Photo d'illustration. Ian LANGSDON/AFP
L'Elysée a annoncé samedi la mobilisation de 7.000 soldats au lendemain du meurtre d'un professeur de français devant un collège-lycée d'Arras, poignardé à mort par un jeune homme fiché pour radicalisation, Le France est passée vendredi soir en alerte « urgence attentat », le niveau le plus élevé du dispositif Vigipirate, qui permet la mobilisation exceptionnelle de moyens.
Le président Emmanuel Macron, qui a qualifié l'attaque de « terrorisme islamiste », a décidé de « mobiliser jusqu'à 7.000 soldats de la force Sentinelle, qui seront déployés d'ici à lundi soir et jusqu'à nouvel ordre », a indiqué l'Elysée samedi matin. L'attaque est intervenue alors que sera commémoré lundi l'assassinat de Samuel Paty, enseignant d'histoire-géographie décapité le 16 octobre 2020 pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors de cours sur la liberté d'expression.
En plein conflit entre Israël et le Hamas, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a estimé en outre vendredi qu'il existait un « lien entre ce qu'il s'est passé sans doute dans le Proche-Orient et le passage à l'acte » de l'assaillant. Quelques camions de CRS étaient toujours garés devant la cité scolaire Gambetta, dans le centre d'Arras.
Un jeune habitant du Pas-de-Calais, Ethan Poulain, 19 ans, se recueillait samedi vers 7h45 devant les portes du lycée Gambetta, devant lequel il passe tous les jours pour se rendre en cours dans un autre établissement. « Je voulais déposer une bougie », confie-t-il la voix tremblante. « On croit que ça n'arrive qu'ailleurs, mais quand ça arrive chez nous, c'est choquant ».
Le ministre de l'Education Gabriel Attal, qui a annoncé le déploiement de 1.000 personnels de sécurité dans les établissements scolaires, est attendu à Arras dans la matinée. Il doit également réunir les recteurs et des parlementaires.
Dans toute la France, 500 établissements seront ouverts samedi, et un « moment d'union et de recueillement » est prévu lundi, a indiqué M. Attal. Au moins huit personnes ont été placées en garde à vue, dont l'assaillant et deux de ses frères, a indiqué une source policière. L'un a été sorti de sa cellule, où il est incarcéré après sa condamnation pour sa participation à un projet d'attentat, a précisé cette source.
Suivi par la DGSI
L'assaillant est passé à l'acte au moment de l'intercours à 11h vendredi. La victime décédée, Dominique Bernard, enseignant de français au collège, « s'est interposé d'abord, et a sans doute sauvé lui-même beaucoup de vies », a souligné Emmanuel Macron, appelant les Français à « faire bloc » face à « la barbarie du terrorisme islamiste ».
Originaire d'Arras, père de trois grandes filles et marié à une enseignante, ce professeur agrégé de lettres modernes de 57 ans était « apprécié de ses élèves et de ses collègues », selon les témoignages recueillis par l'AFP. Il a été tué devant l'établissement, où un autre enseignant a également été blessé, a indiqué vendredi soir le procureur antiterroriste Jean-François Ricard, chargé de l'enquête.
L'assaillant, Mohammed Mogouchkov, fiché S et qui faisait l'objet d'un suivi récent de la part de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a ensuite circulé dans le collège-lycée. Il s'en est pris à « un agent technique qu'il a blessé de plusieurs coups de couteau, et un agent d'entretien qui a également été blessé, » a précisé M. Ricard.
L'attaque met le gouvernement sous pression, la droite exhortant à instaurer « l'Etat d'urgence », tandis que l'extrême droite pointe des « failles » et appelle à la démission du ministre de l'Intérieur. Mohammed Mogouchkov, âgé d'une vingtaine d'années, était sous écoute, et la DGSI l'a interpellé la veille des faits « pour vérifier s'il n'avait pas d'arme sur lui » et pour « regarder son téléphone et notamment les messageries cryptées », a indiqué Gérald Darmanin. Né, selon l'administration française, dans la république russe à majorité musulmane d'Ingouchie, il est, selon une source policière de nationalité russe, arrivé en France en 2008.


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