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Face aux restrictions migratoires de l'Italie, les marins-sauveteurs amers mais déterminés

Face aux restrictions migratoires de l'Italie, les marins-sauveteurs amers mais déterminés

Des survivants arrivent au port de Kalamata, après le naufrage d'un bateau transportant des dizaines de migrants dans les eaux internationales de la mer Ionienne, le 14 juin 2023. Photo AFP

Ports d'assignation éloignés, limitation des sauvetages, amendes, détention des navires: face à une politique italienne de plus en plus hostile aux ONG de secours aux migrants en Méditerranée, l'amertume des marins-sauveteurs à bord de l'Ocean Viking n'entame pas leur détermination.

"Toutes ces réglementations ne visent qu'à compliquer et criminaliser davantage le travail des ONG", souffle Salvador, marin-sauveteur argentin sur le navire humanitaire affrété par SOS Méditerranée, qui a quitté dimanche le port italien de Syracuse (Sicile) pour une nouvelle mission.

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, le gouvernement ultraconservateur de Giorgia Meloni s'est engagé à réduire les arrivées de migrants depuis l'Afrique du Nord sur les côtes de la péninsule.

Cela s'est traduit, début 2023, par l'adoption d'un décret-loi obligeant les ONG à faire route "sans délai" vers un port aussitôt un sauvetage achevé, sous peine de détention administrative et jusqu’à 10.000 euros d'amende.

"Il nous est arrivé de sauver dix personnes, puis de devoir naviguer quatre ou cinq jours pour les débarquer", alors même que "l'Ocean Viking a la capacité d'en accueillir au moins 400", regrette Salvador, longs cheveux noirs attachés en arrière.

Le constat est "frustrant". "Au final, cela nous rend moins efficaces", résume l'Argentin de 37 ans à un journaliste de l'AFP embarqué à bord du navire rouge et blanc.

Choix cornélien 

D'autant que, ces derniers mois, les garde-côtes italiens ont assigné des ports toujours plus éloignés aux navires, souvent dans le nord du pays, au prix de longues distances à parcourir, dans des conditions météorologiques parfois difficiles et au détriment de l'état de santé des rescapés.

"Cela prend du temps, du carburant, de l'argent, qui ne sont plus consacrés au plus important, à savoir sauver des vies", dénonce Mar, la coordinatrice des opérations de recherches et de secours, dans le poste de surveillance sur le pont supérieur offrant une vue à 360°.

En 2023, l'Ocean Viking a ainsi parcouru plus de 21.000 kilomètres supplémentaires pour rejoindre 13 ports lointains, plutôt que de débarquer en Sicile, pour un surcoût estimé à 500.000 euros en consommation de carburant.

Pour les ONG, la sanction redoutée reste la détention administrative de 20 jours, comme ce fut le cas de l'Ocean Viking en février. Et, à terme, la confiscation définitive du bâtiment.

Conséquence, les équipes font face à un choix cornélien: se plier aux directives italiennes en abandonnant des embarcations à la dérive ou désobéir et risquer d'être immobilisé à nouveau.

"En 20 jours, on pourrait sauver 100, 200 voire 400 personnes", relève Daniel Auerbacher, juriste et chef des opérations chez SOS Méditerranée.

Souvent, "on y va, pas parce qu'on a envie de désobéir aux ordres mais parce que le droit international prime. Et il nous impose de dévier notre course, d'aller vers le navire en détresse".

"Appel éthique"

Dernière décision en date, l'autorité italienne de contrôle de l'aviation civile, chapeauté par le ministère des Transports, vient d'interdire aux avions des ONG de survoler la Méditerranée centrale à la recherche de migrants à partir d'aéroports de Sicile.

Des avions pourtant cruciaux pour aider les ONG à détecter les embarcations à la dérive, alors que la faillite des Etats en la matière est régulièrement pointée du doigt.

"Cela m'est difficile de croire que sortir des gens de l'eau peut être considéré comme une activité illégale", reconnaît David, marin-sauveteur espagnol, qui rejette les critiques accusant les ONG de faire le jeu des passeurs.

"Je ne fais pas de trafic: je suis loin de chez moi, je passe mon temps en mer, j'ai le mal de mer et la peau brulée par le soleil, je porte des charges lourdes alors que je pourrais être confortablement assis dans mon canapé", lâche-t-il avec une once de lassitude.

Malgré un contexte européen à vent contraire - l'UE vient d'adopter sa vaste réforme durcissant le contrôle de l'immigration à ses frontières -, il veut continuer d'assurer ce qu'il considère comme un "appel éthique" plutôt qu'un "travail".

Bastien, logisticien de 29 ans, préfère y voir un mouvement "cyclique" auquel les ONG continueront de s'adapter. "De toute façon, on n'a pas vraiment la main", résume-t-il.


Ports d'assignation éloignés, limitation des sauvetages, amendes, détention des navires: face à une politique italienne de plus en plus hostile aux ONG de secours aux migrants en Méditerranée, l'amertume des marins-sauveteurs à bord de l'Ocean Viking n'entame pas leur détermination.

"Toutes ces réglementations ne visent qu'à compliquer et...