Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Iran

Le pouvoir joue l'apaisement en relâchant des détenus

Le nombre de remises en liberté n'a pas été précisé par les autorités, mais le quotidien réformateur Etemad en a donné une idée en publiant lundi à la une les photos d'une cinquantaine de personnalités libérées.

Des manifestants réclamant la libération de Fariba Adelkhah à Paris, le 13 janvier 2022. Photo Thomas COEX / AFP

Le pouvoir iranien a envoyé un signal d'apaisement en relâchant de nombreux détenus dans le cadre d'une amnistie d'une ampleur sans précédent, qui laisse les observateurs s'interroger sur la stratégie des autorités pour les prochains mois.

Au cours des derniers jours, les portes des prisons se sont ouvertes pour une partie des personnes arrêtées depuis le début du mouvement de contestation déclenché par la mort en détention de Mahsa Amini le 16 septembre. Le nombre de remises en liberté n'a pas été précisé par les autorités. Mais le quotidien réformateur Etemad en a donné une idée en publiant lundi à la une les photos d'une cinquantaine de personnalités libérées.

En font partie le cinéaste Mohammad Rasoulof, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, ainsi que les militants Farhad Meysami, Saba Kordafshari, Mohammad Habibi et la photographe Noushin Jafari. Ils avaient été précédés par le célèbre réalisateur Jafar Panahi, relâché quelques jours plus tôt. "Cette amnistie est d'une ampleur sans précédent, autant que je m'en souvienne", explique à l'AFP Maziar Khosravi, un journaliste incarcéré à plusieurs reprises depuis 2009 et brièvement lors de la récente contestation.

Lire aussi

Les Français détenus en Iran "encouragés" par la libération d'Adelkhah

L'incertitude demeure sur la poursuite de cette série de remises en liberté, qui a débuté après que les manifestations sont devenues moins fréquentes. Les politiciens Faezeh Hashemi et Mostafa Tajzadeh, le sociologue Saïd Madani, les militants Mehdi Mahmoudian et Fatemeh Sepehri, et les avocats Amirsalar Davoudi et Mostafa Nili sont parmi les personnalités qui restent détenues. Elaheh Mohammadi et Niloufar Hamedi, deux journalistes ayant contribué à rendre publique l'affaire Amini, sont également toujours derrière les barreaux avec une dizaine de leurs collègues.

Le test du voile 

L'amnistie a été décidée début février par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, pour marquer le 44e anniversaire de la République islamique, qui a été célébré samedi. A cette occasion, le président Ebrahim Raïssi a fait part d'un plan visant à renforcer l'"unité" nationale, lancé avec l'approbation du guide suprême. "Les étudiants et les personnalités culturelles, sportives et médiatiques qui ont fait l'objet de restrictions en raison d'actions illégales seront graciés", a-t-il promis.

Lire aussi

Anniversaire de la révolution : le pouvoir affiche sa détermination

Au total, des milliers de personnes, dont des journalistes, des avocats, des acteurs et des militants, ont été arrêtées pour leur implication présumée dans le mouvement de contestation.  Parmi les personnes arrêtées, quatre ont été pendues tandis que, selon les autorités, des centaines d'autres, notamment des manifestants mais aussi des membres des forces de sécurité, ont été tuées.

Ces dernières semaines, le pouvoir a un peu assoupli une partie des restrictions drastiques sur internet, même si l'accès à Instagram et WhatsApp, les applications les plus utilisées en Iran, reste bloqué. De telles mesures vont "calmer l'atmosphère sur le court terme", estime Maziar Khosravi. Mais "si l'amnistie n'inclut pas tous les prisonniers +politiques+ et s'arrête à ce stade, elle ne contribuera pas à améliorer la situation" à plus long terme, avance Ahmad Zeidabadi, un politologue incarcéré à plusieurs reprises lors de sa longue carrière. "Car il existe de nombreux facteurs de mécontentement", qui "ont conduit à la situation actuelle, notamment les difficultés économiques de la population, les tensions dans les relations internationales et les pressions concernant le port du voile", explique-t-il à l'AFP. Sur cette dernière question, "il faudra voir comment les autorités réagiront face aux femmes qui seront moins couvertes lorsque les températures se réchaufferont", ajoute Maziar Khosravi.

L'ancien président modéré Hassan Rohani a salué l'amnistie qui va "renforcer la cohésion nationale" et sera "le point de départ pour réparer les divisions" entre les Iraniens. De son côté, le journal ultraconservateur Javan voit dans cet assouplissement le signe que "la sédition a pris fin". 


Le pouvoir iranien a envoyé un signal d'apaisement en relâchant de nombreux détenus dans le cadre d'une amnistie d'une ampleur sans précédent, qui laisse les observateurs s'interroger sur la stratégie des autorités pour les prochains mois.

Au cours des derniers jours, les portes des prisons se sont ouvertes pour une partie des personnes...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut