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Moyen-Orient - Éclairage

Le régime iranien accroît la pression sur les dissidentes

La République islamique a reconnu la semaine dernière vouloir utiliser la technologie de reconnaissance faciale pour identifier les femmes sans hijab, accentuant ainsi son tournant rigoriste.

Le régime iranien accroît la pression sur les dissidentes

Une Iranienne passant devant une peinture murale aux couleurs nationales à Téhéran. Photo d’archives AFP

Encore un tour de vis. En Iran, le gouvernement conservateur souhaite désormais utiliser la reconnaissance faciale dans les lieux publics pour identifier les femmes contrevenant aux règles vestimentaires en vigueur. Depuis l’arrivée du président Ebrahim Raïssi au pouvoir en août 2021, les autorités ont pris un tournant plus rigoriste, imposant de nouvelles mesures pour contrôler la population. Et notamment les femmes. Si l’amplitude des mouvements osant manifester leur opposition à ce virage autoritaire est limitée, certaines Iraniennes paient néanmoins très cher leur engagement, à coups de peines de prison, de torture voire de condamnations à mort. « La décision d’utiliser la reconnaissance faciale pour contrôler la tenue vestimentaire des femmes illustre la peur de la République islamique face aux manifestations populaires et à la possibilité d’une nouvelle révolution », analyse Fariba Parsa, chercheuse non résidente au Middle East Institute à Washington.

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Des craintes que le gouvernement conservateur entend anticiper en réprimant toute dissidence. Lundi, un rapport officiel cité par l’agence de presse iranienne Fars révélait ainsi que plus de 300 personnes ont été arrêtées pour avoir milité contre le port du voile obligatoire dans le pays, sans préciser la date ou le lieu de ces arrestations. Plus tôt cette année, une vague de désobéissance avait été menée par des femmes qui avaient ôté leur voile sur les réseaux sociaux. Leur objectif : protester contre la directive du 5 juillet dernier qui durcit l’obligation de porter le hijab, en vigueur depuis la révolution islamique de 1979, à l’égard de toutes les femmes, quelle que soit leur religion. « Au cours des 44 dernières années, la République islamique n’a pas réussi à forcer toutes les femmes à suivre les directives du code vestimentaire islamique », rappelle Fariba Parsa. Si les Iraniennes devaient déjà sortir la tête voilée et le corps couvert d’un vêtement ample plus ou moins long dès l’âge de 9 ans, elles sont désormais tenues de porter un voile couvrant non seulement leurs cheveux, mais également leur cou et leurs épaules.

Poursuivant sur sa lancée, le régime a également instauré un « jour national du hijab et de la chasteté » fixé au 12 juillet et célébré pour la première fois cette année dans le contexte d’un renforcement des mesures et des contrôles relatifs à l’application des lois islamiques. Les femmes fonctionnaires pourront ainsi être licenciées si leurs photos de profil sur les réseaux sociaux sont jugées non conformes à la charia, tandis que les Iraniennes qui publient des photos d’elles sans hijab pourront être privées de certains droits sociaux pour une durée de 6 mois à un an. L’entrée dans des institutions publiques pourra même leur être refusée si elles ne se plient pas aux nouvelles règles vestimentaires, comme c’est le cas dans la ville de Machhad qui a récemment interdit aux dissidentes l’accès au métro. En charge du respect de ces lois, la police des mœurs semble avoir repris du poil de la bête, se montrant plus active mais également plus violente, selon le média américain Radio Free Europe/Radio Liberty, financé par le Congrès. Des incidents séparés ont notamment fait état de rapts de femmes, d’allégations de torture en détention ou encore de confessions forcées.

Des moyens technologiques

L’autrice et artiste Sepideh Rashno est ainsi apparue fin juillet dernier à la télévision d’État, voilée et affaiblie, pour s’excuser publiquement de l’incident pour lequel elle avait été arrêtée à la mi-juin. Ne portant pas son voile dans un bus public, elle avait alors été prise à partie par une autre passagère qui avait filmé la scène tout en menaçant d’envoyer la vidéo aux gardiens de la révolution. La séquence avait fait le tour des réseaux sociaux, facilitant probablement l’arrestation de la jeune femme, provisoirement libérée sous caution fin août. En annonçant la semaine dernière dans une interview l’utilisation de la reconnaissance faciale, Mohammad Saleh Hashemi Golpayegani, secrétaire de l’Organisation pour la promotion de la vertu et la répression du vice, a reconnu pour la première fois l’existence de cette technologie au sein des systèmes iraniens de surveillance. Elle remonterait en réalité à plus loin. Déjà en 2020, l’organisation Minority Rights Group International, basée à Londres, affirmait que « le gouvernement iranien utilise la technologie de la reconnaissance faciale pour identifier et arrêter des manifestants et dissidents politiques, et la collecte de données biométriques pourrait lui donner les moyens de le faire encore plus efficacement ». En effet, l’Iran a commencé à émettre dès 2015 des cartes d’identité biométriques disposant d’une puce contenant le scanner rétinien, les empreintes digitales et des images faciales de l’individu concerné.

Un contrôle de masse qui ne peut être passé sous silence, malgré les concessions faites à la gent féminine sous la pression internationale, comme la possibilité d’assister pour la première fois à un match de football fin août dernier. Dans le viseur du régime, non seulement les

dissident(e)s, mais également les minorités ethniques ou les communautés marginalisées comme les LGBTQ+, victimes de discrimination et criminalisés en Iran. Lundi, des organisations de défense des droits de l’homme ont révélé la condamnation à mort, intervenue la semaine dernière dans la ville d’Ourmia, de deux homosexuelles et militantes de la communauté LGBTQ+, Zahra Sedighi Hamedani, 31 ans, et Elham Chubdar, 24 ans, pour « corruption sur terre ». Une troisième accusée attend quant à elle son verdict. Connue sur les réseaux sociaux sous le nom de Sareh, une autre activiste, Sedighi Hamedani, qui s’était notamment exprimée dans un documentaire de la BBC, avait pour sa part été arrêtée fin octobre dernier, alors qu’elle tentait de passer la frontière avec la Turquie. Son sort reste flou à ce jour.


Encore un tour de vis. En Iran, le gouvernement conservateur souhaite désormais utiliser la reconnaissance faciale dans les lieux publics pour identifier les femmes contrevenant aux règles vestimentaires en vigueur. Depuis l’arrivée du président Ebrahim Raïssi au pouvoir en août 2021, les autorités ont pris un tournant plus rigoriste, imposant de nouvelles mesures pour contrôler la...

commentaires (3)

C’est le Liban de demain de Hezbollah s’il aura un président de la république identique à l’actuel

william semaan

04 h 36, le 08 septembre 2022

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Commentaires (3)

  • C’est le Liban de demain de Hezbollah s’il aura un président de la république identique à l’actuel

    william semaan

    04 h 36, le 08 septembre 2022

  • Reveillez vous Libanaises , voyez c'est ce qui pourrais vous attendre. Malgré que la dame qui c'est présentée a la présidence a d'énormes compétences totalement non négligeable , dans le contexte actuel et a la lecture de l'article vous pouvez oublier .....

    DRAGHI Umberto

    22 h 53, le 07 septembre 2022

  • LA DEMOCRATIE ET LA LIBERTE ET LES DROITS DE L,HOMME... PAUVRES FEMMES SURTOUT... A LEUR SUMMUM ! LES BOUCHERS A L,OEUVRE.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    09 h 51, le 07 septembre 2022

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