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Culture - Design

Borgi | Bastormagi, le duo qui monte

Élus parmi les 20 designers les plus prometteurs de l’année 2022, Nada Borgi et Étienne Bastormagi font la couverture du magazine américain « Dwell » pour le numéro de septembre-octobre 2022 avec une de leurs créations, « The Fillet Shelf ».

Borgi | Bastormagi, le duo qui monte

Nada Borgi et Étienne Bastormagi. Photo Lara Zankoul

Architectes et urbanistes de formation, Nada Borgi et Étienne Bastormagi ont tous deux travaillé dans de grands cabinets avant de créer d’abord leurs propres studios d’architecture, ensuite leur plateforme de collaboration pour la création d’objets et de meubles. Hormis un parcours, une profession et une passion similaires, ils partagent étrangement les mêmes syllabes de leur nom, comme si l’une s’imbriquait dans l’autre. La collaboration Borgi | Bastormagi démarre en 2017, lorsque Nada et Étienne sont invités à participer au Fuori Salone de Milan avec leur projet [Me]rror, une installation conçue pour refléter différentes parties du corps en fragmentation. C’est à la boutique du Musée Sursock à Beyrouth qu’ils exposent pour la première fois leurs créations, pour ensuite présenter à Paris, dans le cadre du Salon Maison & Objet, en septembre 2019, une collection de meubles. « Beirutitude : Design & Architecture in Revolutionary Times », une conférence explorant le processus de création dans le contexte politique actuel de Beyrouth, sera présentée à IMM Cologne en 2019.

« Folli 1 », un meuble pour pallier le manque de verdure et de terrasses dans un appartement en ville. Photo DR

Chacun seul

Arménien d’origine, Étienne Bastormagi (40 ans) est issu d’une famille d’industriels spécialisée dans l’acier et le métal (les cuisines Vresso). Très jeune, il se familiarise avec le processus de la fabrication et surtout avec les matériaux comme l’acier, l’acier inoxydable et le métal, utilisés principalement dans la réalisation du mobilier de cuisine.

Le domicile des Bastormagi et l’usine de la famille occupent le même bâtiment à Beyrouth. Pour la petite histoire, Étienne raconte qu’en période de bombardements intensifs durant la guerre, ses parents cachaient leurs enfants dans les grandes machines qui faisaient office de « chambres-abris antinucléaires ». Plus tard, une grande partie de la famille (ses oncles) émigre à l’étranger, les parents d’Étienne résistent et inaugurent, une fois la guerre terminée, une galerie avec des objets déco importés d’Italie. C’était pour Étienne le premier contact avec l’objet fini après l’expérience de l’usine et de la fabrication. Pour avoir longtemps assisté son père quand il s’agissait de faire des travaux de rénovation, il flirte avec les sketchs, les perspectives à main levée, et nourrit son penchant artistique. « À 17 ans déjà, se profilait en moi un avenir de constructeur », confie celui qui a opté pour l’architecture, au grand dam de ses parents qui ne voyaient pas en ce métier une option financière garantie. À l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), il obtient son diplôme en architecture et complétera sa formation d’urbaniste à l’Université libanaise où il rencontre celle qui deviendra son associée. « Nous avions tous les deux intégré un programme franco-italien proposé par l’Union européenne », précisent les designers.

Contrairement à Étienne, Nada Borgi, enfant du Liban-Nord, est née dans une ambiance loin du design et du monde de l’art. « Dans ma famille, tout le monde était scientifique, j’étais la seule qui travaillait de ses mains », se souvient celle qui était pourtant convaincue que ce n’était qu’ un passe-temps. « Je croyais ferme que je me dirigerais vers des études de pharmacie ou de médecine. Mais l’art a eu raison de moi et j’ai finalement décidé, malgré l’avis défavorable de mon père médecin, de m’inscrire en architecture à l’Université américaine de Beyrouth (AUB). » Sa licence en main, elle découvre que c’était surtout l’urbanisme qui la tentait. Elle allait donc compléter, comme Étienne, sa formation d’architecte avec celle d’urbaniste à l’Université libanaise. « C’est là où nos chemins se sont croisés. » Engagée chez Solidere dans le design urbain, celle qui vivait au nord de Beyrouth découvrait la capitale autrement. « J’aimais bien l’idée d’avoir les deux visions, urbaine et rurale, cela m’offrait des horizons différents. Le design pour moi n’a pas d’échelle, je peux penser la ville avec des échelles humaines. »

Une création de Borgi et Bastormagi fait la couverture du magazine américain « Dwell ». Photo DR

Ensemble

« Après 10 ans de collaboration en tant qu’urbaniste et architecte avec le bureau d’études Khatib et Alami dans la section “concept et design”, je réalise, confie Étienne Bastormagi, que je n’aimais pas travailler à grande échelle. Je n’avais envie de concevoir ni des tours ni des campus, mais de me concentrer plutôt sur les objets et les meubles, tout ce qui était en relation avec le corps humain, des créations que je pouvais contrôler de mes deux mains, que je pouvais appréhender d’un seul regard et contourner. » C’est ainsi qu’en 2018, le jeune architecte urbaniste se lance en indépendant. Avec Nada Borgi qui partage ses ambitions, le duo monte un premier projet : « Notre but était de créer un meuble qui n’avait jamais été encore conçu du point de vue utilitaire, que nous aurions envie d’acheter, qui ne coûterait pas cher et qui posséderait une esthétique différente. » Alors que leurs créations sont proposées à la boutique du Musée Sursock, Borgi et Bastormagi participent à un appel d’offres en Italie pour participer à une exposition ; ils sont acceptés et réalisent une installation/miroir intitulée [Me]rror. Nous sommes en 2018, les deux partenaires participent à Design Art Fair où ils proposent 5 objets d’une petite collection qu’ils surnomment Folli. Une deuxième collection devait être lancée en 2020, mais le Covid interrompt tout et le 4 août fait voler en éclats leur boutique-vitrine à la rue Abdel Wahab.

Leur feuille de route

Mais ils persistent et... dessinent. Chacun de son côté, puis ils se retrouvent pour répondre à une problématique qu’ils avaient définie au préalable. Explications de Nada Borgi : « Les appartements deviennent de plus en plus petits et les habitants ne peuvent plus jouir de leurs terrasses qu’ils vitrent. Voilà la problématique ! La solution : créer un petit meuble qui ferait guise de coin de verdure dans l’appartement. » C’est ainsi qu’est née la structure Folli 1, un élément où l’on peut apposer plusieurs pots de fleurs, assorti d’une tablette pour placer un objet. Toute une collection de meubles Folli suivra. « Une autre problématique, ajoute l’architecte, verra le jour. Celle des coins non exploités dans les appartements. Pour cela, nous nous sommes inspirés du traitement des coins des immeubles en ville, ceux coupés à angle droit ou arrondis nous donnent des idées. »

Leurs créations renvoient souvent à des formes urbaines dans une ambiance et une esthétique très architecturales. Leurs matériaux de prédilection sont le métal et l’acier. Très minimalistes, ils dessinent plutôt des lignes qui se transforment en surfaces, le bois est peu exploité, ils tentent souvent l’aluminium. « Durant la période du Covid, le monde était tellement en manque d’espace naturel, disent-ils, qu’inconsciemment, nous avons imaginé des lignes plus organiques, nous nous sommes éloignés des lignes urbaines. Toujours influencés par l’environnement, nous affectionnons la ville mais elle nous procure quelquefois un sentiment de stress. » La précarité de la situation libanaise, l’instabilité, le manque d’assurance quant à l’avenir rejaillissent également sur les créations du duo où l’objet semble à peine tenir en équilibre. Alliant tradition et modernité, les designers offrent des créations qui tentent de trouver des moments d’équilibre et d’harmonie dans le chaos de la vie. À eux deux, ils réunissent les mêmes valeurs et leur affinité pour la simplicité, ce qui a considérablement influencé leur processus de développement et de recherche, car ils veulent avant toute chose rester fidèles aux éléments qu’ils considèrent comme essentiels, tels que l’authenticité et la sensibilité.

Architectes et urbanistes de formation, Nada Borgi et Étienne Bastormagi ont tous deux travaillé dans de grands cabinets avant de créer d’abord leurs propres studios d’architecture, ensuite leur plateforme de collaboration pour la création d’objets et de meubles. Hormis un parcours, une profession et une passion similaires, ils partagent étrangement les mêmes syllabes de leur nom, comme si l’une s’imbriquait dans l’autre. La collaboration Borgi | Bastormagi démarre en 2017, lorsque Nada et Étienne sont invités à participer au Fuori Salone de Milan avec leur projet [Me]rror, une installation conçue pour refléter différentes parties du corps en fragmentation. C’est à la boutique du Musée Sursock à Beyrouth qu’ils exposent pour la première fois leurs créations, pour ensuite présenter à Paris, dans le...
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