Le quartier général du groupe Wagner lors de son inauguration le 4 novembre 2022 à Saint-Pétersbourg, en Russie. Igor Russak/Reuters
Considéré par les États-Unis comme un « rival » des forces armées russes, le groupe privé, qui a officialisé son existence cette année, aurait selon Washington acheté des équipements militaires à Pyongyang, sous sanctions internationales. « La Corée du Nord a fait une première livraison à Wagner, qui a payé pour ces équipements. Le mois dernier (elle) a livré en Russie des obus et des missiles destinés à Wagner », a affirmé jeudi John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de l’exécutif américain. Les États-Unis estiment que Pyongyang « envisage de livrer plus d’équipement », a-t-il ajouté lors d’un entretien avec des journalistes. « C’est une claire violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Le fait que le président Poutine demande l’aide de la Corée du Nord montre que la Russie est seule et désespérée », a commenté pour sa part le chef de la diplomatie britannique James Cleverly.
Le patron du groupe Wagner a qualifié les déclarations américaines de « ragot ». « Tout le monde sait que la Corée du Nord n’a pas fourni depuis longtemps des armes à la Russie. Et aucune démarche de ce type n’a été effectuée », a déclaré le chef du groupe Evguéni Prigojine dans un communiqué. Il n’y a eu aucune transaction d’armes avec la Russie, a démenti pour sa part le ministère nord-coréen des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse officielle KCNA, qualifiant d’« absurdes » les éléments rapportés notamment par la presse japonaise. Quelques heures après les déclarations américaines, Pyongyang a par ailleurs tiré hier deux missiles balistiques en direction de la mer, au large de sa côte est, a annoncé l’armée sud-coréenne. Ce qui « pourrait être une réponse aux manœuvres américano-sud-coréennes intervenues plus tôt dans la semaine », indique Yang Moo-jin, professeur à l’Université d’études sur la Corée du Nord.
Puissance rivale de l’armée russe
Le porte-parole de la Maison-Blanche a par ailleurs estimé qu’à l’heure actuelle, Wagner comptait 50 000 hommes déployés en Ukraine – 10 000 mercenaires et 40 000 recrutés dans les prisons russes. Et que l’organisation dépensait 100 millions de dollars par mois pour ses opérations dans le pays. Washington, qui a déjà pris des sanctions contre cette organisation de mercenaires présente sur plusieurs théâtres de conflit dans le monde, va prendre « dans les prochaines semaines » des mesures supplémentaires, a indiqué John Kirby. Le groupe paramilitaire est actif en Syrie, en Libye, au Soudan et en République centrafricaine. Il a été accusé de participer à des exactions à plusieurs endroits.
« Il est évident pour nous que Wagner est en voie de devenir une puissance rivale de l’armée russe régulière et d’autres ministères russes », a encore indiqué le porte-parole américain, en assurant que l’influence au Kremlin du chef du groupe, Evguéni Prigojine, ne faisait qu’« augmenter ». « Depuis des mois, l’armée russe compte sur Wagner pour mener le combat dans certaines zones du Donbass (est de l’Ukraine) et, dans certains cas, les officiers russes sont en réalité soumis aux ordres de Wagner », a détaillé John Kirby. Au regard des informations dont ils disposent, les États-Unis estiment néanmoins que la quantité d’armes livrée par Pyongyang, des roquettes d’infanterie et des missiles, n’aura qu’un impact limité sur la dynamique du conflit en Ukraine.
Le responsable américain a assuré que les forces de Wagner « mal équipées et mal entraînées » souffraient de « lourdes pertes » sur le champ de bataille. Le porte-parole américain a ainsi estimé que Wagner avait perdu 1 000 hommes récemment en Ukraine. Evguéni Prigojine, qui n’a « aucune considération pour la vie humaine », « envoie des hommes russes à la boucherie à Bakhmout », ville du front où les combats font rage, a déclaré John Kirby. « Il semble s’intéresser beaucoup plus à son influence au Kremlin qu’aux hommes qu’il recrute pour se battre en Ukraine. Tout ce qui compte pour lui est de faire bonne figure auprès (du président russe Vladimir) Poutine », a-t-il encore asséné.
Sources : agences

