Une femme membre de la police des moeurs marche entre des voiture des forces de l'ordre iraniennes, à Téhéran. Photo d'archives AFP
Il faudra sans doute des mois pour savoir si Arezoo Badri pourra remarcher un jour. En attendant, la trentenaire, mère de deux enfants, est dans le coma, alitée dans un hôpital, sous haute surveillance. Car son histoire pourrait provoquer une vague de colère comme cela déjà exprimée lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté », déclenché après la mort de Mahsa Amini le 16 septembre 2022. Comme dans le cas de la jeune Kurde, il s’agit ici aussi d’une infraction violemment réprimée liée au port obligatoire du hijab, selon des sources reprises par différents médias. Arezoo Badri était au volant de sa voiture aux côtés de sa sœur pour rentrer chez elle dans la ville de Noor en Iran, lorsque la police l’a sommée de s’arrêter pour confisquer le véhicule. Une punition prévue en cas de repérage de femmes non voilées, rendu possible par la surveillance vidéo accrue dans les lieux publics, ciblant particulièrement les femmes. La conductrice ayant refusé de se conformer aux ordres, les agents ont tiré, a affirmé le commandant de la police locale, sans donner le nom de la victime.
Face à la rétention d'informations par les autorités, il est difficile de savoir si Arezoo Badri portait ou non le hijab. Sa voiture était néanmoins listée comme passible de confiscation signalant, selon les règles en vigueur dans la République islamique, une violation de la loi sur le port obligatoire du voile. La jeune femme pourrait avoir été vue conduisant sans hijab quelques jours avant le drame, plaçant une alerte sur sa plaque d’immatriculation, croit savoir l’ONG Human Rights Activists in Iran, citée par le quotidien britanniqueThe Guardian. Selon une source de la BBC, l’officier de police aurait tout d’abord tiré en direction du pneu de la voiture avant de viser le côté conducteur et de toucher la jeune femme d’une balle qui est entrée dans son poumon et a lésé sa colonne vertébrale. Le projectile n’aurait été retiré qu’une dizaine de jours plus tard, d’après la même source, après qu’Arezoo Badri a été transportée d’un hôpital de sa ville de Noor, dans le nord du pays, à un établissement situé dans la capitale de la province, avant d’atterrir à Téhéran, où elle est dans une unité de soins intensifs à l'hôpital Vali-e-Asr, sa famille n’étant autorisée que pour de courtes visites, sans téléphone.
Appels à réformer la police des moeurs
Si l’incident date du 22 juillet dernier, il n’a émergé que ces derniers jours dans la presse, peu après la publication d’une vidéo enregistrée par des caméras de surveillance et datant de juin montrant deux adolescentes en jeans et tee-shirt se faire violenter et arrêter par des représentantes de la police des mœurs à Téhéran parce qu’elles ne portaient pas le voile. Au même moment, de nombreux internautes dénonçaient en outre sur les réseaux sociaux la disparition d’une jeune chanteuse qui avait posté en ligne une vidéo d’elle chantant Amy Winehouse dans une rue de Téhéran, sans le voile. D’après certains observateurs, Zara Esmaili aurait été arrêtée fin juillet, sans qu’aucune nouvelle n’ait été donnée depuis. De quoi susciter la colère et multiplier les appels au nouveau président réformiste Massoud Pezeshkian, investi fin juillet, pour respecter ses engagements en faveur d’une refonte de la très critiquée police des mœurs.
Voulant prouver qu’il entendait tenir ses promesses de campagne, Pezeshkian a nommé comme vice-présidente pour les Femmes et les affaires familiales une personnalité du camp réformiste, Zahra Behrouz-Azar, 42 ans, qui avait publiquement critiqué la police des moeurs dans une interview en juin. Selon elle, d’un point de vue moral, islamique et national, « personne ne devrait être satisfait » avec les pratiques d’application des lois de l’unité, que ce soit d'un point de vue moral, islamique et national, a-t-elle déclaré, appelant à sa révision complète. La question de la suppression de cette entité n’a cependant pas été évoquée par les autorités depuis décembre 2022, alors que les manifestations populaires battaient encore leur plein malgré la répression. Des propos attribués au procureur général iranien, Mohammad Jafar Montazeri, évoquant l’abolition de la police des mœurs, avaient à l’époque laissé penser à un revirement sur la question.




Où est la foi dans tout cela ? Voilà ce qui attend les libanaises si le Hezbollah se cramponne au sud. Les égarements politiques qui n’ont pas permis l’élection d’un président et la mise en place d’un réel gouvernement risque de permettre de laisser la place au règne des barbus.
16 h 04, le 17 août 2024