À l’instigation du Mouvement culturel d’Antélias, des comités d’intellectuels libanais ont échangé sur la situation dramatique que vit notre pays. Leurs délibérations ont abouti au communiqué suivant :
1- Nous exigeons du Parlement d’abord l’élection in extremis d’un président réformiste en profondeur et le maintien des séances parlementaires ouvertes en continu. Nous exigeons également la formation d’un Conseil des ministres capable d’entreprendre et d’exécuter un programme de réformes exhaustif. Nous ferons de sorte que le peuple libanais prenne conscience de la conspiration qui menace son devenir, et cela à la lumière des transformations majeures que connaît le Moyen-Orient.
2- Nous estimons à l’unanimité que l’impunité ne doit en aucun cas profiter aux gouvernements successifs, aux hauts responsables du secteur public et de la banque centrale, aux conseils de direction, aux PDG des différentes banques. Le secteur judiciaire également ne bénéficiera point de l’immunité, en l’occurrence les juges et les responsables chargés d’enquêter sur les manquements, les fraudes et les conspirations. Le questionnement doit aussi concerner les ministres et les députés qui ont fait partie des ministères et des assemblées nationales successives au pouvoir depuis l’accord de Taëf.
3- Les magistrats et les juges libanais sont appelés à prendre conscience de l’importance de leur rôle dans le combat contre la corruption et contre le laisser-aller et l’irresponsabilité dans la fonction publique. Nous les voulons déterminés dans leur intégrité, assidus dans leur impartialité, forts de leur expérience et faisant preuve d’obstination et de courage dans leur lutte contre les interventions sournoises et multiples des politiciens qui entravent délibérément leurs investigations et les procédures pénales. Le système judiciaire doit être épuré de ses membres corrompus et soumis aux desiderata des politiciens manipulateurs et opportunistes. Les juges et les avocats jouent un rôle essentiel dans le processus de la réforme et dans la relève potentielle qui succédera, nous l’espérons, au cataclysme économique et social qui a affecté tous les secteurs. Ils ont surtout un rôle crucial dans la poursuite et l’aboutissement de l’enquête sur l’explosion et la destruction au port de Beyrouth. Les coupables doivent être dénoncés et châtiés indépendamment de toute considération. Le corps judiciaire est le pilier de l’État de droit et la garantie du maintien et du bon fonctionnement des institutions.
4- Notre rassemblement s’interroge sur le nombre impressionnant de réfugiés qui ont élu domicile sur le territoire libanais. Leur nombre équivaut désormais à la moitié du nombre des citoyens autochtones. Sachant que la densité au kilomètre carré était de 700 personnes avant la guerre de Syrie et les sinistres déplacements de populations qu’elle a entraînés.
5- Notre assemblée se demande pourquoi l’accord de Taëf n’a pas été respecté et particulièrement les clauses concernant la détention des armes, la décentralisation élargie et l’orientation de l’administration vers la laïcité. Quant à la politique extérieure, pourquoi le Liban n’opterait pas pour la neutralité dans ce conflit aigu qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite et à l’Amérique ? Pourquoi l’accord de paix (de non-belligérance) signé en 1949 et mentionné dans l’accord de Taëf a-t-il été ignoré ? Les accords concernant la frontière maritime et ceux prémédités par certains hauts responsables pour les frontières terrestres contreviennent au droit international et aux intérêts de notre population et nous font perdre des centaines de milliards de dollars.
6- Le secteur de l’éducation souffre d’une dégradation alarmante dont les conséquences porteront préjudice à l’avenir de notre jeunesse et de notre pays. Le cas de l’Université libanaise en est la preuve vivante. L’emprise des partis sur ses cadres, ses cursus et surtout sur le conseil de l’université entrave toute réforme et freine le moindre progrès. Des réformes rapides s’imposent dans ce secteur ; l’université nationale et l’école publique ainsi que l’école privée doivent être sauvées in extremis. Il n’y a pas longtemps, leur rôle était déterminant dans la promotion de la culture et du savoir au Liban et dans les pays arabes.
7- Nous exhortons l’élite intellectuelle appartenant aux différentes communautés et aux natifs de toutes les régions du Liban quelles que soient leurs convictions politiques à déclarer solennellement leur foi en un Liban unifié et indépendant, à s’engager dans l’édification d’un État de droit, à bannir toutes les manifestations de violence, à défendre la dignité du citoyen libanais, à se rallier aux forces populaires dans leur lutte contre le cataclysme politico-économique dont le Liban est victime, à revendiquer jusqu’à les imposer les réformes indispensables à son redressement, à coordonner leur action avec celle des Libanais de la diaspora qui ont toujours manifesté leur appui à la cause du Liban.
8- Par ailleurs, nous sommes tous étonnés que cette grave crise économique et sociale ait perduré trois années, avec ses conséquences dramatiques sur la sécurité, la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat du citoyen libanais, sans que des mesures réelles et efficaces soient prises pour endiguer la catastrophe. L’impunité totale demeure en vigueur. Les réformes sont sciemment et continuellement entravées par les hauts responsables et les politiciens au pouvoir au détriment des citoyens et des déposants spoliés de leurs épargnes et réduits souvent à la frugalité, voire à l’indigence.
9- Une délégation sera chargée de veiller à l’application des clauses précédentes en collaboration avec les syndicats et les protagonistes des rencontres organisées dernièrement à l’Université Saint-Joseph.
Nous nous engageons à défendre les intérêts et la dignité du peuple libanais, à coordonner notre action avec toutes les forces résolues à défendre ses droits, à sauvegarder l’indépendance du Liban et à préserver l’État de droit des complots qui cherchent résolument à l’anéantir.
– Le Club culturel arabe
– L’Association culturelle du Liban-Sud
– Le Rassemblement culturel de Jbeil
– L’Association pour la culture gratuite
– Le Rassemblement du lundi du Kesrouan
– Le Mouvement culturel d’Antélias
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