Photo d’illustration Bigstock
Autant dans les couples hétérosexuels que dans les couples homosexuels, quand l’amour est là, le désir suit. Mais pas l’inverse.
Forte de cette certitude, Siham est venue me voir, déprimée, désespérée : son mari ne la désire plus mais l’aime tout autant qu’au début. Elle n’arrive pas à s’y faire. Cela ne dure pas depuis longtemps. Elle continue d’espérer son désir mais ce dernier ne revient toujours pas. Intellectuelle, travaillant dans l’enseignement supérieur, très grande lectrice, elle cherche dans la littérature des réponses, mais en vain. Elle a eu le courage d’en parler avec ses amies. Leurs expériences amoureuses et sexuelles étaient différentes de la sienne mais la base était la même : le désir suit l’amour mais pas l’inverse. Alors pourquoi cela ne marche-t-il plus avec son mari, qui pourtant continue de l’aimer comme avant ?
Siham me décrit en détail leurs rapports sexuels, ajoutant que le désir qu’il lui portait était toujours là, mais qu’il n’y arrivait plus. La perte de sa jouissance lui faisait mal, très mal. « Cette jouissance n’avait rien à voir avec l’orgasme, ajoute-t-elle. Je suis étonnée par cette précision, peu de gens en étaient capables. »
Leur histoire a commencé sur les bancs de l’école, s’est poursuivie à l’université puis dans la vie professionnelle. Ils travaillent ensemble dans l’industrie alimentaire. Après avoir réfléchi, elle se souvient que c’est à partir de là que les choses se sont gâtées. Et pourtant, elle n’en voyait pas la raison.
Je lui propose de me parler en détail de leur travail, sans omettre le moindre détail.
Elle se souvient qu’avant d’être embauchés, ils devaient passer un concours. Un concours pour la forme, leurs deux dossiers ayant été très appréciés. Mais il fallait le faire suivant les règles de l’institution qui l’exigeaient. Ils étaient une vingtaine à présenter ce concours. Elle réussit à être première et son mari deuxième. Ils firent la fête le soir même.
Le lendemain, son mari change légèrement d’humeur, paraissant un peu lointain. Elle s’arrête un instant, veut changer de sujet. Je la pousse à continuer : « Il était lointain comment ? », lui dis-je. « Un peu lointain », corrigea-t-elle. « Oui ? » Un long silence s’installa. Puis elle dit : « Ce n’est pas important. » De nouveau le silence. Cette fois-ci, elle ne change pas de sujet, mais un autre long silence s’ensuit. Je ne dis rien de plus, voyant que ce sujet la dérangeait trop. Elle prit un moment et dit : « Le fait que j’aie été première et lui second ne lui plaisait pas. Il ne me l’a jamais avoué, mais je viens de réaliser que la panne sexuelle s’est installée juste après ces résultats.
« Pourquoi avez-vous eu du mal à le dire ? » « Parce que… heu… je ne veux pas trahir mon mari. » Et elle s’effondre en larmes.
Elle pleure longtemps. Je la laisse faire. Tant d’amour et de désir partis pour ça ? pensait-elle.
Puis elle exprime ses interrogations : « Comment est-ce possible ? » « Il continue à vous aimer pourtant, c’est bien vous qui l’avez dit ? » « Oui, répond-elle, mais j’ai peur de ne plus l’aimer. »
Ses paroles sonnèrent comme un couperet. Ainsi, sa jouissance perdue mettait en cause son amour.


