Une personne tient un téléphone connecté à l’application TikTok. Photo d’illustration AFP
Le dossier de l’avocat suspecté d’être impliqué dans l’affaire du réseau de pédopornographie sur TikTok – révélé au grand jour en avril dernier – a été transféré vendredi au premier juge d’instruction du Mont-Liban, Nicolas Mansour, affirme à L’Orient-Le Jour une source judiciaire informée.
L’avocat, membre du barreau de Tripoli, avait été arrêté le 28 mai par le service des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI). Il s’était auparavant abstenu de comparaître devant le bureau de cybercriminalité des FSI, alors que le conseil de l’ordre des avocats avait décidé le 13 mai de lever son immunité. Le parquet d’appel du Mont-Liban avait alors émis à son encontre un mandat de recherche qui a finalement abouti à son arrestation. L’avocat a été interrogé durant les deux derniers jours écoulés, avant que l’avocat général près la cour d’appel du Mont-Liban, Tanios Saghbini, ne décide d’engager des poursuites contre lui et de transférer son dossier au juge Mansour.
L’Orient-Le Jour a décidé de ne pas nommer l’avocat arrêté, en l’attente d’un jugement à son encontre.
Un styliste arrêté
Selon la source judiciaire précitée, l’avocat mis en cause est la seizième personne arrêtée dans cette affaire. Avant lui, trois personnes avaient été appréhendées il y a une dizaine de jours, dont un styliste à Dbayé, dans le Metn. Les arrestations avaient débuté au début du mois de mai, après que des investigations eurent abouti à des implications présumées d’appartenance à un gang qui attirait des adolescents pour les violer et filmer leur viol en vue de vendre les vidéos à l’international, sur le dark web. Parmi les détenus figurent un coiffeur et un commerçant de prêt-à-porter célèbres sur TikTok, un dentiste, un photographe, un homme qui transférait des fonds entre des membres du gang, un chauffeur de taxi et quatre mineurs. Ils font l’objet de poursuites, entre autres, pour viol, attentat à la pudeur, traite d’êtres humains (exploitation sexuelle) et blanchiment d’argent (commerce de films de viols d’enfants).
Le 28 mai, le premier juge d’instruction devait interroger cinq des quinze suspects dont les dossiers lui avaient été transférés par le parquet d’appel. Selon la source judiciaire, les cinq suspects lui ont présenté des exceptions de forme, provoquant le report de leur interrogatoire. Le magistrat a alors émis des mandats d’arrêt contre eux, d’autant que le délai de leur arrestation provisoire par le parquet était arrivé à expiration. Ils devraient être détenus au moins jusqu’à ce que le sort de leurs recours soit tranché la semaine prochaine. Le verdict du juge sera susceptible d’appel devant la Chambre d’accusation du Mont-Liban. La source explique que le juge Mansour a appelé tous les autres détenus désireux de présenter des recours similaires à le faire incessamment afin qu’il puisse les trancher simultanément, de sorte à accélérer l’enquête.
Le premier juge d’instruction a par ailleurs émis, le 28 mai, des mandats d’arrêt par défaut contre trois suspects qui se trouvent à l’étranger. Il a demandé au parquet de cassation de les diffuser dans tous les pays, à travers Interpol. Se trouvant en Suède, l’un de ces suspects, qui financerait le réseau et vendrait ses films, ne risque pas d’être livré à la justice libanaise, aucun accord d’extradition n’existant entre Stockholm et Beyrouth. Mais s’il sort du territoire suédois pour aller dans un pays tiers, il pourrait alors y être interpellé, d’autant que les crimes dont il est accusé sont liés aux droits de l’enfant et au trafic humain, rappelle la source judiciaire.



Accélérer l'enquête, bonne idée !Ne surtout pas la bâclé. Chercher les liens qui unissent les têtes du réseau et approfondir sur leurs entourages et fréquentations.Nous attendons beaucoup de cette affaire, tant sur la minutieuse qualité de l'enquête, que sur l'exécution de peines exemplaires.
20 h 08, le 31 mai 2024