Chère lectrice, cher lecteur,
On se souvient tous de ce qu’on faisait le 7 octobre dernier. Pour ma part, j’étais en pleine excursion au festival du livre francophone de Beyrouth, gambadant Spritz en main devant les tables rondes ouvertes au public. « Karl, où es-tu ? Tu réalises ce qu’il se passe ? » m’envoie soudain notre directrice du développement numérique après le lancement d’un direct sur notre site. Le premier d’une longue, très longue lignée. Vous l’aurez compris, je suis tout aussi réactif qu’expert en géopolitique…
Dans notre rédaction, les semaines qui suivront seront rythmées par les longues journées et interminables nuits passées à vous informer. La fatigue, le pschitt des bières après 20 heures et l’inquiétude de voir les hostilités s'étendre et ébranler le Liban déjà fragilisé nous ont tous marqués et continuent encore aujourd’hui de nous agiter. Mais quand on n’est pas journaliste dans un service directement concerné par cette actualité, comment ne pas se sentir complètement impuissant, voire totalement inutile ? Comment continuer de parler de cinéma, de festivals et de célébrités alors que nous parviennent en temps réel de terribles images et récits de Gaza ?
« Tant que nous le pourrons, nous continuerons », répètent inlassablement Maya Ghandour Hert et Carla Henoud, nos cheffes des services culture et lifestyle qui ont évidemment réajusté leur production. Car l’idée n’est sûrement pas d'être dans le déni, mais dans la résistance. La vraie. Celle qui privilégie la culture de la vie et la parole d’artistes engagés aux idéologies obscurantistes qui s’étalent et s’étendent au nom d’un Dieu qui n’a rien demandé…
Au pays des désillusions où règne l’impunité, où les femmes réclament toujours leurs droits les plus fondamentaux, où la communauté LGBTQ+ continue d'être stigmatisée, attaquée, insultée dans sa chair et où des familles n’ont pas les moyens de remplir un frigo non-branché faute de courant, les échappatoires pailletées peuvent peut-être (un tout petit peu) adoucir le grisâtre quotidien. Nous aider à nous évader, à créer une bulle protectrice loin des dangers et de la haine d’autrui, ne serait-ce que le temps d’un film, d’une mélodie ou de la lecture d’un de nos articles, qui sait ? C’est en tout cas mon humble (impopulaire) avis. Alors sniffons (intelligemment !) des paillettes pour mieux panser ces plaies que le temps ne semble pas vouloir refermer. Non pas pour se détourner de la réalité, mais pour mieux l’affronter.
En vous souhaitant, chères lectrices et chers lecteurs, une année pleine de paix, de santé, de liberté et de Beyoncé… Cheers !
Et bonne lecture !
Karl Richa
Journaliste au service culturel et community manager
OLJ /
le 02 janvier 2024 à 14h09