À Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 22 avril 2024. Photo AFP
La guerre israélienne contre la bande de Gaza fait rage depuis 270 jours, avec un bilan d’au moins 38 430 morts et 86 969 blessés depuis le 7 octobre, selon le ministère de la Santé de Gaza. Nous assistons en direct à ce que plusieurs éminents juristes considèrent déjà comme un génocide en cours.
Cette guerre a aussi porté gravement atteinte à l’environnement, avec des conséquences sur l’air, l’eau et la terre, ainsi que sur tous ceux qui en dépendent. Les émissions immédiates de carbone dues à la guerre sont stupéfiantes, avec une estimation moyenne de 536 410 tonnes de dioxyde de carbone au cours des 120 premiers jours de la guerre, dont 90 % sont attribuées aux bombardements aériens et à l’invasion israélienne terrestre de Gaza.
L’air est contaminé par des produits chimiques provenant d’armes telles que le phosphore blanc, en raison de l’utilisation intensive d’explosifs. L’exposition aux munitions au phosphore blanc provoque à son tour une diminution de la productivité des terres agricoles et peut nuire aux plantes existantes.
Les ressources en eau ont été gravement compromises, avec près de 60 000 mètres cubes d’eaux usées non traitées se déversant quotidiennement dans la mer Méditerranée. Le réseau d’eau potable de Gaza, déjà défaillant avant la guerre avec 90 à 95 % des eaux souterraines non potables, est actuellement dans une situation d’autant plus critique avec environ 2 à 8 litres par personne par jour.
La dégradation des terres et du sol a anéanti la société agraire de Gaza. La destruction des fermes et des terres agricoles, associée à 17 années de blocus qui ont privé la région d’intrants agricoles essentiels, a provoqué une grave insécurité alimentaire. Vu l’intensité des bombardements, il apparaît fort probable que les sols agricoles de Gaza soient contaminés par des métaux lourds et d’autres produits chimiques associés à l’équipement militaire et aux munitions. Depuis mai 2024, 57 % des terres cultivées de Gaza ont subi des dégâts. En outre, selon les Nations unies, Israël aurait détruit 70 % de la flotte de pêche de Gaza. Les oliviers ont été régulièrement et délibérément visés par les militaires ou les colons israéliens. Ils sont ainsi devenus le symbole de la souffrance des Palestiniens dépossédés de leur patrimoine et empêchés d’avoir accès à leurs terres et à leurs récoltes.
Les crises de santé publique et la vulnérabilité accrue face à l’aggravation des répercussions du changement climatique sont des conséquences silencieuses mais mortelles de la guerre. Les infrastructures de santé publique, déjà fragilisées par des années de blocus, s’effondrent. Les systèmes et installations de gestion des égouts, des eaux usées et des déchets solides se sont effondrés. Des milliers de tonnes de déchets solides s’accumulent dans des décharges informelles à travers la bande de Gaza. La propagation de maladies telles que les infections cutanées, l’hépatite A et la diarrhée s’intensifie, et une épidémie potentielle menace des milliers de vies. La présence de corps qui se décomposent accroît davantage le risque d’épidémies de choléra. Les enfants, rendus fragiles par leur système immunitaire et le manque de nourriture, courent un risque particulièrement élevé.
L’impact environnemental de la guerre ne se limite pas à Gaza et frappe les pays voisins tels que l’Égypte et la Jordanie, qui subissent une augmentation de la pollution atmosphérique en raison de leur proximité avec la bande de Gaza ; et le Liban, et plus particulièrement ses zones frontalières au Sud, qui subissent des dommages agricoles liés à la guerre, ainsi qu’une pollution chimique et une contamination par des restes d’explosifs. Là encore, une évaluation préliminaire a indiqué que les bombardements au phosphore blanc ont provoqué des dommages environnementaux considérables, affectant les écosystèmes naturels et la qualité de l’eau et menaçant la santé humaine et le bétail.
« Victime silencieuse »
Bien que l’environnement naturel soit protégé en vertu du droit humanitaire international, il demeure une « victime silencieuse de la guerre ». La destruction environnementale à Gaza viole de nombreuses lois et conventions internationales destinées à protéger l’environnement en période de conflit armé. Le Statut de Rome et les Conventions de Genève précisent que la destruction intentionnelle de l’environnement peut constituer un crime de guerre.
Le droit international exige qu’Israël assume le coût de la reconstruction de Gaza, vu sa responsabilité reconnue en tant que puissance occupante. Un rapport d’évaluation provisoire des dommages établi par la Banque mondiale indique que le coût total des dégâts à la fin du mois de janvier 2024 s’élevait à environ 18,5 milliards de dollars. Le coût des dommages déjà subis dans le secteur environnemental est de 411 millions de dollars. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), « il faudra des dizaines de milliards de dollars et plusieurs décennies pour réparer les destructions sans précédent à Gaza ». Un rapport du PNUD indique que « le niveau de destruction à Gaza est tel que la reconstruction des infrastructures publiques nécessiterait une aide extérieure d’une ampleur inégalée depuis 1948 ».
Sans cessez-le-feu définitif à l’horizon, les dégâts et le coût de la reconstruction augmenteront inévitablement, ce qui compromettra d’autant plus la capacité du peuple palestinien à retourner vivre à Gaza. Pour protéger les populations, l’environnement et la paix à Gaza et dans la région, Greenpeace demande un cessez-le-feu immédiat et permanent ; un embargo mondial sur toutes les ventes et tous les transferts d’armes ; la fin de l’occupation illégale de la Palestine ; le passage régulier et sécurisé des convois humanitaires ; ainsi qu’un accès permettant aux enquêteurs et aux spécialistes environnementaux de mener des enquêtes sur le terrain. Les mesures à long terme comprennent le soutien des donateurs internationaux et régionaux pour le développement de l’infrastructure hydraulique ; des évaluations environnementales exhaustives au lendemain de la guerre ; des efforts de reconstruction durable axés sur l’atténuation des effets du changement climatique, les politiques de résilience et l’implication des communautés ; et finalement des mesures visant à tenir Israël responsable des dommages infligés à Gaza en violation de ses obligations internationales.
Par Farah el-HATTAB. Juriste auprès de Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord.


Hélas, certains peuples ne savent que coloniser !
12 h 03, le 15 juillet 2024