"Cette semaine, on nous a dit tout à coup qu'il fallait rentrer à Gaza. C'est nous envoyer vers l'enfer, vers la mort!", s'alarme Rim Abou Obeida, tout juste sortie de l'hôpital après plusieurs mois de radiothérapie contre le cancer en Israël.
Comme elle, une vingtaine de patients attendent dans l'angoisse une décision de la Cour suprême israélienne qui statuera sur leur renvoi dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre.
Soignés depuis plus de six mois dans des hôpitaux à Jérusalem-Est et Tel-Aviv, ces Gazaouis, la plupart suivis pour des cancers, devaient être renvoyés cette fin de semaine, car n'ayant plus besoin d'être hospitalisés.
"Les patients ne nécessitant plus de traitement médical continu doivent retourner dans la bande de Gaza", a justifié le Cogat, organisme du ministère de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes, dans un communiqué.
Mais au dernier moment, la Cour suprême israélienne, saisie par l'organisation Physicians for Human Rights (PHR), a suspendu la décision des autorités. Ces dernières ont demandé un délai d'un mois (jusqu'au 21 avril) pour présenter leurs arguments, selon la Cour.
Dans un petit hôtel à deux pas de l'hôpital Augusta Victoria de Jérusalem-Est -- secteur de la Ville sainte occupé et annexé par Israël -- où elle a été traitée en radiothérapie pour un cancer du sein, Rim Abou Obeida a les traits tirés par l'incertitude.
Comme des dizaines de Gazaouis avant la guerre, elle avait été autorisée à être soignée hors du territoire palestinien, où les hôpitaux ne disposaient pas du matériel approprié.
Aujourd'hui elle redoute de ne plus trouver les médicaments nécessaires à Gaza, où le système de santé s'est effondré. Rentrer, "c'est nous envoyer vers l'enfer, vers la mort!", s'écrie cette femme d'une quarantaine d'années, dont la maison, à Khan Younès, a été détruite pendant l'offensive israélienne.
- Suivi médical impossible -
Dans la chambre d'à côté, Manal Abou Shaaban, originaire de Gaza-ville, dans le nord de la bande de Gaza, entasse de la nourriture dans ses sacs. "J'ai du riz, du sucre, toutes choses dont ils sont privés là-bas. J'espère qu'on ne m'empêchera pas de les faire entrer", dit-elle.
Egalement soignée pour un cancer du sein, elle ne s'oppose pas à un retour. "Je veux bien rentrer. Mais chez moi, dans ma maison! Pas à Rafah, dans le sud, où ils veulent nous faire aller, je ne connais personne là-bas", s'emporte-t-elle.
Le retour de ces Gazaouis, s'il a lieu, pourrait en effet se faire par le passage de Kerem Shalom, dans le sud, à plus de 30 km de Gaza-Ville.
Le nord du territoire est ravagé par la guerre. Et dans le sud, des centaines de milliers de Palestiniens sont massés, dans des conditions épouvantables, fuyant les combats.
Interrogé sur le sort de ses patients une fois à Gaza, le directeur de l'hôpital Augusta Victoria, le Dr Fadi Mizyed, reste silencieux quelques secondes.
"Je ne sais pas. Ils vont retourner dans une zone de guerre, ils vivront dans des conditions catastrophiques, sans accès à des structures de santé, sans suivi médical. La situation à Gaza est au-delà de toute description", déclare le responsable.
"Nous avons dit que nous ne pensions pas que c'était une bonne chose à faire de les renvoyer. Mais au final, ce n'est pas nous qui décidons", soupire-t-il.
- Le cancer ou la guerre -
Ses patients "sont dans la confusion. D'un côté ils veulent retrouver leurs familles, même dans ces conditions impensables. De l'autre, ils ont peur de retourner dans un endroit où ils ne trouveront pas de traitements, et risqueront de mourir, du cancer, ou de la guerre", ajoute-t-il.
Le système de santé s'est effondré dans la bande de Gaza, où des hôpitaux ont été pris pour cible par l'armée israélienne qui accuse le mouvement islamiste Hamas de s'en servir comme centres de commandement. Selon l'ONU, moins d'un tiers des hôpitaux de la bande de Gaza fonctionnent encore, de façon partielle.
Ahmad Said, un patient de 60 ans soigné à Augusta Victoria, habitait justement près de l'hôpital Al-Chifa de Gaza, théâtre depuis lundi d'une vaste opération israélienne. Sa maison a été détruite. Une partie de sa famille vit dans des tentes à Rafah. Il voudrait partir au Canada, rejoindre sa fille, et ne surtout pas retourner dans l'enfer de Gaza.
"Pourquoi vouloir nous transférer vers un endroit dangereux?", interroge-t-il.
La guerre a été déclenchée par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre qui a fait 1.160 morts, essentiellement civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles. Quelque 130 otages, dont 33 seraient morts, sont toujours retenus dans le territoire palestinien.
Les représailles lancées par Israël contre le Hamas à Gaza ont fait près de 32.000 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du mouvement palestinien.
Comme elle, une vingtaine de patients attendent dans l'angoisse une décision de la Cour suprême israélienne qui statuera sur leur renvoi dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre.
Soignés depuis plus de six mois dans des hôpitaux à Jérusalem-Est et Tel-Aviv, ces Gazaouis, la plupart suivis pour des cancers, devaient être renvoyés cette fin de semaine, car n'ayant plus besoin d'être hospitalisés.
"Les patients ne nécessitant plus de traitement médical continu doivent retourner dans la...


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