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Lifestyle - This Is America

Profession : peintre de tribunal

C’est un métier qui exige de la précision, de la rapidité et du talent. Le procès inhabituel de Donald Trump remet ces artistes-témoins au-devant de la scène.

Profession : peintre de tribunal

L’ex-président Donald Trump témoignant le 13 mai à New York, croqué par Elizabeth Williams. Photo tirée du compte Instagram Courtroom_art

Un ex-président américain poursuivi en justice pour, entre autres, versement illégal d’argent à l’actrice et réalisatrice de films X, Stormy Daniels, c’est du jamais-vu… Une situation qui met en émoi tout le pays et, avec lui, une catégorie d’artistes plus connus sous le nom de Courtroom Artists qui œuvrent habituellement dans les coulisses. Les médias font appel à ces artistes de tribunal pour leur talent de portraitistes utilisé pour représenter au public les différents moments du déroulement d’un procès et les utiliser dans certains reportages. Car, dans de nombreuses juridictions américaines, comme ailleurs dans le monde, l’utilisation de caméras dans les salles d’audience est généralement interdite afin d’éviter les distractions et de préserver la vie privée des accusés et des victimes.

C’est le cas aujourd’hui à New York où, actuellement, ont lieu les séances d’écoute de l’ex-président Donald Trump qui doit répondre de plusieurs actions frauduleuses dont il est accusé. Jusqu’à présent, ces artistes étaient très peu connus du grand public. La personnalité de Trump et la couverture de grande envergure que la presse donne à cette affaire historique les ont sortis de l’ombre. Au-devant de la scène, ils se sont retrouvés submergés de travail, une activité d’autant plus délicate qu’entre leurs doigts, crayons et pinceaux doivent aller très vite pour saisir immédiatement la moindre expression et immortaliser le moindre geste d’un homme au caractère tumultueux, mis en accusation.

Donald Trump à son procès, selon Jane Rosenberg. Photo tirée du compte Instagram Courtroom_art

Un rapide travail de capture

Suite à ce procès inhabituel, leur performance a attiré l’attention des médias et des réseaux sociaux. La doyenne de ces artistes, nommée Jane Rosenberg, a eu droit à une présentation par l’agence Reuters sur sa page Instagram. Elle s’y est exprimée ainsi : « J’avais hâte de croquer Trump au tribunal. Le moment était enfin venu ! Obtenir ma place de dessinatrice n’a pas été facile mais, une fois installée dans le box des jurés avec mes beaux crayons pastel posés à côté de moi, tout était normal, sauf qu’il s’agissait d’un ex-président dont tout le monde connaît le visage. La pression pour obtenir une ressemblance était énorme. Je n’avais jamais vu une sécurité aussi importante auparavant.  Lorsqu’il s’est retourné et a lancé un regard noir à l’équipe du procureur, il n’avait pas l’air content. C’était “le” moment. Je devais à tout prix capturer cette expression. » Cette artiste à la spécialité rare n’en était pas à son premier procès de stars. Mais pas aussi spectaculaire que celui du Donald Trump. 

Selon l’historique de cette discipline, « un artiste de salle d’audience doit travailler rapidement, en particulier lors des séances de mise en accusation où un témoin ne peut comparaître devant le tribunal que durant quelques minutes.  Ces artistes ont la tâche de transmettre l’atmosphère dans cette pièce. Capturer des couleurs, des ambiances et des gestes des participants, tout éphémères qu’il soient ».

Ces comptes rendus en images des procès aux États-Unis sont nés en réponse au véritable cirque médiatique provoqué en 1935 par l’enlèvement et le meurtre du fils en bas âge de l’aviateur Charles Lindbergh. Lorsque, dans une ambiance de tension extrême, les caméras d’actualités, leurs cliquettements bruyants, les trépieds et les lumières clignotantes ont envahi le tribunal, l’American Bar Association a décidé d’interdire les caméras, laissant aux médias le soin de trouver d’autres moyens de couverture.

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Un art hybride

Comme l’illustration d’un sujet pour les journalistes et les lecteurs est aussi importante que le texte, on a eu recours au dessin. Cela également par souci de transparence, lorsqu’il s’agit de matière juridique. Pour éviter par la même occasion ce qui est connu comme un reportage aveugle, c’est-à-dire diffusé sans image aucune.

Au pays de l’Oncle Sam, les croquis des salles d’audience existaient dès le XIXe siècle. À cet effet, des dessinateurs étaient convoqués pour couvrir tout procès ayant trait à l’actualité brûlante du jour. Tels ceux de l’abolitionniste John Brown et de la tentative de destitution (qui a échoué) d’Andrew Johnson, 17e président États-Unis. Des artistes, doublés de graveurs, étaient alors à l’œuvre. Parmi les plus connus, on cite George Caleb Bingham et David G. Blyth. Les croquis de cette époque étaient reproduits sous forme de gravures dans les publications imprimées, car la photographie n’était pas une option pratique pour la couverture médiatique des tribunaux. À mesure que la technologie des médias de masse a progressé au début du XXe siècle, les tribunaux ont commencé à expérimenter la photographie et la retransmission radio des procédures judiciaires. 

Puis, retournement de situation et retour au Courtroom Art, devenu un art en soi, quoique n’occupant pas (avant le tsunami trumpiste) le devant de la scène publique. Néanmoins, ses créateurs jouissent d’une grande appréciation au regard des esthètes. La Bibliothèque du Congrès a organisé une exposition portant sur les illustrations de salles d’audience, axée sur plusieurs thèmes développés en 98 œuvres, pour servir de source d’inspiration aux personnes intéressées et approfondir cette forme d’expression particulière. Dans cet esprit, l’Association des avocats du Minnesota vient d’organiser un concours d’artistes de salle d’audience dans  le cadre d’un  programme de procès simulés dans les lycées. Katherine Krupp, curatrice d’une exposition du genre intitulée « Witness for the People : Courtoom Art in the Electronic Age », en souligne le contexte actuel : « Cet art de la représentation est hybride, à la fois une matière esthétique, un document social, un accessoire de télévision et un souvenir historique. »

Les croqueurs et les croqueuses des tribunaux affûtent leurs crayons en vue de la prochaine audience de l’ex-président fixée au 11 juillet prochain, qui décidera de la peine (prison ou autres) dont il doit écoper pour ses infractions.

Un ex-président américain poursuivi en justice pour, entre autres, versement illégal d’argent à l’actrice et réalisatrice de films X, Stormy Daniels, c’est du jamais-vu… Une situation qui met en émoi tout le pays et, avec lui, une catégorie d’artistes plus connus sous le nom de Courtroom Artists qui œuvrent habituellement dans les coulisses. Les médias font appel à ces artistes de tribunal pour leur talent de portraitistes utilisé pour représenter au public les différents moments du déroulement d’un procès et les utiliser dans certains reportages. Car, dans de nombreuses juridictions américaines, comme ailleurs dans le monde, l’utilisation de caméras dans les salles d’audience est généralement interdite afin d’éviter les distractions et de préserver la vie privée des accusés et des victimes....
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