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Moyen-Orient - REPERES

Que faut-il retenir de la tournée d’Erdogan dans le Golfe ?

Le président turc s’est rendu en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar en quête d’investissements pour sauver son économie.  

Que faut-il retenir de la tournée d’Erdogan dans le Golfe ?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan avec le président des Émirats arabes unis Mohammad ben Zayed à Abou Dhabi, le 19 juillet 2023. Hamad al-Kaabi/AFP

Pour son premier voyage officiel depuis sa réélection en mai, le président turc Recep Tayyip Erdogan a choisi le Golfe. Un choix qui n’a rien d’anodin, tant la Turquie a entretenu des relations tendues avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au cours de cette dernière décennie, marquée par un soutien à des groupes rivaux lors des printemps arabes, puis en Libye, où des acteurs opposés ont reçu le soutien turc et émirati. Cette tournée semble donc achever la réconciliation entamée ces dernières années, notamment grâce à la reprise du commerce bilatéral et à une coopération militaire accrue. Une aubaine pour Ankara, dont l’économie est aux abois. Et un intérêt partagé pour Riyad et Abou Dhabi, soucieux de diversifier leurs partenariats stratégiques et d’assurer la stabilité régionale.

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Les faits :

• Recep Tayyip Erdogan a effectué une tournée en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar du 17 au 19 juillet. Il s’agissait du premier voyage officiel du président turc depuis sa réélection le 28 mai dernier. Ce dernier avait déclaré avant son départ que l’objectif des rencontres était de renforcer les investissements réciproques et les liens commerciaux entre la Turquie et les pays du Golfe.

• Le président turc était accompagné d’une large délégation ministérielle, composée notamment du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan et du ministre de la Défense Yasar Guler, ainsi que de quelque 200 hommes d’affaires.

• La tournée a débuté lundi à Djeddah, en Arabie saoudite, où le président turc a été reçu par le Premier ministre et héritier du royaume Mohammad ben Salmane. La visite s’est concrétisée par une série d’accords de coopération bilatérale. Parmi ceux-ci, la signature de deux contrats d’acquisition conclus entre le ministère saoudien de la Défense et Baykar, le fabricant turc des célèbres drones Bayraktar TB2. Il s’agit du plus gros contrat d’exportation dans le domaine de la défense et de l’aviation de l’histoire de la Turquie, selon le PDG de l’entreprise.

• L’accord concerne l’importation en Arabie saoudite du drone Akinci, réputé pour sa longue endurance en moyenne altitude. Le montant de la vente n’a pas été divulgué. Khaled ben Salmane, ministre saoudien de la Défense, a déclaré dans un communiqué que cette acquisition visait à « améliorer l’état de préparation des forces armées du royaume et à renforcer ses capacités de défense et de fabrication ».

• La deuxième étape de la tournée s’est déroulée mardi à Doha, au Qatar. Les deux pays ont célébré le 50e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques en signant une déclaration commune.

• La tournée du président turc s’est conclue au palais présidentiel d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, où M. Erdogan s’est entretenu avec son homologue, le cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyane, pour conclure un mémorandum d’accords estimés à 50,7 milliards de dollars. Le partenariat économique porte sur des projets d’investissement, notamment dans le domaine de la défense ainsi que de l’énergie. Y figure également une coopération en matière pénale avec l’établissement de règles d’extradition.

• L’ADQ, l’un des fonds d’investissement de l’État d’Abou Dhabi, a également déclaré qu’il fournirait jusqu’à 8,5 milliards de dollars pour soutenir la reconstruction après le tremblement de terre de février 2023 qui avait dévasté une vaste région du sud de la Turquie.

• Les deux pays ont convenu d’établir une commission économique et commerciale conjointe et d’organiser un forum sur le commerce et l’investissement à Istanbul à l’automne.


Le contexte :

• La Turquie fait face à une crise économique sans précédent : la livre turque a perdu 90 % de sa valeur au cours de la dernière décennie, le pays est frappé par une inflation galopante tandis que les réserves en devises étrangères de la banque centrale sont épuisées depuis la fin de l’année 2022.

• Si la visite de Recep Tayyip Erdogan au Qatar n’a rien d’inédit, les deux pays étant alliés de longue date, elle est beaucoup plus significative concernant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ces derniers entretiennent des relations tendues avec Ankara depuis plus d’une décennie, notamment en raison du soutien de la Turquie à la confrérie des Frères musulmans, dans le sillage des printemps arabes et du soutien à des groupes rivaux sur le terrain libyen. Des tensions exacerbées lors du boycott du Qatar en 2017, auquel les deux pays du Golfe ont pris part, conduisant la Turquie à envoyer ses troupes en renfort chez son partenaire historique.

• Les liens entre l’Arabie saoudite et la Turquie ont subi une énième détérioration en octobre 2018, après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Le président turc avait alors vivement accusé les hauts dirigeants saoudiens d’avoir commandité l’opération.

• Malgré cela, les liens entre la Turquie et ses anciens rivaux se sont considérablement améliorés depuis 2021. Le Qatar et les Émirats arabes unis ont récemment fourni à la Turquie quelque 20 milliards de dollars dans le cadre d’accords d’échange de devises, tandis que l’Arabie saoudite a déposé 5 milliards de dollars à la banque centrale turque en mars.

• M. Erdogan avait annoncé en 2021 que l’Arabie saoudite était intéressée par l’achat de drones Baykar et par la création d’une usine pour la production conjointe de ces drones. Le royaume est le huitième pays à avoir acheté des drones de combat Akinci au fabricant turc.


Les enjeux :

• Confrontée à une grave crise économique, la Turquie cherche à reconquérir les investisseurs étrangers, notamment auprès des pétromonarchies, pour soutenir ses réserves de change. Un contexte qui mène les autorités à adopter une nouvelle politique, selon Dania Thafer, directrice du Gulf International Forum : « Erdogan entame aujourd’hui un nouveau chapitre, à l’opposé de ce qui s’est passé lorsque le printemps arabe a commencé. Aujourd’hui, sa stratégie est plus pragmatique, avec le développement économique comme principal impératif, plutôt qu’une politique guidée par l’idéologie. »

• Ankara pourrait également espérer, à travers cette nouvelle coopération, obtenir des contrats pour que ses entreprises travaillent sur le projet Vision 2030 de l’Arabie saoudite. Parallèlement, le royaume tente de diversifier son économie en dehors du pétrole et de développer des industries locales. Un objectif en partie satisfait à travers l’accord sur les drones turcs qui prévoit une production conjointe.

• L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pourraient aussi servir de courtier diplomatique à la Turquie sur l’épineuse question des troupes turques dans le Nord-Est syrien, dont Bachar el-Assad souhaite le départ. Les deux puissances du Golfe ont impulsé le retour de la Syrie dans la Ligue arabe et se trouvent donc en bonne position pour négocier avec le régime de Damas. Ces derniers temps, Ankara a par ailleurs montré des signes d’éloignement de Vladimir Poutine, interlocuteur privilégié en Syrie. M. Erdogan, de son côté, a besoin de trouver une solution au retour des réfugiés syriens en Turquie.

• « La visite d’Erdogan dans le Golfe est un signe qu’Ankara a déjà adopté une politique étrangère multilatérale, avance Soner Cagaptay, spécialiste de la Turquie au sein du Washington Institute. Il a abandonné les poursuites contre le prince héritier saoudien devant les tribunaux turcs pour son rôle dans le meurtre de Khashoggi, il a rompu avec les Frères musulmans… Cela était une condition sine qua non pour les États du Golfe. Leur récompense se traduit donc par d’importants cadeaux financiers accordés à la Turquie et, enfin, par une coopération à la défense. » 

Pour son premier voyage officiel depuis sa réélection en mai, le président turc Recep Tayyip Erdogan a choisi le Golfe. Un choix qui n’a rien d’anodin, tant la Turquie a entretenu des relations tendues avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au cours de cette dernière décennie, marquée par un soutien à des groupes rivaux lors des printemps arabes, puis en Libye, où des...

commentaires (1)

C’est fou cette manie de ramper lorsque l’argent du pays a été dilapidé et mal utilisé pour aller faire l’aumône, et une fois les contrats signés et l’argent empoché, ces renards reviennent avec une arrogance et un autre visage pour cracher dans la soupe et renier ceux qui les ont sauvé d’une mort certaine. Le monde est ainsi fait, espérons que les pays arabes seront plus vigilants et plus regardants avant d’avancer leurs milliards.

Sissi zayyat

23 h 50, le 21 juillet 2023

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Commentaires (1)

  • C’est fou cette manie de ramper lorsque l’argent du pays a été dilapidé et mal utilisé pour aller faire l’aumône, et une fois les contrats signés et l’argent empoché, ces renards reviennent avec une arrogance et un autre visage pour cracher dans la soupe et renier ceux qui les ont sauvé d’une mort certaine. Le monde est ainsi fait, espérons que les pays arabes seront plus vigilants et plus regardants avant d’avancer leurs milliards.

    Sissi zayyat

    23 h 50, le 21 juillet 2023

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