Être membre d’un parti hostile à Israël est devenu un motif suffisant pour être assassiné. Pas besoin d’être un milicien qui envoie des roquettes sur la Galilée, ni d’être un cadre aux commandes d’une brigade aguerrie, il suffit d’être membre et d’avoir reçu un bipeur pour être mutilé ou tué.
Dans notre Liban si divisé et mal en point, ce dernier choc est un test en plus. Après la double explosion au port, la faillite de l’État, la guerre dans le Sud et le massacre en cours en Palestine, voici qu’une nouvelle plaie d’un genre nouveau s’est abattue sur le pays.
Bien sûr, une grande partie des Libanais est opposée à cet État dans l’État qu’est devenu le Hezbollah. Ce mouvement radical a paralysé l’économie et la gestion du pays et a accaparé le pouvoir de faire la guerre ou la paix sans aucun égard pour ses opposants. Il a même assassiné un bon nombre d’entre eux.
Cependant, voir des membres de ce parti se faire lâchement et aveuglément assassiner dans un complot diabolique ne devrait conduire qu’à une seule réaction de la part de tous les Libanais. Il nous faut condamner cette violence d’un type nouveau qui ne fait que précipiter notre région encore plus dans le chaos. Montrer de l’empathie envers des victimes par milliers. Et pardon de vous le dire, mais s’empresser aujourd’hui comme l’ont fait certains de poster des diatribes anti-Hezbollah aujourd’hui n’est pas digne de notre nation endeuillée.
Quels que soient nos profonds désaccords, quelles que soient les épreuves que notre petit pays a traversées, j’ose encore espérer que notre compassion et l’amour du prochain ne nous aient pas totalement abandonnés. Que nous le voulions ou pas, ces victimes sont des membres de notre famille libanaise dysfonctionnelle. Peu importe leur religion, peu importe leurs choix politiques ou leurs allégeances ! Ils sont nos frères et nos voisins, et ils ont grandi ici tout comme nous. Ils ont vécu la guerre et l’occupation comme nous. Quand des explosifs sont disséminés par milliers pour les annihiler, c’est notre devoir d’être à leurs côtés, de leur tendre la main et de les soutenir même quand nous rejetons leur ligne politique. Dans le cas contraire, comment oserions-nous encore prétendre que nous formons une nation ? Et pourquoi nous étonnerons-nous demain, quand leurs enfants préféreront encore des mollahs à notre petite République en lambeaux ?
Alexandre CHOUEIRI
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