Quadrature du cercle ou spirale ouverte qui laisse entrevoir une solution ?
Car, comme le dit Napoléon, « qui veut peut, et qui peut doit », et le Liban veut et doit, le Liban se doit.
Les pays de l’Europe du Nord, parmi les plus riches, les plus démocratiques et les plus généreux, tels que le Danemark, la Lettonie, les Pays-Bas, viennent de fermer leur porte et de verrouiller leurs institutions face aux migrants, émigrés et réfugiés de tout bord... Fin de toute priorité aux logements sociaux (crise du logement exige), renvoi chez soi à la première incartade ou à un pays tiers qui monnaye leur présence, durcissement des conditions d’entrée, raccourcissement des durées de séjour, etc.
Mais membres de l’Union européenne et présents à toutes ses instances, à l’instigation de la France et de l’Allemagne, la plupart de ces États refusent au Liban le retour des réfugiés syriens – près de 40 % de la population libanaise. Arrive-t-on à 1 ou 2 % de la population de ces pays démocratiques qui ferment leur porte et manient les deux poids, deux mesures avec dextérité ?
Toutefois, quelques pays amis proposent d’étudier la situation en Syrie pour juger de la possibilité d’un retour sûr et sauf pour des populations ayant souffert les affres de l’exode. Cela est bon et juste, et ouvrirait la voie à la levée du veto sur le retour des réfugiés et des sanctions dont on menace le Liban (notamment arrêt des aides dont il a vitalement besoin). Le Liban qui les a reçus et hébergés des années durant s’en voudrait de les renvoyer chez eux à l’aveugle et sans garantie pour leur sécurité.
On nous dit de préconiser un retour volontaire, faisant semblant d’ignorer que la manne européenne et onusienne ne les rejoint pas en Syrie et que nombre de ces volontaires du retour gardent au Liban quelqu’un ou y envoient l’un des leurs pour encaisser les aides, des aides à faire pâlir des Libanais qui voient leur source de travail non seulement happée à prix réduit par les réfugiés syriens, mais qui même lorsque trimant dur voient leur salaire bien en deçà de l’aide mensuelle acquise par chaque réfugié.
Mais rien n’est jamais simple au Liban : ni devant le danger d’une asphyxie ou le bonheur d’un renouveau les Libanais ne font front...
Alors que tout le pays, toutes ses infrastructures (eau, électricité, sanitaires, soins de santé...), tous les secteurs (agriculture, bâtiment, sécurité...) souffrent de l’impact de leur lourde et nombreuse, trop nombreuse présence, à l’étonnement (général) grandissant il y a des voix qui refusent de les laisser partir. Ainsi par exemple au Nord, Tripoli, avec quelque 300 000 réfugiés syriens, est divisée sur leur sort : une partie de la population tient à les maintenir au Liban et une autre tout aussi acharnée voudrait les voir partir coûte que coûte ! Serait-ce un pied de nez à de grandes fortunes tripolitaines qui ne lèvent pas le petit doigt ni ne montent la moindre entreprise pour donner du travail à une population au taux de chômage le plus élevé du Liban… Ou bien serait-ce un jeu d’ombres et de poker menteur ? Sommes-nous toujours aux portes de la IIIe République, comme le préconisait, en son temps, le ministre et député de Tripoli Jean Obeid dans une interview au journal al-Hadith du 25 juillet 1996 : « Il faut libaniser les musulmans et arabiser les chrétiens » ?
Pour pouvoir réussir le retour des réfugiés en Syrie, il y a trois conditions sine qua non : 1) que le gouvernement syrien en veuille et assure la sécurité de ceux qui rentrent au pays, avec la demande ou tout au moins l’assentiment du gouvernement libanais ; 2) que la manne onusienne et européenne continue à les asperger chez eux et tarisse au Liban... mais les pays donateurs tiennent à la maintenir au Liban de peur de les voir envahir leurs côtes ; 3) les payer en Syrie, mais cela est impossible puisque la loi César mise en place par les États-Unis sanctionne la Syrie et tous les pays desquels des aides financières lui parviennent...
Alors, sommes-nous dans une quadrature du cercle ? Non, si la volonté libanaise existait réellement, elle pourrait et donc devrait remonter le fil d’Ariane qui nous mènerait directement aux États-Unis.
C’est là une année d’élection non seulement présidentielle mais également de sénateurs et de représentants : beaucoup d’émigrés libanais ou fils d’émigrés pourraient – « devraient » – être mobilisés auprès de leurs sénateurs et de leurs représentants pour accéder à une exception à la loi César qui permettrait aux réfugiés syriens au Liban de recevoir les aides onusiennes et européennes chez eux en Syrie, ce qui les maintiendrait loin des côtes européennes et soulagerait le Liban que les États-Unis essaient d’aider par ailleurs...
Quadrature du cercle... mais aussi « qui veut peut, et qui peut doit ».
Démissionnaire ou pas, le gouvernement libanais peut et donc doit parler avec le gouvernement syrien (comme il semblerait s’y être décidé) et mobiliser tous nos amis – notamment arabes – et s’atteler à un lobbying intelligent auprès de l’Union européenne (déjà près d’une dizaine d’États prennent fait et cause pour le Liban), et surtout en priorité auprès des États-Unis.
Il existe encore au Liban, malgré la faillite, des personnes « qui savent », qui peuvent et qui doivent s’engager non pas dans la lutte, hors de nos moyens, pour la paix ou la guerre, mais pour la sauvegarde et la restauration de l’image et de l’identité du Liban.
Samira HANNA EL-DAHER
Ambassadrice
Professeure de géopolitique
et de relations internationales
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