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Culture - Entretien

Damien Chazelle, son Babylon et la nostalgie du vieux Hollywood

Six ans après le triomphe de « La La Land », le réalisateur franco-américain replonge dans l’histoire du cinéma pour une œuvre tout en démesure, un film fleuve et cru avec Margot Robbie et Brad Pitt.

Damien Chazelle, son Babylon et la nostalgie du vieux Hollywood

Le réalisateur franco-américain Damien Chazelle lors de la première de « Babylon » à Los Angeles, le 15 décembre. Frazer Harrison/AFP

Virtuose du 7e art à même pas 40 ans, Damien Chazelle confie son amour nostalgique pour les débuts du cinéma, quand tout semblait « plus brutal », mais aussi « plus comique », que le Hollywood d’aujourd’hui, englué dans la « peur du risque ».

Six ans après La La Land, sa comédie musicale avec Ryan Gosling et Emma Stone aux airs de classique immédiat, Chazelle fait l’événement avec le démesuré et furieux Babylon, de plus de trois heures, qui sort mercredi en France et en Belgique, après les États-Unis et le Canada. La sortie du film au Liban est annoncée sous réserve pour le jeudi 19 janvier.

Comme Chantons sous la pluie à l’aube des années 1950, ou The Artist de Michel Hazanavicius il y a dix ans, Babylon est un hommage aux dernières heures du cinéma muet, un monde qui se sent condamné, et disparaît, devant la caméra de Chazelle, dans un feu d’artifice de fêtes, de musique, de sexe, de drogues et de violence.

Le film croise trois destins, inspirés de vedettes de l’époque : Brad Pitt, tout en autodérision, campe un acteur établi dont l’étoile commence à pâlir, Margot Robbie (Le Loup de Wall Street, Il était une fois à Hollywood) en actrice débutante propulsée sur le devant de la scène et le nouveau venu Diego Calva, en ingénu qui se retrouve un peu par hasard derrière la caméra.À l’écran, la vie des stars est rythmée par des fêtes démentielles et des tournages aussi anarchiques que trépidants, tandis que leur monde s’écroule.

« Dans les années 1920, les règles n’étaient pas encore tout à fait écrites, le 7e art était encore dans sa jeunesse », un âge de tous les possibles, relève le réalisateur franco-américain, lors d’une interview, en français, à Paris.

« On ne connaît pas tellement cette période, juste avant l’arrivée du son, où on trouvait une liberté que l’on dirait normalement correspondre plutôt aux années 1960 », poursuit-il.

« Il y avait des qualités dans cette liberté – même s’il fallait changer les mœurs sur les plateaux, et qu’il y avait des côtés affreux dans cette société » souvent sexiste et raciste, poursuit-il.

À l’époque, sur les tournages, ajoute Chazelle, les choses semblaient « peut-être un peu plus brutales, un peu plus violentes, un peu plus noires, mais aussi comiques. Il y avait quelque chose de riche et de complexe qui m’inspirait ».

Une liberté qui a fondu avec l’avènement du son, impliquant de faire régner le silence sur les plateaux et renforçant le pouvoir de l’industrie sur la création, comme le montre Babylon.

Beaucoup de peur

Comme un écho à l’industrie hollywoodienne actuelle, bouleversée par la pandémie et l’émergence des plateformes ?

« On se trouve vraiment à un carrefour. C’est vrai que, pendant des moments de crise, et on a vu ça dans les années 1960, on peut trouver beaucoup de possibilités de renouvellement de l’art », convient-il.

« Mais aujourd’hui, à Hollywood, il y a beaucoup de peur, et pas beaucoup de gens qui prennent des risques, à mon avis. Il y a toujours de grands films qui se font, heureusement, mais c’est un moment de crainte », enchaîne cet admirateur de grandes fresques, de La vie est belle de Capra aux Parrain de Coppola, en passant par le Napoléon d’Abel Gance.

Trouve-t-on désormais davantage de liberté sur les plateformes de streaming ? Chazelle y a goûté avec la série The Eddy, sur un club de jazz parisien, pour Netflix.

« Le grand écran, c’est toujours quelque chose de différent. L’expérience qui n’est pas interrompue, pas divisée en chapitres », souligne-t-il. « Un peu comme un “drug trip”, une expérience sous acide : quand on sort du cinéma, le monde a une apparence différente, quelque chose est changé. »

Privilège

Malgré l’aura de La La Land, qui a propulsé Chazelle au sommet, en faisant de lui le plus jeune cinéaste auréolé d’un Oscar du meilleur réalisateur à 32 ans, monter Babylon, avec ses hordes de figurants et ses tonnes de décors, n’a pas été aisé.

« Il y a trente ou quarante ans, ce n’était pas rare de voir des films comme ça. Mais l’économie de ce type de films n’est pas évidente aujourd’hui, ça devient de plus en plus difficile. Et donc de plus en plus important de montrer que ça peut toujours exister. »

« Le défi aujourd’hui, c’est de faire quelque chose qui justifie le grand écran, on n’y met pas n’importe quoi, revendique-t-il. Les gens meurent mais Hollywood, l’industrie ou l’art ne meurent pas. (...) Le cinéma et l’art, c’est une histoire de mort et de renaissance. »

François BECKER/AFP

Virtuose du 7e art à même pas 40 ans, Damien Chazelle confie son amour nostalgique pour les débuts du cinéma, quand tout semblait « plus brutal », mais aussi « plus comique », que le Hollywood d’aujourd’hui, englué dans la « peur du risque ».Six ans après La La Land, sa comédie musicale avec Ryan Gosling et Emma Stone aux airs de classique immédiat, Chazelle fait l’événement avec le démesuré et furieux Babylon, de plus de trois heures, qui sort mercredi en France et en Belgique, après les États-Unis et le Canada. La sortie du film au Liban est annoncée sous réserve pour le jeudi 19 janvier. Comme Chantons sous la pluie à l’aube des années 1950, ou The Artist de Michel Hazanavicius il y a dix ans, Babylon est un hommage aux dernières heures du cinéma muet, un monde qui se...
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