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Réflexes nombrilistes

Chère lectrice, cher lecteur,

Son tailleur rose fuchsia se fond dans la tapisserie. Son brushing laqué, ses grosses lunettes noires et son foulard noué ras du cou sauvent à peine la mise. Son image à l’affiche de « Bernadette », vrai-faux biopic sur l'ex-Première dame française Bernadette Chirac est aussi caricaturale que deuxième degré. Bien qu’accessoirisée dans un style de « tante bourgeoise des années 80 », Catherine Deneuve reste stylée en diable qui s’habille … en Yves Saint Laurent. Comme le note si bien Fifi Abou Dib dans son analyse de « modologue » (mode + sociologue), « la comédienne à la centaine de films, à la trentaine de récompenses, dont deux César de la meilleure actrice et, en 2022, le Lion d’or de la Mostra de Venise pour l’ensemble de sa carrière, est avant tout une référence de l’élégance dès lors que l’on se détourne des modes conceptuelles, des étiquettes et du tape-à-l’œil. »

Samedi 22 octobre, la demoiselle de Rochefort deviendra octogénaire. A cette occasion, nous (média libanais à rayonnement international, avec parfois des réflexes nombrilistes) sommes revenus sur sa première visite au Liban, en 2007, pour le tournage de « Je veux voir », à l’invitation des réalisateurs Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. La plus caméléon des actrices du 7e art français avait alors « troqué son smoking YSL pour un costard couleur terre afin d’arpenter les ruines d’une région éventrée, quelques mois après la fin d’une guerre sanglante », écrit Karl Richa en décortiquant cette visite qui a été suivie d’autres.

L’actuelle guerre sanglante à Gaza - et qui s’amplifie sur sa ramification du côté des frontières libanaises - avec son lot insensé de violence, d’injustice, de colère, d’incompréhension et de victimes innocentes et collatérales, a l’effet d’un séisme qui nous secoue chaque minute, chaque seconde au quotidien. Même et aussi dans le monde culturel qui en reçoit les répercussions inéluctables.

Il y a quelques jours, l’auteure palestinienne Adania Shibli a été « annulée » de la foire du livre de Francfort. Résultat : plusieurs éditeurs arabes se sont retirés de l’évènement.

« Dans l’enclave palestinienne qui regorge de sites archéologiques exceptionnels, l’héritage historique sera-t-il lui aussi une victime de la guerre israélienne contre le Hamas ? », se demande May Makarem en dressant un état des lieux.

Aujourd’hui, plus que jamais, les questions d’occupation, d’identité et de déplacement sont d’actualité. Ce qui a sans doute mené le jury du prix Marcel Duchamp à récompenser l’œuvre de l’artiste d’origine palestinienne Tarik Kiswanson pour ses œuvres explorant les notions d’identité, de mémoire, de déracinement et d’appartenance.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert

Cheffe du service culturel 

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