La nuit dernière, "la plus violente" en deux semaines, a fait fuir sous les bombes israéliennes les rares familles encore installées dans la banlieue sud de Beyrouth. Dimanche, une poignée sont revenus, prendre quelques affaires à la hâte, sans ne plus vraiment savoir que faire.
"On était au café quand il y a eu les bombardements", raconte Ali Mahmoud, 63 ans, à l'AFP au petit matin, attablé devant un café et la télévision alors que des colonnes de fumée noire s'élèvent toujours ici et là.
"On a pris nos familles pour les emmener à Beyrouth, on avait peur comme tout le monde", poursuit l'homme, barbe et cheveux blancs.
"Je suis revenu pour voir dans quel état est ma maison", dit-il. "Et pour rapporter des choses à ma famille qui est maintenant jetée sur la route".
Autour de lui, dans le bastion du mouvement chiite Hezbollah où vivaient avant le début des bombardements israéliens massifs le 23 septembre environ 850.000 habitants, règne un semblant de vie normale. Mais qui ne dure que quelques heures le matin.
Car les passants, à pied ou à moto, viennent seulement rassembler ce qu'ils peuvent encore trouver chez eux pour repartir ailleurs dans la capitale libanaise, où tous les déplacés convergent, espérant échapper aux drones dont le ronronnement entêtant couvre la banlieue sud et l'aéroport proche.
- "Tremblement de terre" -
Aux abords du terminal, ceux qui partent ou arrivent sont assaillis par les nuages de fumée noire et de cendres, et l'odeur âcre des incendies.
Sur l'ancienne route qui mène l'aéroport, une artère importante que désormais tout le monde tente d'éviter, des pelleteuses ont dégagé les gravats repoussés en tas sur les côtés.
Dans la nuit, un stock de bonbonnes d'oxygène médical a été touché dans la banlieue sud, selon l'agence officielle libanaise, provoquant des explosions en série qui ont terrifié les habitants.
Dans le secteur, la fumée envahit tout, s'échappant encore parfois d'immeubles bombardés il y a plusieurs jours. Par endroits, des bruits étouffés d'explosion retentissent encore dans un bâtiment touché.
Mehdi Zaïter, primeur de 60 ans se dit pourtant décidé à rester chez lui dans la banlieue sud, même après avoir vécu "la nuit la plus violente".
Il décrit "des frappes de tous les côtés", des "bâtiments civils" et des "propriétés privées" touchés.
"Il y avait tellement de bombardements qu'on aurait cru un tremblement de terre, on a passé la nuit à surveiller les informations, on n'a pas dormi, la maison tremblait", poursuit-il.
A travers tout le quartier, les habitants livrent le même récit, en transportant qui un matelas, qui des sacs, d'autres une partie des stocks de leurs magasins: avant, disent-ils, au début des frappes israéliennes comme lors de la dernière guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, les frappes se concentraient sur un périmètre précis.
Le "carré de la sécurité", QG du Hezbollah, était, savaient-ils, à éviter à tout prix. Mais les autres secteurs étaient relativement sûrs.
Aujourd'hui, les immeubles écroulés, les magasins incendiés, les tas de gravats formés à la va-vite par les déblaiements de la municipalité, du Hezbollah ou des habitants sont partout.
- "Cauchemar sans fin" -
Depuis l'ouverture par le Hezbollah d'un front contre Israël au début de la guerre à Gaza, le 8 octobre 2023, plus de 2.000 personnes ont été tuées à travers le Liban, dont plus d'un millier après le 23 septembre, selon les autorités. Environ 1,2 million de personnes ont été déplacées.
Fatima, retraitée de l'enseignement, a rejoint leurs rangs il y a plusieurs jours.
"On a perdu tout ce que nous avions", dit-elle à l'AFP, depuis une école près de la banlieue sud où elle a trouvé refuge avec son mari, ses deux filles et son petit-fils.
"Que Dieu maudisse la guerre", martèle cette Libanaise de 61 ans dont la maison dans la banlieue sud a été détruite.
Salma Salmane, 30 ans, elle, dit être "à la rue" depuis deux semaines.
"On dort dans le salon de beauté d'un ami de mon père" dans le quartier de Hamra, au coeur de Beyrouth, raconte-t-elle en serrant dans ses bras ses jumelles. "C'est un cauchemar terrifiant et sans fin".
A Hamra, elle n'a rien vu ni entendu des frappes de la nuit. Mais dans la matinée à nouveau, les avions israéliens ont frappé.
bur-sbh/at/cab
© Agence France-Presse
"On était au café quand il y a eu les bombardements", raconte Ali Mahmoud, 63 ans, à l'AFP au petit matin, attablé devant un café et la télévision alors que des colonnes de fumée noire s'élèvent toujours ici et là.
"On a pris nos familles pour les emmener à Beyrouth, on avait peur comme tout le monde", poursuit l'homme, barbe et cheveux blancs.
"Je suis revenu pour voir dans quel état est ma maison", dit-il. "Et pour rapporter des choses à ma famille...


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