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Culture - Evénement

Le succès de la Menart Fair à Paris

La Menart Fair (héritière de la Beirut Art Fair) a ouvert les portes de sa 4e édition dans le somptueux palais d’Iéna, l’un des lieux majeurs d’exposition de Paris, du 15 au 17 septembre.

Le succès de la Menart Fair à Paris

Plus de 5 500 visiteurs à la Menart Fair lors du week-end du 15 septembre au palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris. Photo Ronan Nouri

La Menart Fair, qui s’est déroulée ce week-end au palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris, a vu la participation de 31 galeries, venant de onze pays dont le Liban (un tiers des participants), les Émirats arabes unis, l’Iran, la Tunisie, le Qatar, l’Égypte…  Une foire à la fois à taille humaine et d’envergure internationale. 

Un événement placé sous le  parrainage du ministère français de la Culture, qui « fut un véritable succès » pour les artistes et les institutions venus du monde arabe et de l’Afrique du Nord, affirme la fondatrice et directrice de la foire, Laure d’Hauteville. Plus de cent œuvres ont garni les cimaises du palais, occupé ses passages et ses espaces. Menart Fair a reçu plus de 5 500 visiteurs dont 1 188 invités le soir de l’inauguration. Sans compter les curieux qui se sont pressés au musée de l’Homme pour découvrir les céramiques de l’artiste libanaise  Samar Mogharbel. « Les artistes libanais ont été approchés par les musées et les institutions. Les galeries libanaises Jacques Ouaiss, Art scene gallery, Tanit, Zalfa Halabi, Cheriff Tabet ont réalisé de belles ventes, ainsi que les artistes iraniens dont certains ont eu le courage d’exposer des œuvres audacieuses », indique Laure d’Hauteville. La palme revient à la galerie Nadine Fayad qui a réalisé un « sold out » avec son artiste libanais Raouf Rifai.

Une centaine d’œuvres ont garni les cimaises du palais, occupé ses passages et ses espaces. Photo Ronan Nouri

Pour ce rendez-vous situé sur la colline des arts, la Menart Fair – qui avait eu lieu l’an dernier à Bruxelles, dans la Villa Empain de la fondation Boghossian – a réuni une centaine d’artistes et, pour la première fois, accueilli des œuvres singulières de six fondations et institutions internationales : Farjam Foundation (Dubaï), Afkhami Foundation (Dubaï), iii museum (Zurich), Le Cercle de l’Art (Paris), Le Consulat Voltaire (Paris) et la Montresso Art Foundation (Marrakech).

« Tous ces liens tissés entre les artistes placent la création sous le signe de l’effervescence, mais aussi de la vitalité et de l’émergence pour accentuer le fait que nous sommes tous égaux », note Joanna Chevalier, directrice artistique de la Menart Fair. « C’est la liberté d’expression, l’égalité et la fraternité qui caractérisent cette foire parce que nous sommes tous ensemble et que nous formons UN, pour démontrer à l’Europe et aux collectionneurs que ces régions du monde ont vraiment des talents à découvrir », renchérit Laure d’Hauteville. 

Un escadron gagnant

Les organisateurs de la foire insistent sur son caractère didactique et non commercial. « Nous réalisons des médiations avec les jeunes pour offrir la chance à ceux qui le souhaitent de réaliser un parcours initiatique et culture, explique la directrice de la foire. Ainsi, un groupe de jeunes, formés par la Menart Fair, organise des visites pour expliquer les œuvres exposées par l’ensemble des galeries. Nous sommes une foire engagée sans censure. La liberté d’expression est notre devise. »

Face à l’aseptisation du monde et à sa vitesse effrénée, à l’ère des images qui dématérialisent et désincarnent, Laure d’Hauteville et Joanna Chevalier ont su s’imposer comme des figures fortes et des personnalités incontournables du secteur de l’art, tant par leur dynamisme et leur sensibilité que par une programmation réussie et leurs connaissances aiguisées dans le monde de l’art, pour redynamiser durant ces quatre dernières années l’art et les artistes et viser à les mettre au centre de la question. Elles cumulent les fonctions et les casquettes avec un enthousiasme et une compétence épatantes, déploient des énergies et montrent une capacité de travail qui force le respect. Elles portent une attention particulière à toutes les nouvelles énergies créatrices venues de cette partie du monde et aiment à accompagner les artistes dans leurs tentatives les plus prospectives, jamais effrayées face aux formes neuves d’une création en train de s’inventer. La directrice artistique explique que pour participer à la foire, il faudrait répondre à un certain standard, à une cohérence dans la direction artistique par rapport à un marché, à un pays, à un goût. « On ne peut pas exposer en tant qu’individu, il faut impérativement passer par une galerie, ou un studio », dit-elle. Il y a une attention accrue sur les artistes de la région MENA. La foire se veut révélatrice de talents avec une totale liberté. « La nouveauté cette année, confie Joanna Chevalier, est de présenter de nouvelles galeries qui ont ouvert leurs portes depuis peu de temps. Zalfa Halabi, qui a inauguré à Beyrouth sa galerie en 2022, met en avant de jeunes artistes de la région MENA et présente les œuvres de Carla Habib, Yasmina Hilal, Zeina Aboul Hosn, Simon Mhanna et Semaan Khawam. La galerie myra myra, une plateforme parisienne dédiée à l’art contemporain, présente le travail de l’Iranien Esmael Bahrani, tandis que la galerie Fahmy Malinovsky, enseigne itinérante, présente cette année l’œuvre du Libanais Hussein Nassereddine.

Laure d’Hauteville et Joanna Chevalier ne sont pas seules dans cette aventure, elles sont accompagnées d’une équipe formée de cinq jeunes femmes : Clara Alabed Alnaef (partenariats et communication), Camelia Esmaili (directrice de projets), Tara el-Khoury Mikhaël (relations galeries), Amélie Kalafat (assistante artistique), Léonie Racy (scénographe), toutes aussi velléitaires et passionnées qu’elles. « Une équipe de sept femmes, parce que la vie passe par la femme, déclare Laure d’Hauteville, et à la Menart Fair, nous accouchons de l’art ! »

L’équipe 100 % féminine de la Menart Fair. Photo Ronan Nouri

Donner la clé pour comprendre

Les visiteurs ont été accueillis dans les jardins du palais par l’œuvre en acier inoxydable thermolaquée de Nasser el-Aswadi (200 x 200 cm) représentée par la galerie Espace Art Absolument (Paris, France). Cet artiste yéménite a utilisé la calligraphie arabe pour écrire le mot « amour ». « Car, précise Laure d’Hauteville, le message de cette foire, c’est bien l’amour ; ce sont les artistes du monde arabe qui expriment leur amour à la France. »

Pour honorer ce thème, le galeriste Saleh Barakat a présenté une sculpture en bois, métal et or, une collaboration entre Samir Sayegh et Tarek ElKassouf, « une sculpture qui a la particularité, explique le galeriste, d’être lue sur les deux faces, alors que la langue arabe ne permet pas cela. C’est un travail sur la lettre arabe qui a pour but de passer de la lecture à la contemplation. Il est certes écrit le mot amour en arabe Hob, mais il est surtout là pour être contemplé plutôt que lu. Afin de libérer l’écriture de tout sens, et de créer un langage qui se veut universel ». Car le thème de cette foire, les organisateurs le disent et le redisent, c’est bien la liberté, l’égalité et la fraternité. « Moi qui suis une amoureuse du Liban, ajoute Laure d’Hauteville, qui organisait la Beirut Art Fair à Beyrouth (entre 2010 et 2019), je me sens investie d’une mission :  dévoiler au public européen les artistes de la région MENA. »

Les cèdres de Ghassan Zard sur le stand de la galerie Tanit. Photo Ronan Nouri

 La foire vise ainsi à révéler une tendance émergente de l’art contemporain et à renouveler le regard porté sur les artistes de cette région du monde en suscitant de nouvelles vocations et en montrant des œuvres de haute qualité, afin de redonner aux artistes toute la place qu’ils méritent.

Hommage à Auguste Perret

Le palais d’Iéna est exceptionnellement aéré et lumineux grâce à ses très larges baies vitrées et à ses emblématiques claustras, il est une ode à la lumière. La salle hypostyle et l’hémicycle (où ont été projetés quatre films dont la thématique en filigrane est celle d’une fin, d’une rupture, ou de l’attente d’un changement et où ont eu lieu les conférences et certains spectacles mis en place par la foire) sont de véritables temples du soleil. L’équipe de Menart Fair, avec la scénographe Léonie Racy, a relevé le défi de rendre hommage à l’architecture iconique d’Auguste Perret (dont la claustra n’est pas sans rappeler la moucharabiyé) et de la réinterpréter à travers une approche scénographique. « On a voulu reprendre tous les éléments architecturaux avec des triangles et des rectangles qui rappellent les fenêtres pour respecter le lieu, précise la scénographe, et dans la conception des stands, plutôt que d’adapter la forme classique, il a été décidé d’opter pour une forme tantôt triangulaire, tantôt hexagonale. Notre but était de proposer cette aération centrale pour permettre aux visiteurs de profiter au mieux de ces stands à formes particulières, comme un sas de décompression. »

L’allée centrale était dédiée au design. Au départ, on pouvait ainsi contempler une magnifique installation/sculpture de Ramin Haerizadeh, Rokni Haerizadeh et Hesam Rahmanian, artistes iraniens qui traitent de sujets comme l’accueil des réfugiés en Europe. Ceux-ci sont présentés par la galerie In Situ-Fabienne Leclerc (Grand Paris), suivis par les céramiques de Nevine Boueiz, les luminaires uniques de Marie Munier (des sculptures en laiton et en verre) destinés à donner à l’ornementation une nouvelle fonction, la chaise particulière en nylon polyamide de Ammar Eloueini, les meubles de Hicham Ghandour dont une table réalisée avec de véritables branches d’olivier (arbre emblématique du Liban), les lettres de l’alphabet phénicien de Nayla Romanos ainsi que sa magnifique sculpture en bronze patiné en blanc pour une note positive sur le thème de l’espoir qui, pour elle, ne tient qu’à un fil. L’artiste a tenu à insister sur la fragilité et l’équilibre très précaire. Toutes ces œuvres étaient placées avec une perspective sur l’escalier du fond, ce qui permettait de mettre en valeur les fenêtres aux formes géométriques.

Un tour d’horizon

Une foire fréquentée aussi bien par les collectionneurs, les curateurs, les artistes et les professionnels du métier que par le grand public. Les galeries ont amené une grande variété d’œuvres, allant des plus classiques, comme la calligraphie, à des travaux plus engagés et philosophiques. Avec des différences de styles également, allant de l’expressionnisme au réalisme en passant par l’hyperréalisme (Nour el-Basuni chez Revie Projects) ou le folklore, avec Raouf Rifai (Liban), qui met en lumière dans sa peinture des éléments culturels et folkloriques du Moyen-Orient. Sans négliger l’histoire et la spiritualité, sources d’inspiration pour certains artistes, comme par exemple l’artiste afghan Alikhan Abdollahi chez Polysémie (Marseille).

Une vue de la foire Menart au palais d’Iéna. Photo Ronan Nouri

Les marchands ont été encouragés à mélanger sur leurs stands différents genres. La galerie Tanit a ainsi exposé du design avec Mouna Rbeiz et Nevine Bouez, mais aussi de la sculpture avec Ghassan Zard. Quant à la galerie Jacques Ouaiss, elle a exposé l’artiste iranien Mohammad Ariyaei qui donne une place importante à la spiritualité, et plus particulièrement au soufisme, ainsi que la céramiste Karine Boustany Letayf, dont l’art joue des contrastes entre puissance et finesse, insinue la délicatesse et la fragilité, accapare et poétise la nature, ou encore les sculptures de Nayla Tabet avec ses arbres aux techniques diverses.

À l’entrée, on pouvait contempler les appliques de Taher Chemirik qui travaille avec des pierres précieuses ou semi-précieuses (agates), serties à la manière d’un bijoutier. L’artiste Samaneh Atef (Iran) représentée par Polysémie (Marseille) interrogeait la place des femmes et du patriarcat dans les sociétés contemporaines. De même que l’artiste Abed al-Kadiri (Liban) chez Dumonteil Contemporary (Paris, Shanghai) évoque à travers ses œuvres l’absence de liberté, la contrainte ou encore la migration. Dans ses œuvres, l’écriture arabe devient prière pour Mahmoud Hamadani (Iran) chez Art on 56th (Beyrouth), qui s’inspire de la poésie persane pour transposer par des lignes la rythmique des mots issus des poèmes persans ou chinois. 

Activités parallèles
La foire Menart a été couronnée par un programme culturel de qualité. Pour la cérémonie d’ouverture le jeudi 14 septembre, une performance musicale et chorégraphique, el-Baladi, était offerte par Alexandre Paulikevitch, accompagné par la claveciniste française Laure Vovard sur Préludes de Louis et François Couperin (XVIIIe siècle). Le vendredi 15 septembre, un spectacle de musique intitulé Quand la musique et les musiciens du Moyen-Orient rencontrent l’Occident était présenté par Guillaume Huret, suivi d’un spectacle de Mehdi Kerkouche où une femme offrait son corps aux calligraphies de l’artiste peintre marocain.
Les enfants n’ont pas été oubliés. Un atelier de fabrication d’objets moulés en ciment naturel a été mis en place par la Fondation Louis Vicat, pour petits… et grands ! Le week-end de la foire a été riche en conférences, médiations et films projetés dans la grande salle de l’hémicycle. Certains artistes, grâce à un accord que la foire a pu mettre en place avec les musées alentour, ont vu leurs œuvres traverser le seuil d’un musée français, une belle reconnaissance ! Samar Mogharbel, la céramiste libanaise qui travaille la terre de son pays, a exposé trois œuvres au musée de l’Homme pour les Journées européennes du patrimoine, en partenariat avec la Menart Fair et le département de la Seine-Maritime.  


La Menart Fair, qui s’est déroulée ce week-end au palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris, a vu la participation de 31 galeries, venant de onze pays dont le Liban (un tiers des participants), les Émirats arabes unis, l’Iran, la Tunisie, le Qatar, l’Égypte…  Une foire à la fois à taille humaine et d’envergure...
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