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Campus - Guerre

Les étudiants libanais à la rescousse des déplacés des zones bombardées

Il leur a fallu peu de temps pour retrouver les réflexes des jours noirs : lancer des appels sur les réseaux sociaux et se mobiliser à travers le pays pour soulager une détresse qui ne cesse de s’aggraver. Ils racontent.

Les étudiants libanais à la rescousse des déplacés des zones bombardées

Maroun Abi el-Hessen. Photo Marilyn Bader

Aya Christina et Christia Slim, toutes deux étudiantes en 3e année de traduction à l’Université Saint-Joseph, se retrouvent quotidiennement au centre des pères jésuites de l’USJ près de la rue Huvelin pour trier les dons reçus et les répartir dans les différents centres d’accueil des déplacés de la ville. Elles font partie de l’Opération 7e jour de l’université qui s’est immédiatement mobilisée face au flux des déplacés et a lancé un appel aux dons sur les réseaux sociaux. « Nous avons visité une école située près de Harissa qui accueille les personnes en provenance des zones bombardées. Elles sont réunies dans un grand espace ouvert sans aucune intimité et dorment souvent à même le sol », raconte Sacha Naïm, étudiante en master de psychologie à l’USJ, en soulignant le courage et la résilience des familles déplacées, tout en relevant la grande misère et le chaos qui régnaient dans ces écoles. « Le plus terrible, ce sont les enfants qui sont livrés à eux-mêmes sans aucun divertissement et qui sont très agressifs à cause de cette instabilité et cette situation », ajoute-t-elle. Alors, pour pallier ce problème qui semble être ignoré encore de tous, Sacha Naïm, Rawane Bahous et d’autres étudiants se rendent tous les jours au centre de l’église de l’USJ qui accueille une soixantaine de personnes de nationalités étrangères (éthiopienne, sri-lankaise, bangladaise…), qui travaillaient dans des maisons ou des boutiques dans les régions dangereuses de Beyrouth et ont été abandonnées par leurs patrons, sans aucune ressource. Accompagnées de leur guitare, ces étudiantes vont pendant deux heures de temps divertir les enfants, question de leur faire oublier cette situation si difficile pour eux et pour leurs parents. Les clubs étudiants se sont eux aussi engagés sur cette voie. Le club laïc et le club féministe de l’USJ, ont décidé, eux, de collaborer ensemble pour lancer un appel sur les réseaux sociaux et « récolter des produits hygiéniques féminins auxquels personne n’y avait encore pensé », explique Lilas Bajjaly, étudiante en 2e année de traduction à l’USJ. « Nous avons entrepris une collecte aux portes des supermarchés, en expliquant ce que l‘on faisait et les produits que l’on demandait. Certaines personnes achetaient ou nous passaient de l’argent. Mais beaucoup ne l’ont pas fait et nous lançaient des commentaires négatifs. Mais finalement, nous avons pu aider plus de 300 familles installées dans les écoles publiques à Antélias, Zalka, Jal el-Dib et Ghazir ». Si la jeune étudiante admet « que cette situation est très dure et très éprouvante », elle avoue « essayer de se protéger, en évitant de trop parler aux familles, pour ne pas être trop affectée par leurs histoires » et pouvoir ainsi poursuivre sa mission. Maroun Abi el-Hessen est, lui, étudiant en design graphique à l’Université des arts, des sciences et de la technologie au Liban (AUL). Il a répondu à l’appel lancé par l’association One Lebanon, qui prône l’unité entre les personnes à travers le chant et la musique. Deux jours durant, accompagné de la soprano libanaise Tania Kassis, il est allé divertir les enfants dans un grand centre de Dekouané, en les faisant chanter et danser. « Ces enfants se disputaient beaucoup entre eux, car ils sont laissés à eux-mêmes, leurs parents étant trop fatigués pour s’en occuper », raconte le jeune homme de retour du centre d’accueil. « En les quittant, j’ai remarqué que les enfants étaient plus détendus, les parents aussi. Il y avait moins de tristesse dans leur regard. Et c’est cela le plus poignant ! »

Roy Abi Aad. Photo Danielle Alhaff

Parer aux urgences

À l’école publique de Ghazir au Kesrouan, Roy Abi Aad et trois autres volontaires se déplacent parmi les familles entassées dans les classes délabrées. « C’est l’Unicef, où je suis membre du Youth Advisor group, qui nous a envoyé la liste des écoles qui allaient ouvrir leurs portes au Kesrouan et à Jbeil pour recevoir les familles libanaises déplacées », raconte cet étudiant en sciences politiques et affaires internationales à l’Université libano-américaine (LAU) de Jbeil. « Parmi ces écoles se trouvait l’École de Ghazir, où j’avais effectué mes études secondaires, et qui n’avait reçu aucune aide des ONG. » Immédiatement, il crée un groupe sur les réseaux sociaux, « Volontaire pour le Kesrouan », et reçoit plus de 38 étudiants qui répondent à l’appel. Par groupes de trois, ils se rendent auprès des écoles et des centres de la région. « Plus de 150 personnes étaient entassées dans une dizaine de classes de cette école à Ghazir, dans des conditions exécrables, certains dormant à même le sol faute de matelas et partageant deux ou trois salles de bain sans aucune condition hygiénique. » Face à l’ampleur du désastre, les jeunes volontaires comprennent qu’il fallait parer au plus urgent.

Sacha Naïm et Rawane Bahous, étudiantes volontaires de l’Opération 7e jour, faisant danser les enfants. Photo Abed Naamani

Ils recensent alors les besoins immédiats, lancent un appel de fonds pour fournir les matelas manquants et les produits d’hygiène essentiels à ces familles, et sollicitent des étudiants en médecine pour assurer les soins et distribuer les médicaments nécessaires. « Il y avait un enfant de 7 ans, qui venait de subir une opération à cœur ouvert lorsque l’attaque des bipeurs a eu lieu. Les parents l’on fait sortir immédiatement de l’hôpital et l’ont transporté ici à Ghazir, raconte Roy. Aujourd’hui c’est sa maman qui lui prodigue les soins qu’il aurait dû recevoir à l’hôpital. Il y a également deux femmes sur le point d’accoucher, et personne pour les aider. » Ce qui le dérange le plus ? « L’absence de coordination entre les différentes organisations qui ont pris en charge les besoins de ces personnes. » « Ils recevaient beaucoup de denrées alimentaires, mais n’avaient même pas une gazinière pour préparer le repas ou réchauffer de l’eau, relève le jeune volontaire. Je crois que personne ne s’attendait à cette catastrophe qui s’est abattue subitement sur le pays. » « Aujourd’hui, tous les besoins de ce centre ont été assurés. Mais dans un mois, qui s’occupera de ces familles qui n’ont plus de toit où s’abriter ? » se demande le jeune homme, qui poursuit avec ses amis sa tournée dans les autres écoles de la région, et surtout dans les appartements loués par des familles que personne ne remarque.

Des volontaires du club laïc de l’USJ. Photo DR

À Tripoli, une mobilisation massive des étudiants

Au lendemain des attentats, Omar Abiad, étudiant en gestion des soins de santé à l’Université libanaise (UL) de Tripoli, lance un appel sur les réseaux sociaux pour venir en aide à 1 000 personnes entassées à l’École hôtelière de Tripoli fermée depuis plusieurs années, qui a été la première à accueillir ces familles. Plus de 480 volontaires, étudiants ou personnes issues de la société civile, répondent à l’appel et se mobilisent nuit et jour, pour faire face au flux de personnes déplacées. « Nous avons commencé par nettoyer cette école qui était dans un état lamentable, puis nous avons lancé un appel pour assurer des matelas et des couvertures à toutes les personnes qui dormaient les premiers jours à même le sol, raconte Judy Abdel Rahman, étudiante en master de droit à l’UL.

Judy Abdel Rahman. Photo Houssam Alwan

Beaucoup d’aides arrivaient de l’Unicef et de la Croix-Rouge libanaise, mais également de la part des habitants de Tripoli qui apportaient des vêtements et fournissaient de la nourriture à toutes ces personnes. » Les jeunes volontaires ont alors décidé de recenser, trier et regrouper les affaires et produits qu’ils recevaient, qu’ils entreposaient dans des chambres, pour permettre à ces personnes de choisir en toute dignité les vêtements et objets dont elles avaient besoin. « Notre objectif était de créer un environnement accueillant, pour que les déplacés ne se sentent pas étrangers et non acceptés, comme dans d’autres villages qui ont refusé de les accueillir », souligne la jeune étudiante. Éprouvée par toute cette misère, Judy avoue souvent éclater en sanglots le soir en rentrant à la maison. « Ils se sentaient tellement humiliés qu’ils n’osaient pas nous regarder lorsqu’ils avaient besoin de quelque chose », raconte-t-elle. Aujourd’hui, d’autres étudiants ont pris en charge deux écoles publiques à Debbé au-dessus de la région de Koura. Mais face à l’ampleur de cette catastrophe, les jeunes sont inquiets. « Que feront ces personnes lorsque nous reprendrons les cours ? Qui s’occupera d’eux ? C’est l’État et les municipalités qui doivent gérer ce problème et trouver une solution, avant que les conflits et les tensions ne dégénèrent lorsque nous reprendrons chacun nos occupations. Malheureusement l’État n’a encore prévu aucun plan. Et c’est cela le plus dangereux ! »

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Aya Christina et Christia Slim, toutes deux étudiantes en 3e année de traduction à l’Université Saint-Joseph, se retrouvent quotidiennement au centre des pères jésuites de l’USJ près de la rue Huvelin pour trier les dons reçus et les répartir dans les différents centres d’accueil des déplacés de la ville. Elles font partie de l’Opération 7e jour de l’université qui s’est immédiatement mobilisée face au flux des déplacés et a lancé un appel aux dons sur les réseaux sociaux. « Nous avons visité une école située près de Harissa qui accueille les personnes en provenance des zones bombardées. Elles sont réunies dans un grand espace ouvert sans aucune intimité et dorment souvent à même le sol », raconte Sacha Naïm, étudiante en master de psychologie à l’USJ, en soulignant le courage et...
commentaires (2)

Bravo les jeunes, Je suis fière de penser que vous êtes notre relève...

KHL V.

13 h 20, le 10 octobre 2024

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Commentaires (2)

  • Bravo les jeunes, Je suis fière de penser que vous êtes notre relève...

    KHL V.

    13 h 20, le 10 octobre 2024

  • Bravo! En 2021, un groupe de lycéens me demandait ; "A votre avis, Y a-t-il encore un espoir pour le Liban?’. Ayant vu, l’année précédente, les jeunes, devant l’inacion des autorités, nettoyer de leur mains, la ville de Beyrouth dévastée par l’explosion, j’ai répondu: "Oui, bien sûr! Et cet espoir, c’est vous!".

    Yves Prevost

    08 h 00, le 10 octobre 2024

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