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Santé - Études

Les effets du glyphosate sur la santé controversés

Les effets du glyphosate sur la santé controversés

Vue aérienne d’un agriculteur labourant son champ au Luxembourg. Kenzo Tribouillard/AFP

Alors que la Commission européenne a proposé de reconduire pour dix ans l’autorisation du glyphosate dans l’UE et que le vote a été reporté à novembre, la question de ses effets sur la santé n’a jamais été tranchée, en l’absence de consensus scientifique sur son éventuelle dangerosité.

Cancérogène « probable » pour l’OMS. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé en 2015 le glyphosate, la substance active de plusieurs herbicides, comme un « cancérogène probable » pour les humains.

Selon l’agence, « des études de cas-témoins d’exposition professionnelle conduites en Suède, aux États-Unis et au Canada ont montré des risques accrus de lymphome non hodgkinien » (un cancer du sang).

L’OMS a dit disposer de « preuves limitées », mais les experts les ont jugées suffisantes pour alerter sur un effet cancérogène chez l’humain.

Selon le CIRC, des « preuves convaincantes » montrent que le glyphosate peut également provoquer des cancers chez les animaux de laboratoire.

Risque de cancer du sang pour l’Inserm. Ces conclusions ont été confirmées en 2021 par une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L’institut français a conclu à « l’existence d’un risque accru de lymphomes non hodgkiniens » avec « un niveau de présomption moyen ».

L’expertise a pointé également des « surrisques » pour le myélome multiple et les leucémies, mais avec un niveau de « présomption faible », du fait de résultats « moins solides ».

« Nous nous sommes basés sur des études épidémiologiques de très grosses cohortes de populations agricoles : on a regardé ceux qui étaient exposés au glyphosate, ceux qui ne l’étaient pas et on a pu conclure sur une différence de l’incidence du lymphome non hodgkinien », explique Xavier Coumoul, professeur de toxicologie à l’Université Paris Cité, coauteur de l’expertise Inserm.

Pas de « préoccupation critique » pour l’agence européenne. Dernière étude en date : celle de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA), publiée début juillet, sur laquelle s’appuie la Commission européenne pour proposer de reconduire l’utilisation du pesticide.

L’EFSA n’a « pas identifié de domaine de préoccupation critique » du glyphosate chez les humains, les animaux et l’environnement. Dans la méthodologie scientifique de l’agence, une préoccupation est définie comme « critique » lorsqu’elle affecte tous les usages proposés de la substance active évaluée, empêchant donc son autorisation.

Elle relève néanmoins « un risque élevé à long terme chez les mammifères » pour la moitié des usages proposés du glyphosate et reconnaît que le manque de données empêche toute analyse définitive.

Avant elle, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) avait jugé que les preuves scientifiques disponibles ne permettaient pas de classer le glyphosate comme cancérogène.

Pourquoi les résultats divergent ? Simplement parce que les méthodologies diffèrent. Les agences européennes travaillent sur des données issues principalement d’études produites par les industriels, qui analysent la toxicité de leur produit avant leur mise sur le marché, ce qui est réglementaire.

« Leurs tests sont robustes, mais ils éliminent une partie de la recherche académique ou des études épidémiologiques », développe Xavier Coumoul. « Ils peuvent exclure certaines études parce qu’ils vont considérer que les modèles ne sont pas pertinents », alors que l’OMS ou l’Inserm prennent en compte beaucoup d’articles scientifiques, complète-t-il. Des études dont certaines sont jugées non fiables par les agences européennes.

Par ailleurs, l’OMS prend en compte des études réalisées sur les produits commercialisés, c’est-à-dire des formulations à base de glyphosate (comme le RoundUp), alors que l’agence européenne n’étudie que la molécule seule.

D’autres risques potentiels. Cette semaine, une famille française a rendu public le fait que le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides avait retenu le lien entre les malformations congénitales d’un adolescent et l’exposition de sa mère enceinte au glyphosate, une « première » selon elle. De même, il y a déjà eu des procès gagnés aux États-Unis dans des dossiers de cancer.

Outre le risque de cancer, l’Inserm a avancé la possibilité que le glyphosate ait des effets sur certains systèmes hormonaux, suggérant un potentiel perturbateur endocrinien. Le glyphosate, en plus des plantes, cible également certaines bactéries et certains champignons. Il pourrait donc avoir aussi une action sur le microbiote, dont l’intestinal ou celui des écosystèmes.

Mais selon les agences européennes, l’étude du microbiote intestinal ne fait actuellement pas partie du cadre européen d’évaluation des pesticides.

Isabelle TOURNÉ/AFP

Alors que la Commission européenne a proposé de reconduire pour dix ans l’autorisation du glyphosate dans l’UE et que le vote a été reporté à novembre, la question de ses effets sur la santé n’a jamais été tranchée, en l’absence de consensus scientifique sur son éventuelle dangerosité.Cancérogène « probable » pour l’OMS. Le Centre international de recherche sur...
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