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Agenda - Hommage À Lucien George

Grand Lucien

Mes parents m’ont appelé Lucien, comme la tradition libanaise le veut. « Lucien George. » On peut dire que notre grand-père aura vraiment débanalisé ce nom. Le porter et être à la hauteur de ce qui a déjà été accompli ne sera pas facile.

Le Liban a perdu un grand homme. Un homme brillant, passionné, entrepreneur et amoureux de son pays. Un repère dans le journalisme politique. Nous, on a perdu notre grand-père, un homme sage et plein d’histoires. On l’appelait le Grand Lucien. Pour ceux qui savent tirer des conclusions, ça fait de moi le petit Lucien.

Le Grand Lucien était un grand-père atypique. D’abord, il n’avait jamais froid. Même le froid de Moscou ne l’avait pas convaincu d’acheter un manteau. Une simple écharpe lui suffisait.

Il résistait aussi complètement à la technologie. Jamais de portable sur lui. Pour le joindre, il fallait l’appeler à la maison et espérer qu’il soit assis dans son fauteuil préféré.

Vous l’aurez deviné, c’était un homme de traditions. On le retrouvait souvent attablé pour le petit déjeuner, lisant son journal, avec ses lunettes rondes, sa grosse barbe blanche et sa abaya. On s’asseyait avec lui dans son jardin sous l’olivier, ou dans son salon près d’une cheminée venue tout droit de Syrie, pendant qu’il sirotait son thé Mariage Frères. Un mélange spécial dont lui seul connaissait la recette. C’est là qu’il nous racontait des histoires qu’on aurait dit tirées de romans policiers, rythmées par les figures politiques connues, tout droit sorties de nos livres d’histoire. Il nous parlait de ses trois enlèvements comme si c’était chose commune. Le deuxième l’aura tellement peu marqué qu’il ne se souvenait même plus qui l’avait enlevé ni pourquoi. Il pouvait parler pendant des heures, et il avait de quoi raconter. Et nous, on était heureux de l’écouter.

À la tête des plus grandes publications libanaises et françaises, il aura même décroché la Légion d’honneur et une médaille de l’Académie française. D’ailleurs, la seule personne qui aurait pu nous aider à écrire ces mots, c’est le Grand Lucien lui-même. Nous sommes fiers de son héritage.

Et comme il me l’a dit une des dernières fois que je l’ai vu : « À toi de porter le nom très haut. »

Mes parents m’ont appelé Lucien, comme la tradition libanaise le veut. « Lucien George. » On peut dire que notre grand-père aura vraiment débanalisé ce nom. Le porter et être à la hauteur de ce qui a déjà été accompli ne sera pas facile. Le Liban a perdu un grand homme. Un homme brillant, passionné, entrepreneur et amoureux de son pays. Un repère dans le journalisme politique. Nous, on a perdu notre grand-père, un homme sage et plein d’histoires. On l’appelait le Grand Lucien. Pour ceux qui savent tirer des conclusions, ça fait de moi le petit Lucien.Le Grand Lucien était un grand-père atypique. D’abord, il n’avait jamais froid. Même le froid de Moscou ne l’avait pas convaincu d’acheter un manteau. Une simple écharpe lui suffisait. Il résistait aussi complètement à la technologie. Jamais de...