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Lifestyle - Vient de paraître

(Re)découvrir l'architecture moderniste au Liban

L’ouvrage « Modernist Beirut » met en lumière les bâtisseurs modernes dont les réalisations ont marqué le paysage de Beyrouth et du Liban des années 1950-1970.

(Re)découvrir l'architecture moderniste au Liban

La géométrie parfaite de la Banque du Liban, autrefois signe de grandeur, conçue par Georges Addor et Dominique Julliard. Photo Matthieu Salvaing

Beyrouth et le Liban ont été un véritable laboratoire de la modernité architecturale au Moyen-Orient, faisant appel aux plus grands architectes nationaux et internationaux. Leur production, jusqu’aux années 1970, est jalonnée d’« édifices dignes de figurer dans les meilleures pages de la création architecturale du XXe siècle », affirme Guillaume Excoffier, fondateur de la galerie de design Gabriel et Guillaume et coauteur de l’ouvrage Modernist Beirut paru le 8 septembre en France, aux éditions Norma. Le livre, qui sortira à l’international et au Liban en octobre, regroupe une sélection de constructions iconiques entreprises au siècle dernier par les artisans de l’espace au Liban. « Des lieux atypiques, d’autant plus inspirants qu’ils sont devenus très rares », souligne pour sa part le photographe Matthieu Salvaing. Expert en architecture et design, auteur de l’ouvrage Oscar Niemeyer paru chez Assouline en 2001 et de Voyages intérieurs (Rizzoli, 2020), Salvaing exerce son art aux quatre coins du monde pour les groupes de luxe et grands titres de la presse, notamment les magazines AD et World of Interiors. Dans Modernist Beirut, il livre sur 300 pages un florilège de magnifiques photographies couplées à un petit texte explicatif.

La couverture de l'ouvrage qui met en avant les plus beaux bâtiments des années 50. Photo DR

Trente constructions iconiques

La sélection des bâtiments s’est basée sur trois critères : leurs indéniables qualités de construction, leur éventuelle renommée et, surtout, le fait qu’ils constituent autant de témoignages des différentes expériences modernistes qui, à partir des années 1930, ont traversé le Liban jusqu’au dernier quart du XXe siècle. Certains édifices initialement retenus, comme l’immeuble d’Électricité du Liban (EDL) ou l’Egg, sont désormais « trop dénaturés ou endommagés pour trouver une place satisfaisante au sein de cet ouvrage », signale Guillaume Excoffier, ajoutant que « l’architecture moderne attend encore d’intégrer pleinement le champ du patrimoine architectural international. Nous espérons que ce livre concourra à cette prise de conscience ».

L’atypique immeuble Koujak-Jaber de Victor H. Bisharat surnommé « Le gruyère ». Photo Matthieu Salvaing

L’ouvrage donne à découvrir plus d’une trentaine de constructions héritées du XXe siècle, souvent méconnues, admirablement saisies par le regard de Matthieu Salvaing, telle l’emblématique Foire internationale de Tripoli édifiée par Oscar Niemeyer, le ministère de la Défense d’André Wogenscky, la villa Wardé réalisée par Henri Eddé ou encore l’immeuble Interdesign de Khalil Khoury et le Forest Building de Joseph Karam. De même, l’atypique immeuble Koujak-Jaber de Victor H. Bisharat. Autres héritage du XXe siècle : la villa Ousseimi à Yarzé  ; la villa Philippidès par Karol Schayer en 1959  ; la villa Abou Kheir, « l’un des projets les plus aboutis de Pierre el-Khoury » ; ainsi qu’un bâtiment exemplaire du mouvement moderne construit vers la fin des années 1930 par l’architecte et archéologue français Lucien Cavro (1955-1973) ; et la villa Salem (devenue aujourd’hui Dar el-Nimr) à Clemenceau. Il serait fastidieux de citer toute la liste.

Naissance de trois vaisseaux repères

Parmi ces trente constructions sélectionnées par les auteurs, notre choix s’est porté sur les lieux les moins connus, peu visités ou non ouverts au public, tel le ministère de la Défense à Yarzé, conçu par le Libanais Maurice Hindié et le français André Wogenscky, disciple de Le Corbusier et architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. En 1962, les deux bâtisseurs remportent le concours lancé pour la construction de ce complexe de 40 000 m2. Suivant l’exemple de Le Corbusier, Wogenscky cherche à rendre les espaces modulables en fonction de l’évolution des usages. « Les bureaux sont réunis dans le bâtiment central qui distribue trois ailes dédiées aux services spécialisés. Dépassant ces impératifs fonctionnels, la coque ovoïde de la salle de conférences –  que son reflet dans un vaste bassin (malheureusement vide depuis des années) rend plus imposante encore – ainsi que l’élégant pavillon du ministre, relié au reste du complexe par un réseau d’amples dalles-champignons, constituent les aspects les plus réussis du projet », relève Guillaume Excoffier.

Le ministère de la Défense qui porte la signature de Maurice Hindié et André Wogenscky. Photo Matthieu Salvaing

Autre lieu emblématique, par sa production de confiseries populaires dans tout le Moyen-Orient, l’usine Gandour à Choueifate, mais aussi par son architecture conçue par Wassek Adib, Issam Kronfol et Raja Ilya, fondateurs de l’agence Architecture Central, « l’une des plus inventives de la période 1960-1970 ». Le galeriste Excoffier relève que « l’extrême horizontalité de sa façade détourne le principe du shed et offre une variation très stimulante des colonnades de l’Antiquité. Ce parti, emprunté à la manufacture de tabacs de Bickfaya, transcende l’usage habituel des pare-soleil que le siège de la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth a fait triompher en 1967 dans le quartier de Sanayé ». Excoffier rappelle également que les trois architectes ont signé une autre page moderniste, tout aussi emblématique, avec le centre commercial Spinney’s à Jnah (aujourd’hui disparu) et son mur-rideau concave.

Les Suisses George Addor et Dominique Julliard, qui ont dessiné les plans du palais présidentiel de Baabda et ceux du centre Starco, sont également les auteurs de l’édifice de la Banque du Liban dont les façades, extrêmement ouvertes au rez-de-chaussée, deviennent tramées dans les étages intermédiaires, où s’impose le vide des baies. L’immeuble s’achève par une imposante corniche dépouillée, qui constitue le contrepoint monumental indispensable pour distinguer ce haut lieu de l’administration libanaise.

Le centre Gefinor, achevé en 1970, de l’architecte Victor Gruen. Photo Matthieu Salvaing

Le centre Gefinor, achevé en 1970, est l’œuvre de l’architecte autrichien Victor Gruen, qui a donné le ton à une architecture commerciale novatrice aux États-Unis en inventant le centre commercial indoor (le mall). « Victor Gruen est sans doute l’architecte le plus influent du XXe siècle », écrit Malcolm Gladwell dans The New Yorker. L’architecture qu’il a conçue pour le Gefinor est constituée de cinq immeubles de bureaux, dont le plus élevé est composé de vingt-deux étages et de centres commerciaux ou bureaux répartis sur une surface de 55 000 m2 à la livraison. Construit autour de vastes esplanades piétonnes, cet ensemble, parcouru de références aux immeubles nord-américains, dont le Seagram Building de Mies van der Rohe, forme aujourd’hui encore l’un des quartiers d’affaires les plus célèbres de Beyrouth. La distinction des matériaux et le raffinement de leur mise en œuvre érigent ce projet en sommet du modernisme libanais. »

Beyrouth et le Liban ont été un véritable laboratoire de la modernité architecturale au Moyen-Orient, faisant appel aux plus grands architectes nationaux et internationaux. Leur production, jusqu’aux années 1970, est jalonnée d’« édifices dignes de figurer dans les meilleures pages de la création architecturale du XXe siècle », affirme Guillaume Excoffier, fondateur de la...
commentaires (3)

et Pierre Nehme ?

Abdallah Barakat

18 h 03, le 12 septembre 2023

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Commentaires (3)

  • et Pierre Nehme ?

    Abdallah Barakat

    18 h 03, le 12 septembre 2023

  • sublime ! Enfin

    Abdallah Barakat

    17 h 42, le 12 septembre 2023

  • Quelle Quelle magnifique rétrospective du beau ! Ça change de la soupe politique Merci .

    Noha Baz

    09 h 07, le 12 septembre 2023

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