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Le puzzle Bidenyahu

Israélienne vraiment, cette miraculeuse feuille de route vers un Gaza pacifié, comme l’assurait vendredi dernier Joe Biden ? Pas si israélienne que ça, du moins dans la version incomplète qui en a été présentée, comme le laissent croire les réserves affichées par Benjamin Netanyahu ? Plutôt américano-israélienne alors, comme le suggère la Maison-Blanche qui y voit en effet le résultat d’intenses consultations entre les deux alliés ?


Il serait superflu de s’acharner à décoder l’ADN d’un nouveau-né dont le parrain s’est lui-même chargé d’annoncer la venue au monde : et cela pour la simple raison que le géniteur désigné éprouve un tel embarras à en revendiquer clairement la paternité. De la bousculade des chromosomes émergent en effet deux évidences. La première est que le chef de la superpuissance américaine n’a pu se réduire à un simple rôle de crooner pour entonner et promouvoir solennellement un air qui n’est pas, en bonne partie, de son propre cru : un tube qu’il entreprend même de faire plébisciter séance tenante par le Conseil de sécurité de l’ONU. On peut en déduire qu’à des degrés divers et pour des raisons qui leur sont propres, chacun des deux partenaires avait besoin d’un aussi spectaculaire, aussi apparemment prometteur, happening. Seule la suite permettra de savoir s’il ne s’agissait là que d’une occasion de reprendre souffle. Long et semé d’embûches est en effet le cheminement projeté.


Face à un marathon de trois mois jalonné d’autant d’étapes, l’Américain semble néanmoins talonné par le facteur temps, alors que l’Israélien ne cherche au contraire qu’à gagner du temps. À cinq mois d’une élection présidentielle dont il escompte un second bail à la Maison-Blanche, Biden doit ainsi tenir compte de la fronde qui a gagné les jeunes cadres de son parti, comme des dégâts occasionnés à l’image extérieure des États-Unis par le martyre de Gaza. Davantage que tous ses prédécesseurs, l’actuel président a certes démontré son soutien quasi total à Israël. Malgré toutes ses prestations, sa réélection reste pourtant tributaire des faveurs du lobby juif. Aussi a-t-il insisté, dans son allocution de vendredi, sur les bénéfices que tirerait en particulier Israël d’un prompt accord sur Gaza : retour des otages, retour des militaires, retour à leurs maisons des habitants de la Galilée à la faveur d’un arrangement avec le Liban. En prime, normalisation avec l’Arabie saoudite et intégration à un système de défense régional.


Dans le feu de sa plaidoirie, le chef de l’exécutif US s’est néanmoins hasardé à réfuter la prétention israélienne à éradiquer totalement le Hamas, en assurant que ce dernier a déjà perdu toute capacité de rééditer son opération du 7 octobre. Mieux encore, en appelant explicitement le Hamas à adhérer au projet, l’Amérique, n’en fait-elle pas au fond, et à la grande fureur de Tel-Aviv, un incontournable interlocuteur tout au long de la future négociation, quand bien même miserait-on sur le sponsor qatari pour l’assagir ?


Cette chance de survie politique éventuellement laissée au Hamas, une fois dégarni de ses crocs et griffes, n’est pas, au demeurant, le seul échec essuyé par les actuels dirigeants israéliens. Car en dépit d’une barbare campagne de plus de sept mois, la population de Gaza n’a pas reflué vers le Sinaï égyptien. Les otages n’ont toujours pas été libérés et un grand nombre de ceux-ci ont même été tués, vraisemblablement par les bombardements insensés auxquels se sont livrés leurs supposés sauveteurs. Et pour couronner le tout, jamais Israël n’a eu à pâtir d’un aussi impressionnant isolement diplomatique.


Poursuivi qu’il est déjà par la justice israélienne et maintenant ciblé par la Cour pénale internationale ; assiégé par les manifestations de rue ; son cabinet de guerre menacé de sabordage par les radicaux d’extrême droite mais hésitant à accepter l’humiliant filet de sécurité que lui offre le leader de l’opposition, c’est en réalité Benjamin Netanyahu qui joue sa survie politique. C’est lui, et non encore le gouvernement israélien, qui se rallie, sans se priver de maugréer, au projet annoncé vendredi. C’est lui qui maîtrise le chronomètre, qui est capable, sous le moindre prétexte, de mettre en panne à chaque virage de la feuille de route. Invité à discourir devant le Congrès américain, c’est toujours lui, allez savoir, qui se voit en arbitre électoral entre Joe Biden et Donald Trump.


En attendant, Bibi continue de faire ce qu’il sait le mieux faire. En Cisjordanie comme à Gaza, il tue des Palestiniens.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Israélienne vraiment, cette miraculeuse feuille de route vers un Gaza pacifié, comme l’assurait vendredi dernier Joe Biden ? Pas si israélienne que ça, du moins dans la version incomplète qui en a été présentée, comme le laissent croire les réserves affichées par Benjamin Netanyahu ? Plutôt américano-israélienne alors, comme le suggère la Maison-Blanche qui y voit en effet le...