De la fumée noire s’élève au-dessus de Khartoum, alors que les combats font rage en dépit d’une prolongation de 72 heures de la trêve. Photo AFP
De violents combats se sont poursuivis vendredi à Khartoum, et surtout dans la région du Darfour, malgré une prolongation de la trêve au Soudan entre l’armée et les paramilitaires engagés dans une guerre ayant fait plus de 500 morts en près de deux semaines. À el-Geneina, chef-lieu du Darfour-Ouest, 74 personnes ont été tuées durant les deux premiers jours de combats lundi et mardi, a rapporté le syndicat des médecins dans un bilan provisoire, les morts des derniers jours n’ayant pu être comptabilisés dans la mesure où l’ensemble des hôpitaux sont « hors service ».
Dans la nuit de jeudi à vendredi, l’armée du général Abdel Fattah el-Burhane et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammad Hamdane Daglo, dit « Hemedti », ont approuvé une prolongation de 72 heures de la trêve de trois jours qui n’a quasiment jamais été respectée par les deux camps. Au Darfour, « la situation est toujours très tendue », plusieurs immeubles et des camps de déplacés ont été « gravement endommagés » et l’électricité est « coupée depuis lundi », raconte un habitant d’el-Geneina. Avocats et médecins tirent la sonnette d’alarme pour cette région située à la frontière avec le Tchad. À el-Geneina, des combattants ont sorti « mitraillettes, mitrailleuses lourdes et machines de tirs antiaériens » et « tirent des roquettes sur des maisons », rapporte l’ordre des avocats du Darfour. L’ONU indique de son côté que « des armes sont distribuées » aux civils.
Débordements déjà visibles
Les premières évacuations d’expatriés de l’ONU et d’organisations humanitaires au Darfour ont débuté lundi. Peu après, les violences se sont accrues, assure le syndicat des médecins, évoquant un « massacre ». Peu d’informations filtrent de cette région où une guerre civile déclenchée en 2003 entre le régime de Omar el-
Bachir, déchu en 2019, et des insurgés issus de minorités ethniques a fait environ 300 000 morts et près de 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU.
Les belligérants continuent de s’accuser mutuellement de violer la trêve. L’armée a même dénoncé des tirs des FSR sur un avion militaire turc venu évacuer des ressortissants. Ankara a confirmé cette information, précisant que les tirs n’avaient fait aucun blessé, selon l’agence étatique Anadolu. Sur le front diplomatique, les deux généraux ont chacun déclaré avoir eu des échanges avec des dirigeants des États-Unis, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Éthiopie ou du Soudan du Sud. Le ministère des Affaires étrangères de ce dernier s’inquiète des « débordements déjà visibles » du conflit, notamment avec l’afflux de « réfugiés » dans les pays voisins. Un représentant du général Burhane est attendu samedi au Caire pour rencontrer le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukry. Douchant les espoirs d’une transition démocratique, les deux généraux avaient évincé ensemble les civils du pouvoir lors d’un putsch en 2021. Depuis, ils ne sont pas parvenus à s’accorder sur l’intégration des paramilitaires dans l’armée avant de finalement entrer en guerre le 15 avril. Les combats ont fait également des milliers de blessés.
Faciliter les transits
À Khartoum, les cinq millions d’habitants sont privés d’eau courante et d’électricité ainsi que, souvent, d’internet et de téléphone. L’essence et l’argent liquide commencent aussi à manquer. Les combats ont ainsi provoqué un exode massif dans ce pays de 45 millions d’habitants, l’un des plus pauvres au monde.
Au total, 270 000 personnes pourraient fuir au Tchad et au Soudan du Sud, selon l’ONU. Plusieurs pays occidentaux, notamment les États-Unis, la France, le Canada et le Royaume-Uni, ont continué à évacuer des centaines de personnes. La Chine a annoncé avoir évacué la plupart de ses ressortissants.
Source : AFP

