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Campus - Témoignages

« C’est en ces moments précis que l’on devient conscient de la valeur de la vie humaine »

Déployés sur l’ensemble du territoire suite aux premières frappes massives israéliennes au Liban, les étudiants bénévoles de Caritas cherchent par tous les moyens à soutenir et à soulager les familles et personnes déplacées.

« C’est en ces moments précis que l’on devient conscient de la valeur de la vie humaine »

Rafka Rayes.Photo DR

Depuis plus de deux semaines, Rafka Rayes, coordinatrice du secteur Mont-Liban 1 rassemblant les cazas du Metn, du Kesrouan et de Jbeil, n’a dormi que quelques heures. À 23 ans, cette étudiante en droit à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) sillonne sans relâche les abris et centres d’hébergement dont s’occupe Caritas pour fournir une assistance humanitaire à des milliers de personnes fragilisées, à bout de force et vivant dans un état de stress et de peur permanents. « Nous cherchons à leur apporter une aide d’urgence, rapide et adaptée à leurs besoins immédiats, tels que la nourriture et le soutien aux moyens de subsistance, avance-t-elle. Mais les besoins sont immenses. C’est cinq fois plus que lors de l’explosion au port de Beyrouth. »

Sur le terrain durant la pandémie de Covid-19, mais aussi lors du drame du 4 août 2020, la jeune volontaire originaire de Hemlaya confie « avoir réalisé aujourd’hui pleinement ce qu’est la véritable mission de Caritas ». « J’étais sur le terrain lorsque la banlieue sud de Beyrouth a été bombardée. J’ai vu de mes propres yeux les gens qui se précipitaient dans tous les sens et tentaient de fuir de tous les côtés. J’ai éprouvé un vrai choc », admet-elle. Bouleversée par ces images, Rafka Rayes avoue avoir été également marquée par tous les instants vécus depuis le début des hostilités par tous les gens qu’elle a rencontrés en ces temps traumatisants. « Il y a deux jours, on vient m’informer que la maison d’une famille hébergée dans l’un des centres a été détruite, complètement pulvérisée. Non seulement ces gens ont quitté leur foyer sans savoir où aller, mais maintenant ils n’ont plus de domicile pour y retourner », fait-elle remarquer. « C’est en ces moments précis que l’on devient conscient de la valeur de la vie, de l’importance des droits de l’homme, de pouvoir vivre en paix, dans un lieu sûr, d’avoir un toit au-dessus de sa tête. C’est en ces instants que l’on réalise l’importance d’éprouver de la gratitude et de remercier Dieu pour tout ce qu’on a, alors que les autres ont tout perdu », martèle-t-elle.

Gérer la détresse d’une population affectée

En plus des services et soins médicaux essentiels, des repas, des colis alimentaires, des vêtements, des kits d’hygiène et de l’accueil d’urgence, Caritas cherche à travers ses équipes à « gérer la détresse » de la population en quelque sorte, en proposant un soutien psychosocial, une écoute et des activités destinées à améliorer autant que possible la santé mentale et le bien-être des personnes affectées par la guerre, notamment les enfants et les adolescents. « Dans l’un des centres du Metn, il y a un petit garçon nommé Jad. Chaque fois que j’invitais « Jado » à se joindre aux autres enfants pour jouer, il refusait. Et chaque fois que je lui demandais pourquoi, il me répétait qu’il ne voulait rien d’autre que retourner à la maison et retrouver son chat qu’il a laissé derrière lui », raconte-t-elle d’une voix émue. Elle poursuit : « À Beit Chabab, Caritas prend en charge de A à Z un centre d’urgence qui abrite 25 enfants de moins de 3 ans, dont une fillette autiste. Vous ne savez pas à quel point je suis heureuse quand ils accourent pour m’accueillir. Je crois que ce sont eux qui nous donnent la force de continuer et de donner le meilleur de nous-mêmes. » Même son de cloche du côté d’Antoine Gebran, responsable de la jeunesse du secteur de Jbeil. Étudiant en quatrième année de médecine à l’Université de Balamand, le jeune homme de 21 ans, qui fait lui aussi partie de l’Unité d’intervention d’urgence, assure puiser sa force « dans les sourires des bénéficiaires, mais aussi dans le fait qu’on est leur espoir dans les moments difficiles », confie-t-il. « Ce n’est pas aussi simple que cela. Nos parents ont vécu la guerre, mais nous, nous n’avons rien connu de tel », ajoute-t-il soulignant que parler, échanger et partager leurs vécus et ressentis entre jeunes volontaires permet entre autres de stimuler leur résilience, de renforcer leurs mécanismes d’adaptation et de mieux gérer les situations extrêmement difficiles. « Le fait d’être une équipe nous renforce considérablement. De plus, chacun trouve une satisfaction personnelle en aidant les autres », rappelle-t-il.

Déployée sur le terrain depuis la journée meurtrière du 23 septembre, une équipe composée de trente à quarante jeunes volontaires de Jbeil s’active à servir, en collaboration avec d’autres ONG à l’instar de la Croix-Rouge, plus de quinze abris répartis sur l’ensemble du caza. « Nos équipes se relaient jour et nuit pour assurer assistance et distribuer les aides matin, midi et soir », affirme-t-il. « Ce faisant, nous nous efforçons de dispenser un soutien psychologique aux personnes déplacées, notamment aux adolescents et aux enfants, à travers de multiples activités. Nous essayons de leur assurer une maison loin de la maison. D’ailleurs, au cours de notre mission, nous nous rapprochons des gens, surtout des enfants, et finissons par les connaître. Ils sont contents que nous soyons là », indique le jeune homme qui s’est déclaré profondément affecté par « les enfants, ces victimes innocentes qui ne comprennent rien à ce qui leur arrive », brutalement plongés dans le deuil, la souffrance et le désarroi. Il a été surtout touché par l’élan de solidarité de tous les jeunes de Caritas, qui d’après lui n’ont pas hésité une seconde à venir en aide aux déplacés arrivés dans un état d’épuisement physique et mental, au nom de la dignité humaine qu’ils se sont engagés à défendre.

Peter Mahfouz. Photo DR

« Amour et charité. » C’est avec ces mots qu’Angie Antoun résume sa mission au sein de Caritas. Bénévole depuis six ans, la jeune fille de 21 ans, étudiante en 3e année de médecine à l’Université Saint-Georges, sillonne avec les autres volontaires les villages du Chouf et de Aley. De Jiyeh à Damour, Jahliyeh, Kfarfaqoud, Deir Beba, Bater, Deir el-Qamar, Baakline, Semqaniyeh, Bater, Kfarnabrakh, Batloun jusqu’à Sofar et Aley, elle se déplace sans cesse pour soutenir les plus vulnérables et distribuer des repas chauds, de l’eau potable, ainsi que des biens et services de première nécessité aux personnes accueillies dans une quinzaine d’abris de fortune. « C’est du jamais vu. Nous nous retrouvons face à des gens qui n’arrivent même pas encore à comprendre ce qui leur arrive », dit-elle. « Mais ce qui m’a le plus impressionnée, c’est l’esprit solidaire des déplacés qui n’hésitent pas à s’entraider, surtout les femmes », renchérit-elle. Ne craint-elle pas pour sa vie lors de ses déplacements ? « Certes, nous craignons tous pour notre propre sécurité et celle de toutes nos équipes, mais l’amour du prochain et la vocation l’emportent », répond-elle.

Pour Antonio Alam, responsable de la jeunesse au Nord, membre de l’Unité d’intervention d’urgence et représentant de Caritas dans la cellule de crise de la région, la situation rappelle fortement celle de la double explosion du 4 août 2020. « Nous avons l’habitude d’organiser des activités, porter secours, mener des actions de solidarité, offrir des services et de l’aide, mais là c’est différent », fait-il remarquer. « Nous sommes confrontés à des gens qui ont tout perdu, parfois leurs familles tout entières, à des personnes qui n’ont plus rien à perdre et qui ne savent même pas ce que leur avenir leur réserve. Comme ce village du Sud qui a été entièrement déplacé à Markebta, ces femmes enceintes obligées de dormir par terre sur des matelas d’à peine 15 cm d’épaisseur, ces patients atteints de cancer ou de maladies chroniques ayant besoin d’un suivi… » se désole-t-il. « C’est très délicat, car face à ces souffrances et à ces pertes, notre aide revêt une importance cruciale, et notre réponse doit être humaine et solidaire », précise le jeune homme originaire de Abdine, dans le caza de Bécharré.

Opérant dans le Koura, à Zghorta, à Denniyé, à Tripoli et dans le Akkar, les volontaires s’activent sur plusieurs fronts, allant du recensement des cas et de la saisie de données, en passant par la préparation des colis, le stockage et la distribution des aides, jusqu’à l’organisation d’activités, la coordination des actions et l’octroi de services, ils s’investissent avec cœur au quotidien, douze heures d’affilée.

« Épuisés physiquement et moralement, nous nous réunissons souvent en fin de journée pour discuter, vider notre plein d’émotions, déstresser, recharger les accus et repartir de nouveau. Nous nous disons que c’est vrai que nous sommes esquintés, mais que notre fatigue n’est rien à comparer avec ce que les autres endurent », conclut-il.

En première ligne de la réponse humanitaire, la jeunesse de Caritas a récemment intensifié sa réponse d’urgence, s’évertuant à assurer l’accès aux services humanitaires de base et à renforcer la résilience des plus vulnérables en appliquant un plan d’intervention axé sur une approche multisectorielle, fondée sur les besoins, les vulnérabilités et les priorités des personnes sinistrées.

Antoine Gebran. Photo DR

Présents malgré les risques

Sur les 1 800 volontaires que compte l’association caritative, environ 200 bénévoles, issus essentiellement de l’Unité d’intervention d’urgence, travaillent à l’heure actuelle d’arrache-pied, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour fournir assistance et aide aux personnes affectées et déplacées par la guerre, comme l’assure Peter Mahfouz, responsable général de la jeunesse et de l’Unité d’intervention d’urgence à Caritas. Opérant habituellement par le biais de ses 36 secteurs répartis sur l’ensemble du territoire, l’association, comme l’explique le jeune responsable, a réussi jusqu’à présent à aider 24 355 individus, proposant 99 562 services, dont 80 000 repas chauds (déjeuners et dîners) distribués quotidiennement à plus de 100 refuges temporaires, sachant que certains secteurs, comme celui de Jezzine, du Chouf et de Deir el-Ahmar, sont en train de cuisiner eux-mêmes les plats. Caritas fournit également une aide comprenant de l’eau potable, des vêtements, des matelas, des kits d’hygiène, « sans oublier les soins de santé, physiques et mentaux, assurés à travers ses neuf cliniques ambulantes », ajoute-t-il.

Dans le Chouf. Photo Nour Boustany

« Cependant, plus la guerre se prolonge, plus ses conséquences deviennent dangereuses », s’alarme-t-il. « Le climat est encore clément, mais que faire durant l’hiver ? Comment les gens parviendront-ils à chauffer les plats qu’on leur offre ? Que vont faire ceux et celles qui n’ont pas réussi à trouver un abri et qui dorment dans les rues ? » s’interroge-t-il. Des questions qui restent sans réponse face à la situation sécuritaire qui s’aggrave de jour en jour, au risque d’une prolongation du conflit et donc d’un déplacement massif forcé supplémentaire. « Les besoins évoluent rapidement, et les effets sanitaires et socio-

économiques vont générer des besoins humanitaires importants ; donc, de nouveaux besoins à long terme vont apparaître », estime-t-il. Les centres d’hébergement ne sont pas équipés. Certains abritent 1 000 à 1 500 personnes alors qu’il n’existe que quelques toilettes. « Déjà, plusieurs cas de gale ont été signalés. Déjà, on manque de matelas ! » poursuit-il.

Anticipant ces besoins humanitaires croissants, l’association a déjà mis sur les rails plusieurs projets destinés à assurer les fonds nécessaires. En attendant, ses jeunes bénévoles, quoique exposés eux aussi aux risques et aux craintes pour la vie de leurs proches et la leur, continuent à répondre présent.


Depuis plus de deux semaines, Rafka Rayes, coordinatrice du secteur Mont-Liban 1 rassemblant les cazas du Metn, du Kesrouan et de Jbeil, n’a dormi que quelques heures. À 23 ans, cette étudiante en droit à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) sillonne sans relâche les abris et centres d’hébergement dont s’occupe Caritas pour fournir une assistance humanitaire à des milliers de personnes fragilisées, à bout de force et vivant dans un état de stress et de peur permanents. « Nous cherchons à leur apporter une aide d’urgence, rapide et adaptée à leurs besoins immédiats, tels que la nourriture et le soutien aux moyens de subsistance, avance-t-elle. Mais les besoins sont immenses. C’est cinq fois plus que lors de l’explosion au port de Beyrouth. » Sur le terrain durant la pandémie de Covid-19, mais...
commentaires (3)

Voilà pourquoi le peuple libanais ne doit pas mourir. Il est pétri d’amour et de générosité et l’a prouvé à chaque fois que les circonstances les ont exigées. Il faut s’occuper de nos compatriotes et les couvrir d’amour, du vrai car ils en ont manqué pendant près de quarante ans sous le joug de leurs tortionnaires qui les sacrifient sans état d’âmes en leur faisant croire que c’est pour les protéger des guerres injustifiées qu’ils font parce qu’ils les aiment. Oui de l’amour vache mais qu’importe ça faisait son effet sur certains.

Sissi zayyat

16 h 37, le 10 octobre 2024

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Commentaires (3)

  • Voilà pourquoi le peuple libanais ne doit pas mourir. Il est pétri d’amour et de générosité et l’a prouvé à chaque fois que les circonstances les ont exigées. Il faut s’occuper de nos compatriotes et les couvrir d’amour, du vrai car ils en ont manqué pendant près de quarante ans sous le joug de leurs tortionnaires qui les sacrifient sans état d’âmes en leur faisant croire que c’est pour les protéger des guerres injustifiées qu’ils font parce qu’ils les aiment. Oui de l’amour vache mais qu’importe ça faisait son effet sur certains.

    Sissi zayyat

    16 h 37, le 10 octobre 2024

  • Bravo et merci à ces jeunes qui nous permettent de croire que l'humanité existe encore quand nous sommes massacrés par des bêtes féroces et stupides!

    Politiquement incorrect(e)

    12 h 51, le 10 octobre 2024

  • Quand la folie et la haine prennent le pas sur la vie, restent comme seuls antidotes l’espérance et l’amour. Quelles que soient les religions impliquées. Merci immensément de nous le rappeler avec autant de simplicité et de force dans cet article-document, qui pourrait être affiché dans chacune de nos demeures - ou de ce qui en tient lieu.

    Rochat Philippe

    11 h 46, le 10 octobre 2024

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