L'émissaire français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, s'entretenant avec le commandant en chef de l'armée, Joseph Aoun, à Yarzé, le 23 septembre 2024. Photo tirée du compte X de l'institution militaire
Officiellement, Jean-Yves Le Drian est chargé du dossier présidentiel libanais. Toutefois, si l’émissaire français pour le Liban est à Beyrouth depuis lundi, c’est surtout pour parler de la désescalade entre Israël et le Hezbollah, à l’heure où le pays semble au bord d’une guerre totale.
Le diplomate a ainsi entamé sa sixième mission dans la capitale libanaise depuis sa nomination à ce poste (en juin 2023). Serait-ce la seule fenêtre diplomatique espérée pour contenir l’escalade ? À ce stade, il serait probablement prématuré de trancher. Mais ce qui est sûr, c’est que M. Le Drian entend jouer toutes ses cartes, tant pour épargner au pays le scénario d’un conflit total et inopportun face à Israël que pour presser dans le sens d’une élection rapide d’un nouveau chef de l’État.
Quatre mois après son dernier déplacement à Beyrouth, Jean-Yves Le Drian y est revenu pour un « séjour programmé avant la dernière escalade », pour reprendre les termes d’un diplomate qui a requis l’anonymat. Les développements sur le terrain ont toutefois modifié l’ordre du jour de l’émissaire d’Emmanuel Macron. « La France a une obligation morale de présence au Liban », dit une source française citée par notre correspondant à Paris, Élie Masboungi. « Paris peut parler avec tous les protagonistes », rappelle cette source, affirmant que la diplomatie s’active pour « arrêter les bombardements ».
Il s’agit ici d’une référence aux canaux de communication que Paris est la seule capitale occidentale à ouvrir avec le Hezbollah, bête noire de la communauté internationale. Mais en dépit de cela, dans les milieux diplomatiques, on confie qu’un éventuel entretien entre M. Le Drian et Mohammad Raad, chef du groupe parlementaire du Hezbollah, « n’est pas encore confirmé ». À noter que le parti chiite, malgré ses relations cordiales avec les Français, semble surtout miser sur les efforts de médiation conduits par l’émissaire américain Amos Hochstein, dont le pays est perçu comme pouvant exercer une pression sur Tel-Aviv.
En tout état de cause, le premier rendez-vous de M. Le Drian a eu lieu lundi avec le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun. Au-delà du fait qu’il s’agit d’un présidentiable qui incarnerait la troisième voie, comme réclamé par la France et la communauté internationale, cette démarche viserait probablement à mettre une nouvelle fois en lumière le rôle de l’armée aussi bien dans le retour au calme que dans la gestion de la phase post-conflit.
La Turquie et le Qatar aussi
C’est également autour de la confrontation militaire entre le Hezbollah et l’État hébreu que l’émissaire français s’entretiendra mardi avec le président du Parlement, Nabih Berry, et le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, apprend-on de source diplomatique. « Se réunir avec Nabih Berry, c’est en quelque sorte rencontrer le Hezbollah », note un diplomate, en référence au statut de négociateur en chef au nom du Hezbollah du président de la Chambre. L’Orient-Le Jour a appris dans ce cadre que deux émissaires, un turc et un qatari, sont attendus à Beyrouth mardi pour mener des contacts politiques et diplomatiques en vue de freiner l’escalade. Ils devraient s’entretenir avec MM. Berry et Mikati. « Il reste que tout le monde sait que les véritables contacts efficaces en vue d’une désescalade sont ceux qui seront menés en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (qui a débuté ses travaux à New York, avec la participation du ministre sortant des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib) », affirme une source diplomatique.
De quoi laisser à M. Le Drian une petite marge dont il entendrait user pour « poursuivre son forcing en vue de l’élection rapide d’un président de la République », à en croire le diplomate cité plus haut, qui indique que l’émissaire pourrait s’entretenir avec les chefs de file politiques. De toute évidence, la démarche de M. Le Drian donnera un nouveau souffle au Quintette impliqué dans le dossier libanais (États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte, Qatar) qui entendait relancer son activité en quête d’une percée à même d’accélérer la tenue de la présidentielle, avant l’intensification des frappes israéliennes dans plusieurs régions. Et si les derniers développements sur le terrain semblent avoir radicalement modifié les priorités, les ambassadeurs accrédités à Beyrouth des pays membres du groupe des Cinq s’activent chacun de son côté pour un déblocage rapide du scrutin. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’entretien, samedi à Clemenceau, entre l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Beyrouth, Walid Boukhari, et l’ex-chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. « Les discussions ont principalement porté sur la présidentielle, commente une personnalité joumblattiste. Mais ce n’est pas le moment d’en parler. »




M. le Drian, un merci à l'entité pour avoir vengé les 58 paras du Drakkar avec "l'oblitération de Ibrahim Akil" ? Je suppose que c'est trop demandé à la France ?
11 h 36, le 24 septembre 2024