Vue du Caire, le 24 juillet 2023, où des coupures de courant planifiées par les autorités visent à réduire la consommation. Photo AFP
Les Égyptiens, qui souffrent déjà de coupures d'électricité régulières, risquent d'être plongés dans l'obscurité pendant de plus longues heures encore si les tensions entre Israël et le Hezbollah dégénéraient en guerre ouverte, ont indiqué des experts au site Middle East Eye (MEE). Une conséquence potentielle de l'importante dépendance de l'Égypte au gaz israélien pour produire son courant.
Israël envoie du gaz naturel vers l'Égypte depuis la signature, en 2018, d'un accord pour un montant de 15 milliards de dollars entre les deux pays. En juin 2022, cet accord s'est renforcé, notamment dans le domaine énergétique ; le ministre égyptien du Pétrole, Tarek al-Molla, la ministre israélienne de l'Énergie, Karine Elharrar, et la commissaire européenne à l'Énergie, Kadri Simson, avaient alors signé un protocole d'accord lors du Forum du gaz de la Méditerranée orientale se tenant au Caire.
En juillet 2023, après presque une décennie d'approvisionnement régulier en électricité, des coupures de courant quotidiennes de deux heures ont été mises en place dans toute l'Égypte pour faire face à la crise énergétique. Le mois dernier, le Premier ministre Mostafa Madbouly a annoncé que les coupures de cet été seraient prolongées d'une heure et que 1,8 milliard de dollars de carburant et de gaz seraient importés pour mettre fin aux coupures de courant d'ici à la fin du mois de juillet.
Suspension de l'exploitation de gisements en Israël
Et la situation risque d'empirer en cas de conflit de plus grande ampleur entre Israël et le Liban. En effet, pour se protéger contre d'éventuelles attaques, Israël pourrait suspendre la production de ses principaux gisements de gaz offshore dans le nord du pays, près de la frontière avec le Liban. Le cas échéant, « Israël n'exportera plus vers l'Égypte », a estimé pour MEE Elai Rettig, professeur adjoint en politique énergétique à l'Université israélienne Bar Ilan et chercheur au Centre d'études stratégiques Begin-Sadat. Le chercheur a précisé que Tel-Aviv pourrait « suspendre la production sur son site du Leviathan pendant au moins un mois ».
Israël avait déjà suspendu la production du champ de Tamar après les attaques du Hamas en octobre, ce qui a obligé l'Égypte à importer du GNL depuis d'autres sources.
Jusqu'à huit heures de black-out par jour
Si Israël coupait le gaz, l'Égypte pourrait subir des coupures d'électricité allant jusqu'à cinq heures par jour, en plus des trois heures de rationnement actuelles, selon un analyste et chercheur indépendant sur les questions énergétiques, Khaled Fouad. « Cela signifierait que, pour un tiers de la journée, l'Égypte, un pays d'une certaine importance régionale, se retrouverait sans électricité et perturbé par Israël, sans même que ce pays n'ait à utiliser d'armes lourdes », a ajouté l'expert.
Middle East Eye souligne que ce risque « montre à quel point l'Égypte est devenue dépendante du gaz israélien », alors que son secteur énergétique est marqué par une « augmentation de la consommation, une mauvaise planification et une crise économique ». Cela alors même que la découverte d'un champ gazier offshore en 2015 laissait entrevoir une transformation du secteur énergétique en Égypte.
Cette dépendance pourrait avoir un impact politique et aurait motivé, selon MEE, l'Égypte et la Jordanie, qui dépend d'Israël pour son approvisionnement en eau, à « modérer leurs critiques » vis-à-vis de l'État hébreu.


