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Le jihadiste Peter Cherif reconnait avoir été l'un des geôliers de trois otages français au Yémen


Le ressortissant français Peter Cherif associé présumé des frères Kouachi, auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo en 2015, est extradé vers la France à l'aéroport international de Djibouti, le 22 décembre 2018. Photo AFP

Alors qu'il avait toujours nié la moindre participation aux faits reprochés, le vétéran français du jihad, Peter Cherif a reconnu mardi à son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris avoir été l'un des geôliers de trois humanitaires français enlevés au Yémen en 2011.

"Je reconnais les faits (...) Je suis le traducteur" qui faisait l'interface entre les otages et leurs ravisseurs yéménites d'el-Qaëda, a déclaré d'une voix éteinte l'accusé âgé de 42 ans.

Les déclarations inattendues du jihadiste peu loquace depuis le début de son procès  -  soupçonné notamment d'avoir joué un rôle auprès de l'un des assaillants de la tuerie commise à Paris dans les locaux du journal Charlie Hebdo en janvier 2015 -  ont eu l'effet d'un coup de tonnerre dans la salle d'audience réservée aux "grands procès".

"Je regrette d'avoir participé à tout ça", "je n'étais pas au courant du projet d'enlèvement" des humanitaires, a expliqué Peter Cherif debout dans son box en costume noir, chemise et cravate blanches. "Ce fut une situation compliquée pour moi", a-t-il assuré. "Ce que j'ai pu faire, dire, c'était les ordres du chef".

"Si je n'avais pas été là, je suis persuadé que les conditions (de détention des otages) auraient été encore plus difficiles", s'est-il justifié.

Lors de l'instruction, Peter Cherif avait réfuté toute implication dans cet enlèvement.

Les enquêteurs avaient cependant établi qu'il était présent au Yémen quand les trois humanitaires français de l'ONG lyonnaise Triangle Génération Humanitaire avaient été enlevés en mai 2011 par el-Qaëda dans la péninsule arabique (Aqpa).

L'aveu spontané de Peter Cherif est intervenu après l'émouvant témoignage à la barre d'une des ex-otages, Amélie (prénom d'emprunt), 45 ans, qui a affirmé que l'accusé avait été l'un de ses geôliers.

"J'ai le sentiment que, clairement, c'est bien cette personne (dans le box des accusés) qui était là" lors de notre détention, a-t-elle dit.

Elle pointe la "corpulence" de l'accusé, ses "chevilles abîmées" correspondant à des blessures lors d'un saut en parachute à cette époque. Et surtout sa "voix", qu'elle a entendue lundi à l'audience.

L'impression "d'être rien" 

Lors de l'instruction, elle l'avait "reconnue sans certitude, à 65%", en étant confrontée à des enregistrements d'interceptions téléphoniques entre Peter Cherif et sa mère, datant de 2007 et 2008.

"Vous avez été très forte, Madame... Les conditions (de détention) étaient très dures", lui a répondu Peter Cherif.

"Pourquoi reconnaître les faits maintenant ?", l'interroge Frédérique Aline, la présidente de la cour d'assises spéciale.

"Je veux que Madame puisse tourner la page de cette histoire. Je prends mes responsabilités. Par respect pour cette personne. Le silence n'aurait pas aidé", répond Peter Cherif.

Les trois humanitaires français avaient été enlevés le 28 mai 2011 alors qu'ils regagnaient leur domicile dans la ville yéménite de Seyoun.

Retenus captifs dans une "grotte" du désert puis dans d'autres lieux, ils ne seront libérés qu'en novembre 2011.

Amélie et les deux autres ex-otages, Pierre et Léa (qui ont témoigné tous deux par visio) ont raconté des conditions de détention très éprouvantes. La nuit notamment, les otages avaient des chaînes aux pieds. "J'avais l'impression d'être un objet, une marchandise, d'être rien", se souvient Amélie, la voix tremblante.

Pour échanger avec les ravisseurs qui ne comprenaient et ne parlaient ni le français et l'anglais, ils communiquaient avec "le traducteur", qu'ils avaient également surnommé "le Français" en raison de son français parfait.

Durant toute leur détention, les otages n'ont jamais vu son visage toujours dissimulé par un chèche.

Le témoignage de "Madame est conforme à ce que j'ai pu en partie constater", confirme Peter Cherif.

"Je ne savais pas que c'était des humanitaires. J'ai été appelé par mes chefs et on m'a demandé de traduire et de rester auprès d'eux", poursuit-il la voix de plus en plus basse.

Arrêté à Djibouti en décembre 2018, Peter Cherif est jugé pour association de malfaiteurs terroriste.

Outre son implication dans l'enlèvement des humanitaires français au Yémen, il doit répondre aussi du rôle qu'il a pu jouer dans le recrutement de son ami d'enfance, Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l'attentat de Charlie Hebdo.

Le procès est prévu jusqu'au 4 octobre. 


Alors qu'il avait toujours nié la moindre participation aux faits reprochés, le vétéran français du jihad, Peter Cherif a reconnu mardi à son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris avoir été l'un des geôliers de trois humanitaires français enlevés au Yémen en 2011.

"Je reconnais les faits (...) Je suis le traducteur" qui faisait l'interface entre les otages et leurs ravisseurs yéménites d'el-Qaëda, a déclaré d'une voix éteinte l'accusé âgé de 42 ans.

Les déclarations inattendues du jihadiste peu loquace depuis le début de son procès  -  soupçonné notamment d'avoir joué un rôle auprès de l'un des assaillants de la tuerie commise à Paris dans les locaux du journal Charlie Hebdo en janvier 2015 -  ont eu l'effet d'un...