Chère lectrice, cher lecteur,
« Sors et prends une photo de ma robe de mariée. C’est celle qui est suspendue à la corde à l’extérieur », lui a dit Bahjat, sa grand-mère âgée de 85 ans.
Les robes des femmes palestiniennes sont uniques par leurs broderies. Généralement colorées et portées pour les occasions les plus joyeuses, chaque teinte et chaque style symbolisent une ville différente.
Moins d’un an après avoir immortalisé cette robe joyeuse entourée d’un halo sombrement prémonitoire, le jeune photographe est tué le 1er novembre 2023 dans une Gaza pilonnée par les bombes israéliennes.
« Je souhaite qu’un jour la vie et la beauté reviennent à Gaza et que la paix se répande sur toute la terre palestinienne, avait murmuré, dans une dernière note vocale, le talentueux artiste. Je souhaite photographier de belles choses... des villes de Cisjordanie, des villes de Palestine occupée, et visiter de nombreuses villes à travers le monde pour y capturer de belles choses - des beautés que les citoyens de Gaza ne peuvent pas voir à cause de l’occupation israélienne, que ce soit dans leur propre pays ou ailleurs dans le monde ! »
En 2022, Majd a été contraint de vendre son appareil photo pour joindre les deux bouts, mais il a néanmoins continué à faire des photos avec son téléphone. Il espérait pouvoir acheter un nouvel appareil photo dans un avenir proche.
C’est en sa mémoire, et pour soutenir les artistes palestiniens et encourager d’autres créateurs d’images comme Majd et leur fournir ce dont ils ont besoin pour documenter un jour la beauté qui les entoure, que l’initiative « I Wish to Photograph Beauty » est née. Une démarche philanthropique similaire, « Pictures for Palestine » lancée par des artistes londoniens, a pour objectif de verser les recettes de ventes des images d’artistes au profit de Medical Aid for Palestinians (MAP).
Ou quand la beauté du geste équivaut à celle de l’objet lui-même.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 30 novembre 2023 à 16h26