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Politique - Décryptage

Quand le spectre du 13 avril 1975 revient hanter les Libanais

Comme si tous les problèmes actuels auxquels sont confrontés les Libanais ne suffisaient pas, ils ont dû faire face, la semaine dernière, à un scénario qui rappelait étrangement celui du déclenchement de la guerre civile en 1975. Le 13 avril 2024 semblait ainsi une réédition dramatique du 13 avril 1975. Les anciennes générations avaient soudain l’impression de revivre les événements du début d’une guerre qui, avec plusieurs épisodes différents, a quand même duré 15 ans, les Syriens remplaçant les Palestiniens, alors que du côté chrétien, les protagonistes étaient pratiquement les mêmes. L’assassinat du cadre des Forces libanaises Pascal Sleiman a en effet réveillé les vieilles frustrations et les tout aussi vieilles rancœurs. Indépendamment du cours de l’enquête, menée par divers services de sécurité en tête les renseignements de l’armée, les FL se sont senties visées et, à travers elles, toute une communauté. Certains de leurs éléments, selon des images qui ont circulé, se sont déployés dans les rues notamment dans les localités de Jbeil, en uniformes et parfois avec des armes individuelles, prêts à en découdre avec les Syriens et décidés à recourir à « l’autoprotection ». Les incidents se sont multipliés. Exactement comme les partis chrétiens de l’époque, qui n’étaient pas encore unifiés sous l’étiquette des Forces libanaises, avaient en 1975 décidé d’en finir avec la présence palestinienne dans « leurs » régions. Dans ce contexte de tension et de colère populaire, certains Libanais ont commencé à annoncer le déclenchement d’une nouvelle guerre civile, qui, sous couvert de chasser les Syriens, accentuerait les divisions internes. D’un côté, les parties chrétiennes relanceraient le projet des années 80 d’un canton sous leur contrôle, alors que les musulmans se solidariseraient avec les Syriens, comme ils l’avaient fait avec les Palestiniens.

Toutefois, dans la nuit de jeudi à vendredi, les FL ont donné des instructions fermes à leurs partisans de se retirer des rues et de cesser de s’en prendre aux Syriens, donnant ainsi un coup d’arrêt à d’éventuels scénarios de guerre interne. De même, dans la journée de vendredi, l’homélie du patriarche maronite ainsi que la déclaration du chef des FL lors des funérailles de Pascal Sleiman poussaient vers l’apaisement, en dépit, notamment pour M. Geagea, de l’utilisation de certains slogans qui remontaient à l’époque de la guerre, probablement destinés à satisfaire une base populaire en colère.

Aujourd’hui, l’actualité semble avoir relégué au second plan les questions internes, mais pour certains analystes, la tension entre les protagonistes reste grande et annonciatrice de troubles à venir. Ces analystes rappellent qu’en réalité, le 13 avril 1975 a été précédé de nombreux incidents et frictions annonciateurs d’une grande confrontation et se demandent qu’est ce qui garantit que ce qui s’est passé la semaine dernière ne soit pas le premier pas vers un conflit plus grand.

D’autres analystes reconnaissent que la scène libanaise vit la plupart du temps dans l’instabilité en raison justement de sa fragilité par rapport aux développements régionaux. Un vieil adage dit même que « si quelqu’un s’enrhume dans le monde arabe, il éternue au Liban », et c’est la raison pour laquelle pour prévoir ce qui peut se passer au Liban, il faut suivre attentivement les développements dans la région. Selon cette approche, il ne peut donc y avoir de guerre au Liban, sans un aval, direct ou non, régional, voire international. Or, aujourd’hui, qui aurait intérêt à provoquer une guerre interne au Liban, au moment où la région tout entière retient son souffle en attendant les développements israélo-palestino-

iraniens ? Toujours selon cette approche, on pourrait croire que tous les ennemis du Hezbollah pourraient souhaiter l’impliquer dans un conflit interne pour le détourner du conflit israélo-palestinien et porter en même temps un coup fort à « l’axe de la résistance », dont il est un des principaux piliers. Ce scénario pourrait être plausible, mais plusieurs facteurs le rendent peu probable. D’abord, le conflit déclenché par le meurtre de Pascal Sleiman a opposé les Libanais aux Syriens. Or, la communauté internationale ne veut surtout pas pousser les migrants syriens à quitter le Liban, tout simplement parce qu’ils ne sont pas les bienvenus en Europe et leur retour en Syrie n’est pas souhaitable, d’une part pour ne pas avoir l’air de renflouer le régime syrien et d’autre part, pour des raisons économiques, la Syrie étant un pays détruit et soumis à un blocus.

Ensuite, à supposer que le conflit se transforme en affrontement qui met en cause le Hezbollah dans la volonté de l’affaiblir, c’est l’ensemble du Liban qui s’en trouverait déstabilisé. Il faudrait alors envisager un scénario de chaos total, les différentes factions palestiniennes se joindraient au conflit, ainsi que les Syriens et de nombreuses autres factions. Quant à l’armée, elle se trouvera débordée et tout ce qui a été construit au cours des dernières années, autour de cette institution, l’une des rares qui fonctionne encore et qui constitue pour la plupart des Libanais une planche de salut, sera détruit. Par conséquent, soit le Hezbollah sortira plus fort de ce conflit, soit le désordre total poussera de nouveau des milliers de Syriens et de Palestiniens en plus des Libanais à l’exode.

Face à la gravité de ce qui se passe actuellement dans la région, nul n’a l’envie ni les moyens de gérer un conflit d’une telle ampleur au Liban, au moment où au contraire, de nombreuses parties internationales appellent au calme et à une application stricte de la résolution 1701 qui assurerait une période de calme et de stabilité au Liban. De plus, selon plusieurs sources diplomatiques, le comportement du Hezbollah depuis le 8 octobre, lorsqu’il a décidé de soutenir le front de Gaza, est considéré par plusieurs acteurs régionaux et internationaux comme rationnel. Cette formation participe à sa façon à la guerre en cours, tout en prenant soin d’éviter les débordements et de respecter « les règles de l’engagement » instaurées depuis 2006. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart des émissaires régionaux ou internationaux ont pour principal objectif de faire parvenir des messages au Hezbollah, directement ou non, et de sonder ses intentions.

Pour toutes ces raisons, la tendance générale au Liban est de croire, qu’en dépit des frictions et des divisions, une guerre interne ne bénéficie pas d’une couverture régionale ou internationale. Mais le spectre du 13 avril 1975 continuera de hanter les Libanais, tant qu’il n’y aura pas une solution de fond à tous les conflits en cours.

Comme si tous les problèmes actuels auxquels sont confrontés les Libanais ne suffisaient pas, ils ont dû faire face, la semaine dernière, à un scénario qui rappelait étrangement celui du déclenchement de la guerre civile en 1975. Le 13 avril 2024 semblait ainsi une réédition dramatique du 13 avril 1975. Les anciennes générations avaient soudain l’impression de revivre les...
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Lors de la guerre de 1975 entre libanais chrétiens et l'OLP, la Syrie, dotée de moyens financiers à l'époque, ont réellement armées les Palestiniens mais pour qu'ils puissent se défendre contre l'état colonial et retrouver leur terre. La Syrie refusait l'escalade de violence entre libanais et palestiniens.

peacepeiche@gmail.com

07 h 20, le 17 avril 2024

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Commentaires (1)

  • Lors de la guerre de 1975 entre libanais chrétiens et l'OLP, la Syrie, dotée de moyens financiers à l'époque, ont réellement armées les Palestiniens mais pour qu'ils puissent se défendre contre l'état colonial et retrouver leur terre. La Syrie refusait l'escalade de violence entre libanais et palestiniens.

    peacepeiche@gmail.com

    07 h 20, le 17 avril 2024

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