Carol Woolton fait parler les bijoux. Photo tirée des réseaux sociaux
« Les bijoux ne sont pas uniquement une expression visuelle. Ils ont leur propre langage. En plus de parler, les bijoux créent des liens. Ils constituent une tradition culturelle, la plus ancienne, et elle nous lie tous à la culture ou à la civilisation dans laquelle nous sommes nés. C'est aussi le grand pont entre le passé et le futur. »
À partir de ce concept, Carol Woolton a bâti un ouvrage intitulé If Jewels Could Talk : Seven Secret Histories (Si les bijoux pouvaient parler : sept histoires secrètes), qui vient juste de sortir. Cette écrivaine britannique et historienne de l’art de la joaillerie a également une longue carrière de collaboratrice auprès de l’édition anglaise de Vogue et de publications prestigieuses telles que Town and Country, Tatler Magazine et The Financial Time. En ce moment, elle réalise des podcasts hebdomadaires à ce sujet. Forte de son expertise, sa plume s’est fait la porte-parole de ces parures luxueuses, relatant leur genèse, leur rôle et leur symbolique. « C’est un trésor d'histoires oubliées sur les bijoux à travers le temps que ravive cette experte en joaillerie de renommée internationale. Son ouvrage se réfère à la signification culturelle des bijoux et il est émaillé d’anecdotes éclectiques qui en émanent », souligne son éditeur, Simon & Schuster.
Les sept bijoux-connexion
Carole Woolton embarque le lecteur dans un périple à travers les époques via sept catégories de bijoux : anneaux, bagues, perles, breloques, broches, manchettes et ornements de tête. « J’ai identifié ces modèles d’ornement comme connectant les personnes aux cultures du monde entier. Plus que tout ce que nous portons, les bijoux parlent de nous. Ils révèlent notre style, notre identité à laquelle nous tenons, les époques, les souvenirs importants, notre famille et nos proches, qui sont tous encastrés dans ces petits objets. Ils sont d’une grande éloquence » , précise-t-elle dans un de ses podcasts.
Un livre qui s'adresse aux passionnés et aux curieux. Photo DR
Ailleurs, elle explique que ces accessoires se situent à l'intersection de presque tous les aspects de la vie : du design et de la mode jusqu’à la politique en passant par toutes les formes de l’art, les guerres, les révolutions, la géologie, les royautés, l’architecture, les traditions et les religions. « Bien sûr, les bijoux ajoutent des paillettes et de l’éclat à une tenue, mais ils ont une profondeur qui ne ressemble à rien d'autre que nous portons. Et cela remonte au début des temps lorsque la première perle de coquillage a été percée pour être portée », souligne-t-elle. En examinant des exemples des cultures du monde entier, elle va découvrir des histoires fascinantes sur les torques en argent vikings, le jade impérial en Chine, les bagues Posy du XVIe siècle, les pierres précieuses organiques, les motifs de serpent, la sculpture de camées romaines, les bijoux de mariage hindous et l'or étrusque.
L’un des plus grands saphirs du monde (422 carats) trouvé au Sri Lanka. Photo tirée du compte Instagram de l'auteure
Indémodables anneaux créoles
Carol Woolton confie aussi que durant la préparation de son livre, elle était sans cesse surprise de constater à quel point les bijoux anciens dégagent encore fraîcheur et modernité.
Se référant notamment aux créoles dorées exhibées par la reine Puabi vers 2600 avant J-C, elle indique que l'« on pourrait facilement les porter aujourd'hui. Pour moi, les anneaux sont le premier accessoire de mode, et nous nous y accrochons encore d’une manière obsessionnelle ». Elle met aussi en relief le « piercing », à commencer par le perçage des oreilles qui avait une connotation subversive remontant à l’âge d’or des pirates aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les hommes n'étaient pas autorisés à porter des bijoux et quiconque refusait d'obéir à ces lois s'exposait à une lourde amende, voire à la prison. Les tenues flamboyantes des pirates et leurs bijoux en or pourraient bien avoir été une réponse directe à ces lois. Faisant de leurs boucles d'oreilles un symbole de rébellion et un choix subversif de bafouer les règles. Auparavant, au XIIIe siècle, l'Église catholique avait interdit le perçage des oreilles, affirmant que cela modifiait indûment l'apparence créée par Dieu.
Jean Cocteau a rendu la bague Trinity de Cocteau mythique. Photo tirée du site officiel de la marque
La célébrissime bague Trinity de Cartier
Et, dans un temps très proche de nous, Carol Woolton s’est arrêtée à une bague qui a fait date, la Trinity de Cartier, sur laquelle elle a beaucoup de choses à dire. Plus de cent ans après son lancement et après être passée au doigt de célébrités, dont l'actrice et princesse de Monaco Grace Kelly, cet accessoire unique en son genre demeure des plus intrigants. Certains avancent des origines celtiques. D'autres prétendent que les anneaux d'or blancs, roses et jaunes entrelacés dérivent des alliances de mariage russes. En France, elle est aussi connue comme la bague aux trois ors. Son design d’anneaux roulants est né en 1924 sous le nom de « Trinity ». Elle est produite par Cartier, qui a récemment lancé une nouvelle version extralarge pour célébrer le centenaire de ce modèle, considéré comme les plus réussis par son fondateur. Cette bague a été inspirée par une idée de Jean Cocteau. Celui-ci, fasciné par les anneaux entourant Saturne, avait demandé à son ami Louis Cartier de transformer le système complexe d'anneaux planétaires en quelque chose de « petit et personnel pour son petit doigt ». Lorsque Cocteau est apparu portant une paire de bagues « Trinity », le Tout-Paris avait été fasciné, donnant rapidement un statut culte à ce bijou. Le duc de Windsor en a été l’un des premiers adeptes. Cartier réalise alors un triple bracelet dans le même style. Elsie de Wolfe, une décoratrice d'intérieur américaine en vogue l’achète en premier et Vogue invite le célèbre photographe Edward Steichen à fixer sur pellicule ces nouveaux bijoux « étonnamment chics ».


