La mosquée al-Amine près de l'église Saint-Georges des maronites, dans le centre-ville de Beyrouth, en 2022. Photo d'archives AFP
Seulement 15,7 %. Tel serait, selon une enquête publiée le week-end écoulé par le quotidien pro-Hezbollah al-Akhbar, le pourcentage des chrétiens au sein de la population libanaise. Un chiffre surprenant et bien en deçà des estimations (et, surtout, du poids politique de ce groupe). Ce qui a tout de suite provoqué un tollé et réveillé de vieux démons, les chrétiens estimant que le pouvoir leur a échappé des mains depuis la fin de la guerre civile en 1990. D'autant que cette enquête intervient dans un contexte de polarisation accrue entre le parti chiite et l'opposition, principalement chrétienne, qui lui reproche son implication dans la guerre entre Israël et le Hamas mais aussi de bloquer l'élection d'un président de la République, plus haut poste réservé à un maronite dans l'administration.
« Il n'y a pas de coïncidences en politique. Quelqu'un veut nous faire comprendre que nous sommes une minorité sans voix », estime ainsi un internaute sur la plateforme X. Même son de cloche du côté du journaliste Rami Naïm, connu pour son hostilité au parti de Hassan Nasrallah. « Le Hezbollah évoque désormais des chiffres, écrit-il. Se basant sur des données mensongères comme d'habitude, le journal al-Akhbar nous annonce que les chrétiens doivent partir. Ceci est une preuve que le Hezb cherche à trouver une compensation interne à sa défaite face à Israël. » Même du côté de l'ancien ministre druze Wi'am Wahhab, réputé proche du Hezbollah, mais dont il s'est éloigné depuis le début de la guerre, l'article du Akhbar ne passe pas. « Nous l'avons dit et nous le répétons : les chrétiens au Liban ne sont pas un simple chiffre, mais une valeur civilisationnelle et culturelle pour le pays, a-t-il écrit sur X. Que les bouches des haineux et des ignorants se ferment donc. Le Liban sans les chrétiens serait une jungle et un désert aride. »
Dans un pays où le dernier recensement démographique officiel date de 1932, notamment parce que la question des équilibres confessionnels est très sensible, le Akhbar a dû faire preuve d’ingéniosité pour déduire ce chiffre. L'auteur de l'enquête, Nehmé Nehmé, qui se présente comme un chercheur spécialisé dans l'éducation, s'est basé sur la liste des candidats inscrits à l'épreuve du baccalauréat, général comme technique. « Étant donné que l'éducation est obligatoire au Liban, toutes les familles inscrivent leurs enfants dans les écoles et, par conséquent, aux épreuves du baccalauréat, explique-t-il à notre journal. Bien sûr, la liste des inscrits ne précise pas la religion de chaque étudiant. Toutefois, elle indique son nom, celui de son père et son lieu de naissance.
En se basant sur ces données, on peut établir que 15,7 % des candidats libanais à toutes les épreuves du diplôme secondaire sont chrétiens, et en conclure qu'il s'agit d'un chiffre qui représente la réalité de la communauté dans le pays. » Mais ce décompte « au faciès » ne peut-il pas manquer de rigueur, surtout qu'il ne se base que sur une seule tranche d'âge, celle des bacheliers ? « Il existe évidemment une marge d'erreur puisqu'on ne peut pas être certain de la confession de chaque étudiant, reconnaît M. Nehmé, mais elle est négligeable. J'ajoute que ce chiffre ne prend pas en compte les étudiants en majorité issus de régions musulmanes comme la Békaa, le Akkar ou Tripoli, qui ont quitté l'école pour travailler. Le chiffre réel pourrait même être au-dessous de 15 %. » Et de nuancer : « En tout cas, en menant cette enquête, je n'avais aucune arrière-pensée politique. »
Qui n'a pas arrêté de compter ?
Une argumentation qui a du mal à convaincre, notamment parmi les forces politiques chrétiennes. « La méthodologie de cette étude manque clairement de précision, affirme Charles Jabbour, porte-parole des Forces libanaises, l'un des plus grands partis chrétiens. Il suffit de se rappeler que, lors des élections législatives de mai 2022, 35 % des personnes ayant voté étaient chrétiennes. Comment ce chiffre peut-il retomber tout d'un coup à seulement 15 %, donc moins de la moitié ? » L'explication, selon M. Jabbour, est très simple : « Il s'agit d'un message politique, une façon de nous inviter à nous taire face aux exactions du Hezbollah. »
Fait notoire, ce n'est pas la première fois que les milieux du Hezbollah « rappellent » que la parité entre les musulmans (sunnites, chiites et druzes) et les chrétiens peut difficilement être justifiée par la démographie. L'année dernière, le Premier ministre Nagib Mikati avait affirmé qu'une mystérieuse étude avait établi que les chrétiens ne représenteraient que 19 % des habitants au Liban. De même, dans un discours prononcé il y a quelques semaines, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait ajouté son grain de sel. Critiquant l’opposition chrétienne qui affirme que « la majorité des Libanais ne veulent pas de la guerre au Liban-Sud », il avait lancé : « Chacun se doit d’être conscient de son envergure et de ce qu’il représente. » « Ne nous sommes pas arrêté de compter ? » a-t-il ajouté, en référence au slogan de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, qui a consacré la parité politique entre les chrétiens et les musulmans, indépendamment du poids démographique de chaque communauté.
D'ailleurs, dans son article, Nehmé Nehmé évoque la question d'un changement de système politique, plus précisément la « nécessité » pour les chrétiens d'accepter le passage de la parité confessionnelle à un système « civil », y voyant « la seule façon de préserver leur présence » au Liban. « C'est simple. Ceux qui souhaitent instaurer la démocratie du nombre veulent consolider la mainmise du chiisme politique, représenté par le Hezbollah, sur le pays », commente Charles Jabbour. Et d'ajouter : « Surtout qu'il est tout simplement incorrect de mettre les chrétiens face à un bloc musulman. Les sunnites, les chiites et les druzes ont des orientations politiques différentes les uns des autres. » À défaut de pouvoir imposer une démocratie du nombre, le Hezbollah est accusé d’œuvrer pour une répartition des poids politiques au sein de l'État en tiers : chiites, sunnites et chrétiens. Ces deux dernières communautés – qui profitent le plus de la parité – rejettent toutefois fermement cette option. Une position que résume M. Jabbour : « Nous n'accepterons un changement de système politique qu'à une seule condition : le passage à un système fédéral. »



Le Liban est le fils aîné de la France. Né du territoire de l'ancienne Phenicie, dessiné par la France pour une majorité chrétienne autrefois, aujourd'hui remplacée. Demain ce sera le tour de la mère patrie, fille aînée de l'Eglise. Macron s'apprête à nommer un premier ministre musulman issu de l'immigration. Le Liban a tellement "progressé" qu'il a régressé, et voilà que certains voudraient même éteindre le "confessionalisme" ; ce sera au profit de l'islam et de sa charia, ou d'un autre type de tyrannie
11 h 14, le 21 août 2024