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La sélection (fi harèb ?) de Salah Hijazi

Chère lectrice, cher lecteur,

Mardi 2 janvier 2024. En ce premier jour de l’année au bureau qui s’annonce (relativement) calme, je suis en train de finaliser un papier entamé avant les vacances quand tombe la nouvelle que nous redoutions tous depuis le lancement de l’opération Déluge d'al-Aqsa : Israël a frappé la banlieue sud de Beyrouth, bastion densément peuplé du Hezbollah. Saleh el-Arouri, numéro deux du Hamas, vient d’être assassiné. Bouffée d'adrénaline. « Fi harèb ? ». L'heure de la guerre totale a-t-elle sonné ? Plus que jamais, cette question fuse au sein de la salle de rédaction, mais aussi parmi les Libanais, qui vivent au rythme du tango entre l'État hébreu et le parti chiite depuis le 8 octobre. Au service politique de L'Orient-Le Jour, nous essayons, tant bien que mal, d'y répondre.

Pour ce faire, il faut décortiquer minutieusement les développements militaires, et plus précisément le débit des missiles lancés depuis et sur le Liban-Sud (dont on connaît désormais la carte par cœur). Car l'espace situé entre la frontière et le fleuve Litani est à la fois l'enjeu et la table sur laquelle se tiennent les négociations en coulisses entre Israël et le Hezbollah par le biais d'intermédiaires internationaux, Paris et Washington en tête. Le va-et-vient de ces diplomates permet d'ailleurs de jauger la dangerosité de la situation. Il faut également scruter les déclarations des uns et des autres. Du côté de Tel Aviv, on s'intéresse surtout au Premier ministre Benjamin Netanyahu et aux membres de son cabinet de guerre. À Haret Hreik, le ton et les entretiens de certains cadres et proches du Hezbollah peuvent donner de précieuses indications. Mais tout le monde est suspendu aux lèvres d'un seul homme, chargé par on ne sait qui de décider de notre avenir à tous : le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Son discours du vendredi 5 donnera lieu à sept pages de notes tout de même…

Face à cet océan de données, difficile de vous livrer une analyse solide sans employer une bonne dose de nuance, cette précieuse habileté que nous avons tendance à perdre dans les moments les plus intenses, mais qui pourtant, fait toute la différence. Comment prendre ses distances quand nous assistons à la destruction de Gaza, mais aussi du Liban-Sud ? Comment déceler le bluff des uns et des autres quand nos vies sont les jetons de la partie de poker ? Comment écrire « tir imputé à » quand nous savons pertinemment qui a tué le journaliste libanais Issam Abdallah - et la famille du reporter palestinien Wael Dahdouh - pour tenter de réduire le journalisme au silence ? Ce sont les parfois difficiles impératifs du métier.

Tout cela est rendu encore plus pénible par le fait que l'actualité postdiluvienne laisse peu de place à des sujets plus gais. Nos collègues des équipes société, économie, culture et lifestyle ont plus de marge de manoeuvre, et peuvent de temps en temps vous proposer des histoires plus optimistes. Du côté du service politique, en revanche, nous nous retrouvons avec les mots « Hezbollah », « Israël » et « guerre » en abondance dans tous nos articles. En espérant, un jour, pouvoir vous parler de souveraineté, de justice et de paix.

Salah Hijazi

Chef adjoint du Service politique

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