fait l’objet de rumeurs est celle de Dékouané, sur le littoral du Metn. Son président de conseil municipal, Antoine Chakhtoura, contacté par L’OLJ, dément tout fondement à ces rumeurs. Dans un communiqué publié mercredi, la municipalité de Dékouané fait référence « à un tract partagé sur les réseaux sociaux, évoquant un danger venant des déplacés et n’ayant aucune crédibilité ». Le texte assure que la municipalité « surveille de près les déplacés qui ont loué des maisons, en coopération avec les forces de l’ordre ». Elle appelle les citoyens à ne pas paniquer et à la notifier en cas de moindre doute, tout en écartant tout danger imminent.
Une certaine panique a également été observée à Sahel Alma, dans la ville de Jounieh, au Kesrouan. Lundi après-midi, un numéro israélien a envoyé des messages sur WhatsApp aux habitants de l'immeuble « Flower Building », dans le quartier de Mar Doumit, pour les inciter à quitter les lieux en raison d’une « menace israélienne imminente » sur des roquettes présumées en possession d’un soi-disant combattant du Hezbollah habitant le bâtiment. L’immeuble a été évacué temporairement.
Un peu plus tard, une information allant dans ce même sens, attribuée à la chaîne locale al-Jadeed, a circulé et fini de semer la panique. Il s’est avéré que la rumeur n’avait aucun fondement : contactée par L'Orient-Le Jour mardi, une source haut placée au sein de l'armée libanaise a affirmé qu'aucune roquette n'a été retrouvée dans l'immeuble en question. La chaîne al-Jadeed a également démenti le message diffusé en son nom.
À Saida, la municipalité a démenti mercredi des rumeurs relayées sur les réseaux sociaux selon lesquelles son président aurait reçu des messages de mise en garde d’un numéro israélien. Ces messages auraient appelé, selon ces rumeurs, à une évacuation de toute la zone jusqu’au fleuve Awali. La municipalité, selon notre correspondant, « a demandé aux forces de l’ordre de prendre les mesures qui s’imposent à l’encontre de ceux qui lancent de pareilles rumeurs », appelant les habitants à rester vigilants et ne pas partager des rumeurs infondées.



C'est aussi la guerre des nerfs. N'oublions pas qu'Israhell veut pousser les Libanais à la guerre civile et que diviser pour régner est sa spécialité. Et on sait qu'ils mentent comme ils respirent.
12 h 25, le 17 octobre 2024