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La sélection (à reculons) de Guilhem Dorandeu

Chère lectrice, cher lecteur,

Vous adresser directement la parole relève pour moi du cauchemar. N'y voyez rien de personnel, ce n'est pas vous, c'est moi. J'aurais bien trop peur de recevoir de votre part un mail de remontrances entièrement en majuscules. J'applique donc une règle simple : tout plutôt que vous dire tu. Je n'ai pourtant rien contre vous, au contraire, vous me plaisez comme au premier jour. Mais vous satisfaire n'est pas facile, loin s'en faut, et je préfère d'habitude me planquer lâchement loin de votre regard exigeant.

Au quotidien, je travaille avec mes collègues pour accompagner les articles d'infographies et d'illustrations. Si vous ou une de vos connaissances a fait une crise d'épilepsie en lisant le journal pendant l'année qui vient de s'écouler, c'est probablement de ma faute. Mais il m'arrive aussi d'écrire des papiers, surtout liés aux questions numériques. Et pendant ce temps, j'ai appris à vous connaître (un peu), mais surtout à ne jamais préjuger de votre avis.

Alors vous écrire cette sélection n'est pas une mince affaire. Pourtant, il y a des choses à dire. Il y a l'équipe de football de Palestine qui a tremblé sans flancher lundi, au moment de manquer d'un rien son destin et dont le courage pourrait servir d'exemple à une justice libanaise qui préfère poursuivre la famille des morts du 4 août plutôt que la quête de la vérité. Il y a ces malades de la sclérose en plaque qui meurent autant du délitement de leur corps que de celui de leur pays. Il y a enfin la guerre : va-t-elle déborder au-delà du Liban-Sud ? « Oui » disent les Israéliens, « surtout pas », répondent les Américains (quel bonheur qu’une telle diversité de points de vues...).

Et puis tout le reste, tout ce qui fait que le monde n'est pas juste une liste de haines et de chagrins : la pop arabe voyage (encore) plus vite que les bombes, les toilettes sont de plus en plus intelligentes (alors que nous semblons suivre la trajectoire inverse), et vous, qui êtes toujours là malgré tout (bravo à vous).

Je vous laisse découvrir tout ça, ou au moins en lire les premières lignes pour ensuite faire semblant d'avoir tout lu… Pour toute remontrance en majuscules, je suis injoignable à mon adresse professionnelle.

Guilhem Dorandeu

Journaliste au service « Actu »

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