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Économie - Conjoncture

Malgré la guerre au Liban-Sud, le secteur immobilier veut encore croire au rebond

Le marché pourrait rebondir, à condition que la situation se calme et que certains chantiers soient pris à bras-le-corps par l’État, affirme un professionnel du secteur.

Malgré la guerre au Liban-Sud, le secteur immobilier veut encore croire au rebond

Beyrouth, vue depuis le site qui accueille le Seaside Arena, le 16 mai 2024. Photo P.H.B.

« Les récents développements sécuritaires au Liban-Sud ont miné les perspectives du secteur immobilier libanais. Mais au premier signe d’apaisement, un boom spectaculaire reste très probable. »

Tel est le ressenti de Georgio Naddaf, promoteur immobilier et un des gérants du groupe Naddaf Construction, sur l’état du marché au Liban au bout de cinq ans de crise et près de neuf mois de guerre à Gaza, qui a presque instantanément débordé au Liban-Sud.

C’est également, à quelques réserves près, le message qu’a fait passer Walid Moussa, le président du syndicat des agents immobiliers au Liban (REAL), au cours d’un second forum annuel sur l’état du secteur organisé par ses soins, mardi, à l’hôtel Phoenicia, à Beyrouth.

« La guerre a porté un coup dur au secteur. Les ventes sont conclues au compte-gouttes, dans les régions où la population a un pouvoir d’achat plus important. Mais le marché peut rebondir, à condition que la situation se calme et que certains chantiers soient pris à bras-le-corps par l’État », affirme-t-il à L’Orient-Le Jour.

Une idée qu’il a réitérée devant les participants à l’événement parrainé par le Premier ministre sortant Nagib Mikati, représenté par le ministre des Finances Youssef Khalil. Ce dernier a assisté à la session d’ouverture aux côtés du ministre de l’Énergie Walid Fayad, et du gouverneur par intérim de la Banque du Liban Wassim Manssouri.

Le président du syndicat des agents immobilier (REAL) Walid Moussa, prononçant son discoure d'ouverture pendant le second forum annuel consacré au secteur, le 25 juin 2024. Photo P.H.B.

Trajectoire atypique

Le marché immobilier a connu une trajectoire assez atypique depuis le début de la crise qui a éclaté au Liban en 2019. Il a d’abord profité de l’aubaine suscitée par la combinaison entre les restrictions bancaires et l’effondrement de la livre libanaise, ce qui a permis à certains acheteurs d’acquérir des biens à des prix réduits, avant de ralentir, sans que les prix ne s’effondrent partout pour autant.

Il a ensuite pâti de la paralysie prolongée du secteur bancaire, du Covid-19 et de la fermeture prolongée des centres d’enregistrement du cadastre à partir de fin 2022, sur fond de poursuites judiciaires à l’encontre de nombreux membres de leurs personnels et de grèves de leurs employés réclamant une hausse de leurs salaires. À noter aussi que certains propriétaires qui avaient des biens à louer ou à vendre ont pu profiter d’une hausse de la demande venant d’habitants du Liban-Sud ayant fui les zones frontalières lors des premiers mois de la guerre.

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« Le marché immobilier a tenu bon pendant les 6 premiers mois d’affrontements entre le Hezbollah et l’armée israélienne au Liban-Sud, avec des prospections actives, des ventes conclues et même des prix en hausse », souligne à L’Orient-Le Jour Guillaume Boudisseau, consultant pour le compte du cabinet de conseil immobilier Ramco. « Mais depuis deux mois, le marché a bel et bien ralenti », constate-t-il

Les récents développements à la frontière entre le Liban-Sud et le nord d’Israël, où la tension s'accroît depuis plusieurs semaines de part et d’autre, y sont pour beaucoup. « Dans un projet immobilier en cours de finition dans le Metn, nous avons beaucoup de visites d’acheteurs potentiels – des couples qui viennent de se marier, des particuliers qui ont de l’argent de côté – qui attendent juste de savoir comment la situation va évoluer au Liban-Sud », raconte Georgio Naddaf. « Ce phénomène ne se limite pas au Liban : à Chypre, où nous avons aussi des projets en cours, il y a aussi beaucoup d’hésitation à cause de la situation », fait-il remarquer encore. Il y a une semaine, le secrétaire général du Hezbollah avait aussi menacé l’île si elle devait accorder des facilités militaires à l’État hébreu.

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Hésitations des acquéreurs

Même ambiance du côté de potentiels acquéreurs. « Je pense que ce n’est pas le bon moment pour acheter un appartement ou une maison, à cause de ce qui se passe au Liban-Sud. Quelqu’un qui prend la décision d’acheter maintenant pourrait se retrouver avec un bien impossible à assurer, difficile à enregistrer et qu’il risque en plus de perdre dans un bombardement, si la situation dégénérait vraiment », explique Céline, une Libanaise qui travaille dans le Golfe et envisage de s’acheter à terme un logement au Liban. « Je pense que ceux qui veulent malgré tout acheter un bien à court terme ont plutôt intérêt à acquérir un terrain nu, pour limiter les risques », ajoute-elle. En tant que propriétaire d’un terrain avec d’autres membres de sa famille, elle estime enfin que ce n’est peut-être pas le meilleur moment de vendre non plus, compte tenu du contexte et de son impact sur les prix.

Walid Moussa a, lui, rappelé dans son discours d’ouverture du forum qu’une véritable reprise du marché immobilier au Liban ne dépendait pas uniquement d’une fin de la guerre, mais aussi du rétablissement de la stabilité politique « via l’élection d’un président de la République », de la restructuration du secteur bancaire « pour financer les transactions et les nouveaux projets », ou encore le déploiement d’une stratégie nationale pour le logement. Il a souligné que la fermeture des bureaux du cadastre avait coûté au Trésor public environ 200 millions de dollars.

Les chiffres les plus récents des transactions immobilières couvrent la période allant jusqu'à fin avril. La nette hausse affichée, avec 9 361 transactions enregistrées en quatre mois, contre seulement 1 761 sur la même période en 2023, est trompeuse, les chiffres étant faussés par la fermeture des bureaux du cadastre, qui n’ont commencé à rouvrir progressivement que l’été dernier, région par région, et ont d’abord commencé à traiter les dossiers en retard. La réouverture des bureaux du Mont-Liban, une des plus importantes régions du pays, n’a commencé qu’en mars dernier. À titre de comparaison, le ministère des Finances avait répertorié plus de 30 000 transactions enregistrées à fin avril 2022 et plus de 20 000 à fin avril 2021.

« Les récents développements sécuritaires au Liban-Sud ont miné les perspectives du secteur immobilier libanais. Mais au premier signe d’apaisement, un boom spectaculaire reste très probable. »Tel est le ressenti de Georgio Naddaf, promoteur immobilier et un des gérants du groupe Naddaf Construction, sur l’état du marché au Liban au bout de cinq ans de crise et près de neuf mois de...
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