Le défilé croisière 2025 de la maison dans les jardins à la française du château de Drummond. Photo @Dior
Pour beaucoup, l’idée de la croisière est liée aux paquebots. Chez Dior, depuis plus de dix ans, la croisière, c’est le rail, à travers des trains historiques qui sillonnent l’Europe. La maison va jusqu’à lancer un spa sur le Belmond Royal Scotsman, un train de luxe mis en route en 1985, feutré, habillé d’acajou, aux fenêtres duquel défilent les paysages sauvages de la lande écossaise. Dans cette foulée, il était donc naturel pour Dior de présenter en Écosse son défilé croisière de la saison 2025. La maison, dont l’ADN est lié aux jardins dont son fondateur était un amoureux fervent, a choisi les jardins du château de Drummond, dans le Perthshire, à un jet de pierre de l’hôtel Gleneagles qui accueillait en 1955 le défilé de Christian Dior, pour présenter cette collection hors du commun.
Le tartan autrement
Il est clair que la directrice artistique Maria Grazia Chiuri a pris un risque en se lançant dans le thème écossais. Le tartan est un marronnier ressassé, généralement plus présent dans les collections hivernales que dans le thème printanier des collections croisière qu’en d’autres temps on appelait « demi-saison ». C’est donc en version laine légère que Dior a décliné le thème, en hommage à l’Écosse dont les abondants pâturages ont favorisé le développement d’une industrie textile de grande qualité. Le tartan étant un marqueur clanique, Dior a dû inventer les siens, avec ses propres associations de couleurs, sur des palettes de rouge, violet ou jaune. Dans cette ornière abondamment creusée par d’autres grandes marques comme Burberry sur le mode commercial ou Alexander McQueen sur le mode conceptuel, il fallait trouver des sentiers inédits.
L’inspiration Marie Stuart
Se penchant sur l’histoire de Marie Stuart, simultanément reine d’Écosse et de France tout en étant prétendante au trône d’Angleterre, et les impressions écossaises de Christian Dior, Maria Grazia Chiuri réussit à dérouler toute une bobine d’émotions nouvelles. Féministe revendiquée, elle fait rêver avec son interprétation contemporaine du destin tragique d’une femme, héritière dès sa naissance de tant de pouvoir qu’elle ne suscite que méfiance, tout au long des quarante-cinq années où elle a vécu, avant d’être décapitée sur ordre de sa cousine et rivale, la reine Elizabeth Ire. Marie Stuart française, Marie Stuart écossaise, Marie Stuart catholique régnant sur un pays dominé par les protestants, Marie Stuart prisonnière, évadée, clandestine, instruite, excellente cavalière, danseuse, musicienne, brodeuse… et son amant qui assassine son mari. Marie Stuart qui avance vers son bourreau – bourré – vêtue d’une robe rouge, la tête haute, qu’il ne saura faire tomber sans s’y prendre à trois fois. Il y a de quoi puiser dans ce parcours hors norme.
Un déflé inspiré de Maria Stuart. Photo @Dior
Cuissardes guerrières et rébellion intemporelle
Et Maria Grazia Chiuri y puise à pleines mains, comme avant elle Alexandre Dumas, Stefan Zweig et tant de peintres romantiques. Elle s’inspire des broderies auxquelles s’occupe Marie Stuart tout au long de de sa longue captivité, « paroles textiles » où elle sabre Elizabeth, aujourd’hui connues sous le nom d’« Oxburgh Hangings ». Elle introduit sa propre interprétation, en résille argentée, de la cotte de maille que la reine a dû posséder pour se prémunir des traitrises et des complots dont elle fut la cible. Elle évide le tartan, le transforme en rayures noires sur mousseline transparente. La mousseline est aussi une spécialité textile de l’Écosse. Elle fait resplendir la dentelle sur velours noir, grimper des rosiers sur un fourreau, les fleurs dépassant le décolleté. Elle use et abuse des basques Dior, ce fameux patron « Bar » qui a quelque chose de médiéval quand on y pense. Elle fait monter les cuissardes au raz des ourlets hauts, dépasser des manches bouffantes d’une robe où s’alignent des mots brodés. Elle décline les brogues traditionnelles des highlanders en accessoires citadins, fait remonter les chaussettes argyle au-dessus du genou. Elle ajoure les pulls à losanges, ajoute des tirettes au bas des jupes bouffantes, fait flotter les longues jupes plissées, invente des manches transparentes, autonomes, qui s’accrochent au col-collier, formant un bijou-vêtement ou un vêtement-bijou. Elle invente une silhouette guerrière, soulignée par des gants de cuir noir formés de bandelettes, un peu punk, résolument rebelle. Le gris Dior est exalté sur une robe entièrement en dentelle. Un blouson de cuir s’ouvre par des échancrures horizontales.
Maria Grazia Chiruri ajoute des tirettes au bas des jupes bouffantes, fait flotter les longues jupes plissées. Photo @ Dior
Mystère et majesté
Il faut imaginer 86 modèles cascadant le long du grand escalier qui descend vers les jardins du château de Drummond, traversant les pelouses à pas mesurés, élégante armée des temps anciens traversant notre époque avec indolence. Il y a dans l’atmosphère, tour à tour baignée d’un air de cornemuse et de musique baroque, mystère et majesté. Avec un clin d’œil malicieux vers un sabbat de fées punk qui auraient pris d’assaut ce monument emblématique, rappelées à l’ordre par des cornemuseurs en kilt. Ces kilts sont aussi un rappel de la forte émotion qu’avait eue Christian Dior lors de son défilé de 1955 quand, à la fin de la présentation, des hommes en kilt, justement, avaient pris d’assaut le frêle pont de 20m qui servait de podium et entraîné les mannequins dans une danse endiablée, faisant trembler les planches au risque de les casser. « Puissant, puissant ! » « Brava Maria Grazia ! » s’exclamaient les spectateurs. Aucun doute, cette croisière 2025 de Dior fera date.


