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Politique - Sécurité

Attaque contre l’ambassade US : quel message et pour qui ?

Le Syrien à l’origine des tirs a affirmé avoir mené cette opération « pour soutenir Gaza ».

Attaque contre l’ambassade US : quel message et pour qui ?

L’armée libanaise déployée près de l’ambassade américaine à Beyrouth le 5 juin 2024, après une fusillade près de la chancellerie. Photo AFP/Joseph Eid

Un Syrien affirmant agir pour soutenir la population de Gaza a ouvert le feu mercredi sur l’ambassade américaine au Liban avant d’être blessé et arrêté par l’armée libanaise. L’ambassade américaine, située dans un complexe ultrasécurisé à Aoukar, a assuré que tous ses membres étaient sains et saufs. Un de ses employés libanais a cependant été légèrement blessé à l’œil. Si les sources sécuritaires ont refusé de s’avancer sur l’identité et les motivations du suspect, une photo circulant sur les réseaux sociaux, mais que L’Orient-Le Jour n’a pas été en mesure d’authentifier de manière indépendante, montre que le tireur présumé portait un gilet pare-balles avec des signes témoignant de son appartenance au groupe État islamique.

Le contexte et le timing de l’attaque interpellent. Elle intervient en effet alors que l’heure de vérité approche sur le front embrasé entre le Hezbollah et Israël. Dans cette optique, certaines parties sont-elles en train d’envoyer des messages via cette attaque ? Le message aux Américains serait clair : vos intérêts ne seront pas à l’abri si vous donnez le feu vert à Israël de déclarer une guerre ouverte contre le Liban. Ensuite, à quelques jours de sa visite prévue à Washington, quel message en direction du patron de la troupe, Joseph Aoun, réputé pour être proche des Occidentaux, notamment les Américains ? Dire qu’à l’heure où c’est son armée qui sera chargée de la mise en application de la résolution onusienne 1701 et de la supervision de l’accord – qui arrivera tôt au tard – à la frontière sud, Joseph Aoun n’est même capable de protéger l’ambassade américaine ?

Les faits

En attendant que l’horizon se décante un peu plus, revenons aux faits. L’armée libanaise a annoncé dans un communiqué que « l’ambassade américaine a été la cible de tirs de la part d’un homme de nationalité syrienne ». « Les éléments de l’armée déployés dans le secteur ont répondu à la source des tirs, blessant l’homme qui a été arrêté et hospitalisé », a-t-elle précisé. La troupe a annoncé par la suite avoir arrêté cinq suspects dans cette affaire dans la région de Majdel Anjar, dans la Békaa, dont trois proches du tireur. D’après nos informations, obtenues auprès de sources sécuritaires, la Sécurité de l’État et les services de renseignements de l’armée ont arrêté, à Majdel Anjar, près de la frontière syrienne, le frère du tireur, après une série de barrages routiers et de perquisitions dans la région. Des engins explosifs et du matériel de fabrication de bombes auraient été découverts à son domicile, révèle une source de sécurité à notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Parmi les personnes appréhendées, se trouverait également un imam de Majdel Anjar, dont le tireur aurait été proche. Une source de l’armée a par ailleurs démenti des informations selon lesquelles d’autres tireurs seraient en fuite, mais la troupe poursuivait ses perquisitions dans la Békaa, selon notre correspondante.

Une source judiciaire a indiqué à l’AFP que le tireur, gravement blessé, avait affirmé « avoir mené cette attaque pour soutenir Gaza », où une guerre oppose depuis près de huit mois l’armée israélienne au Hamas palestinien.

L’ambassade américaine a pour sa part annoncé dans un communiqué que des tirs avaient été signalés « près de l’entrée » du complexe. « Grâce à la réaction rapide » des forces de sécurité libanaise et de l’équipe de sécurité de l’ambassade, « nos équipes sont saines et sauves », a-t-elle ajouté, précisant qu’elle resterait fermée pour la seule journée de mercredi.

« Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances des faits et arrêter toutes les personnes impliquées » dans cet incident, a indiqué un communiqué du bureau du Premier ministre sortant Nagib Mikati, précisant que l’ambassadrice Lisa Johnson se trouvait hors du pays. Le ministre sortant de l’Intérieur Bassam Maoulaoui a de son côté affirmé à la

chaîne al-Arabiya que « l’assaillant de l’ambassade avait transporté des explosifs de Majdel Anjar à Aoukar ». « Il a franchi plusieurs postes de contrôle routiers, c’est suspect », a lancé le ministre sans donner plus de détails. Il est ultérieurement revenu sur ses propos dans un communiqué, précisant que l’assaillant avait transporté non pas « des explosifs », mais « les affaires qu’il transportait dans une valise » de Majdel Anjar à Aoukar.

Le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, a indiqué lors d’une conférence de presse à Washington que les tirs avaient blessé « un membre de la garde locale de l’ambassade ». Interrogé par un journaliste sur l’identité du tireur, M. Miller a répondu : « Nous savons que l’individu qui a été arrêté portait ce qui semble être des insignes de l’État islamique, mais nous menons une enquête approfondie avec les autorités libanaises. »

« Plus de risques »

Selon notre journaliste Lyana Alameddine, qui s’est rendue dans la zone entourant l’ambassade, l’armée a bouclé le quartier dans un rayon d’au moins un kilomètre et vérifiait les voitures voulant s’en approcher. Les commerces aux alentours sont restés ouverts. Raphaël, un vendeur de téléphones vivant près de l’ambassade, a affirmé que « la situation est rapidement revenue à la normale » et dit ne pas comprendre ce qu’il s’est passé. « Nous avions l’habitude de répéter que la région est sûre grâce à la présence de l’ambassade américaine, mais maintenant, nous avons l’impression que nous encourons plus de risques à cause des manifestations régulières et des tirs », a-t-il ajouté.

Theodora Saadé, une commerçante de 28 ans vivant à Aoukar, fait écho à ce sentiment d’insécurité. « Je ne sais pas pourquoi les tirs ont eu lieu, mais c’est probablement pour des raisons politiques, a-t-elle estimé. J’ai l’impression qu’on va voir de l’action ici. »

Un Syrien affirmant agir pour soutenir la population de Gaza a ouvert le feu mercredi sur l’ambassade américaine au Liban avant d’être blessé et arrêté par l’armée libanaise. L’ambassade américaine, située dans un complexe ultrasécurisé à Aoukar, a assuré que tous ses membres étaient sains et saufs. Un de ses employés libanais a cependant été légèrement blessé à l’œil. Si les sources sécuritaires ont refusé de s’avancer sur l’identité et les motivations du suspect, une photo circulant sur les réseaux sociaux, mais que L’Orient-Le Jour n’a pas été en mesure d’authentifier de manière indépendante, montre que le tireur présumé portait un gilet pare-balles avec des signes témoignant de son appartenance au groupe État islamique.Le contexte et le timing de l’attaque interpellent. Elle...
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