Il est arrivé depuis une dizaine de jours pour fêter Noël et le Nouvel An en famille, dans un pays où la chaleur et l’amour abondent en plein hiver, comme dans toutes les saisons d’ailleurs, et le clocher de l’église est une invitation affable à la rencontre et aux louanges du Seigneur. Dans cette saison qui vit arriver le temps, le Verbe s’est fait chair et est né d’une femme tout modestement dans une mangeoire pour nous dire : le temps est venu pour que je prenne votre nature humaine et vous montre que je suis l’Amour et la Lumière, image à laquelle vous êtes appelés à devenir avec chaque lever de soleil.
Le jour où il était arrivé à l’aéroport, par un curieux hasard, une chaîne de télé locale guettait le flux des milliers de ces jeunes venus fêter Noël dans la crèche des leurs, bil reghm min kell chi, pour les interviewer. Il leur a dit qu’il venait pour un court séjour tant anticipé. Le séjour fut court en effet, mais vigoureusement intense en rencontres : il fallait voir khalto, aamto, téta, les cousins, les cousines, les ami(e)s du Liban et d’outre-mer, les camarades de classe, bref, toutes ces personnes présentes en ce moment au Liban, qu’il fallait voir dans notre petit pays éternellement explosif et ensanglanté, mais follement attachant néanmoins. Invitations aux petits déjeuners, brunches, déjeuners, early dinners, dîners, drinks, 2a3deh et dahra se sont multipliés au rythme du gavage, comme pour mieux s’aguerrir contre la froideur d’une ville nord-américaine qui offre à nos jeunes sécurité physique et enseignement supérieur dignes de leurs compétences et aspirations multidimensionnelles et multiculturelles.
Le court séjour fut celui de la joie familiale cadencée aux tambours d’une guerre déchaînée à la porte d’à côté, dans notre petit pays qui refuse de s’éteindre face aux ouragans violents vociférant tous azimuts.
À l’aube de ce matin de janvier, alors que la nuit était encore ébène, il refit ses valises pour regagner sa ville d’accueil qui, loin d’être chaleureuse et ensoleillée, demeure néanmoins sécuritaire et stable.
J’ai revécu avec son départ le temps de mes vingt ans, quand je faisais mes valises moi aussi à la suite de la guerre dite « d’élimination » au début des années quatre-vingt-dix, sous le regard étonné de mes frères et sœur encore écoliers, et certes celui de mes parents qui demeuraient cois à chaque fois que je repartais.
Un triste sort de nous autres Libanais et Libanaises destiné(e)s à vivre dans nos valises – à perpétuité transgénérationnel –, en attendant que nos politiciens retrouvent leur conscience et leur humanité noyées à jamais dans les profondeurs ténébreuses de l’océan Arctique.
Entre-temps, on lui souhaite un bon voyage, sous l’œil protecteur de notre mère Marie et son Enfant. Va, vis et reviens, ici l’Amour et la Lumière seront toujours au rendez-vous.
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17 h 03, le 16 janvier 2024