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"Nous pourrions tous devenir des déplacés": à Beyrouth, la solidarité à l'oeuvre

Préparation de repas, dons divers, proposition de logements: la solidarité s'est mise en branle à Beyrouth, où des dizaines de milliers de déplacés fuyant les bombardements israéliens ont afflué ces derniers jours.

Dans le local d'un centre caritatif, des dizaines de volontaires, tabliers noués à la taille et charlotte sur la tête, s'activent à la préparation et à l'emballage de repas pour les déplacés. Beaucoup, faute de famille pouvant les accueillir ou d'argent pour louer un appartement, sont pour le moment hébergés dans des écoles, dans des conditions précaires.

"Quand les gens ont commencé à fuir le sud, j'ai voulu aider. La première chose qui m'a traversé l'esprit était de préparer des repas", raconte le chef cuisinier Mehyeddine el Jawhary, 33 ans, lui-même originaire de Saïda (sud). 

Ses parents y sont toujours, ayant refusé d'évacuer malgré la campagne de bombardements lancée en début de semaine par Israël sur le sud et l'est du Liban.

Ces frappes, qui visent à affaiblir le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 700 morts, dont de nombreux civils, selon les autorités libanaises, et déplacé plus de 118.000 personnes selon l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Le Hezbollah a réactivé le front à la frontière avec Israël après le 7 octobre et le début de la guerre à Gaza, en "soutien" à son allié palestinien Hamas.

En près d'un an, ces violences ont causé la mort de 1.540 personnes au Liban, selon les autorités du pays.

-"S'aider les uns les autres" - 

"Ce n'est pas le moment de dire 'ce n'est pas mon mon problème'. L'Etat n'est pas capable de nous aider, donc nous devons nous aider les uns les autres", martèle M. Jawhary, alors que le Liban est plongé dans une crise économique, sociale et politique majeure depuis des années.

Quelque 150 personnes se sont enregistrées pour aider à la préparation des repas dans ce centre caritatif de Beyrouth, mis en place au lendemain de la dramatique explosion du port en août 2020, qui a fait plus de 150 morts et ravagé des quartiers entiers de la capitale.

Jeudi, les volontaires ont cuisiné et livré 1.800 repas, selon le chef cuisinier.

Les initiatives solidaires se multiplient sur les réseaux sociaux, où circulent des listes d'appartements pour les déplacés, des appels aux dons et des collectes de fonds.

L'ingénieur Ziad Abichaker raconte qu'avec un appel publié sur Facebook, il a pu recueillir les fonds nécessaires pour acheter 600 matelas.

- Enormes besoins -

Dans un autre quartier de Beyrouth, Badaro, des femmes rassemblent des donations dans un centre de loisirs pour enfants.

Tout en pliant les vêtements collectés, la dentiste pédiatrique Mayssa Blaibel raconte qu'elle a cessé de travailler dans sa clinique pour faire du volontariat à plein temps.

Vêtements et lait pour bébé doivent être distribués dans les écoles accueillant les déplacés à Beyrouth ainsi que dans la localité de Bchamoun, près de la capitale. Des dons ont même été distribués dans la ville de Tyr (sud).

"Ce n'est pas facile car il y a d'énormes besoins et nous sommes seulement des citoyens ordinaires qui essayent d'aider. Mais il semble que la crise va durer", constate Mme Blaibel.

"Parce que j'ai des enfants, je sens que c'est mon devoir de faire quelque chose", dit-elle.

A Baakline, ville druze dans les montagnes du Chouf au sud-est de Beyrouth, Hala Zeidan partage depuis lundi son appartement avec deux soeurs originaires du sud et le petit garçon de l'une d'elles, âgé de 10 ans. Sans leur faire payer de loyer.

"C'est notre pays et ce sont des gens déplacés de leurs villages. Nous pourrions tous devenir des déplacés. Nous devons faire preuve de compassion et travailler ensemble", explique l'enseignante de 61 ans.

Ses hôtes arrivent de villages bombardés et sont mentalement épuisées, raconte-t-elle.

"Les gens du sud souffrent énormément. Il m'arrive de pleurer avec elles", dit Mme Zeidan.

aya/cf/at/ila

© Agence France-Presse

Préparation de repas, dons divers, proposition de logements: la solidarité s'est mise en branle à Beyrouth, où des dizaines de milliers de déplacés fuyant les bombardements israéliens ont afflué ces derniers jours.

Dans le local d'un centre caritatif, des dizaines de volontaires, tabliers noués à la taille et charlotte sur la tête, s'activent à la préparation et à l'emballage de repas pour les déplacés. Beaucoup, faute de famille pouvant les accueillir ou d'argent pour louer un appartement, sont pour le moment hébergés dans des écoles, dans des conditions précaires.

"Quand les gens ont commencé à fuir le sud, j'ai voulu aider. La première chose qui m'a traversé l'esprit était de préparer des repas", raconte le chef cuisinier Mehyeddine el Jawhary,...