D.R.
Karim Basbous, professeur en architecture à l’ENSAPVS, habilité à diriger des recherches, docteur de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, architecte DPLG, et rédacteur en chef de la revue Le Visiteur (revue critique d’architecture), a choisi de s’installer dans le monde hellénique pour engager une réflexion sur la notion de dignité. Paru aux éditions Conférence, Architecture et Dignité explore le pouvoir des lieux bâtis et leur génie. Le livre ambitionne de restaurer une dimension que l’architecture a progressivement perdue à l’ère postmoderne.
Cet ouvrage fait suite à un précédent, consacré au pouvoir de la pensée associée au dessin, Avant l’œuvre. Essai sur l’invention architecturale. Dans cet essai, l’auteur remet en question ce que l’on appelle « l’idée » ou « le concept » afin de mettre en lumière ce qui se joue dans l’expérience de la conception architecturale, une expérience qui consiste moins à s’exprimer qu’à découvrir.
Selon Karim Basbous dans Architecture et Dignité, l’architecture se définit comme « l’art de se tenir dans l’espace et dans le temps ». Le concept de dignité s’appuie sur la triade vitruvienne : firmitas qui prend en charge la durée, utilitas qui constitue la raison pratique, et venustas qui représente l’unité de l’œuvre. L’auteur s’intéresse au défi que constitue chacun de ces principes ainsi qu’à leurs interrelations dans la chose bâtie. Le portique à fronton du temple dorique périptère en constitue l’exemple fondateur, dont Basbous révèle la valeur symbolique et la fonction politique avant que les empires et les monarchies s’en emparent et en dévient le sens.
L’auteur introduit ultérieurement un concept central à sa réflexion, celui de « la maison du projet ». Il s’agit selon lui « de l’espace mental dans lequel l’imagination architecturale se déploie, en négociant sa liberté d’action avec les techniques constructives, les traditions et les usages ». La dissolution de la maison du projet qui s’est effectuée en plusieurs étapes depuis un siècle, a conduit à la condition postmoderne qui caractérise encore notre époque.
Lire ce livre ouvre de nombreuses réflexions sur le sens de l’acte de bâtir, son rapport au temps long de nos civilisations, au droit, au sacré et à la cité. En une époque caractérisée par l’impatience, l’influence de la mode, la dépolitisation et le pragmatisme du marché, on ne sortira pas indemne de la lecture de cet ouvrage intempestif.
Il est à noter finalement que Karim Basbous a publié de nombreux articles, certains en libre accès à travers la page de sa biographie sur le site de l’ENSAPVS. Certaines de ses interventions publiques sont également disponibles sur la chaîne YouTube de la Société Française des Architectes, la dernière, « Ce qui nous meut », explorant la notion d’intérieur architectural, sous l’angle du mouvement. Outre l’histoire du plan qui est ici mise en lumière, l’auteur interroge la mise en scène des corps dans l’espace, poussant l’analyse jusqu’aux dimensions sociales, politiques et religieuses, dans une large fresque qui s’étend de l’époque hellénique à nos jours.
Architecture et Dignité de Karim Basbous, Éditions Conférence, 2022, 344 p.
Avant l’œuvre. Essai sur l’invention architecturale de Karim Basbous, Éditions de l’Imprimeur, 2005, 179 p.