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Idées - Point de vue

Lutte contre la corruption : le Liban est à la croisée des chemins

Illustration : pedrosala/Bigstock

La Journée internationale de la lutte contre la corruption,  célébrée aujourd'hui dans le monde entier, nous offre à tous l'occasion de nous élever contre les pratiques qui entravent la bonne gouvernance, la croissance équitable et le développement économique. C'est notamment l'occasion d'examiner de plus près les défis auxquels le Liban est confronté et de demander instamment des améliorations qui peuvent bénéficier directement au peuple libanais.

Le gouvernement libanais a reconnu la nécessité de mettre en place des politiques de lutte contre la corruption. Le Liban a ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption et, tout récemment, le gouvernement a accepté les priorités fixées par le Cadre de réforme, de redressement et de reconstruction (3RF). En outre, la stratégie nationale de lutte contre la corruption du Liban, qui a été adoptée en 2020, définit sa feuille de route en la matière de lutte. Cependant, la Commission nationale de lutte contre la corruption, chargée de l'application de cette stratégie, reste dépourvue des statuts et des ressources nécessaires pour mener à bien sa mission.

Le peuple libanais a également exprimé clairement son point de vue : les manifestations lors de la crise dite « des déchets » et les manifestations populaires d'octobre 2019 ont donné lieu à des critiques ferventes de la mauvaise gestion et de la corruption du gouvernement. En outre, la crise financière sans précédent et la détérioration économique que le pays a connues ces trois dernières années soulèvent de sérieuses questions quant aux performances et à l'engagement des décideurs à opérer des changements.

Depuis la terrible explosion du port de Beyrouth en août 2020, les survivants n'ont cessé d'exiger une enquête transparente sur les causes de cette tragédie dévastatrice. Nous sommes préoccupés par le fait que le processus d'enquête reste bloqué. Non seulement cette situation laisse les familles des victimes sans justice, mais elle illustre également les défis auxquels le Liban doit faire face pour établir une gouvernance responsable à l'avenir.

Certes, le Liban n'est pas le seul pays au monde à être aux prises avec des problèmes de corruption. Cependant, malgré une sensibilisation et une affirmation publiques croissantes à cet égard, la trajectoire du pays au cours des dix dernières années est loin d'être satisfaisante aux yeux de sa population hautement éduquée. Nous sommes d'accord: le Liban est actuellement classé au 154e rang sur 180 pays dans l'indice de perception de la corruption de Transparency International, suite à une chute spectaculaire au cours des dix dernières années.

Toutefois, ces dernières années, des progrès encourageants ont été accomplis. Le Parlement a notamment adopté une loi sur le droit d'accès à l'information et une loi sur les marchés publics, qui vise à combler les lacunes qui permettent les détournements de fonds dans le secteur public. En octobre de cette année, les députés ont également adopté une loi sur le secret bancaire, dans le cadre des actions préalables convenues entre le Liban et le FMI. De même, des travaux sont en cours pour finaliser un projet de loi sur l'indépendance du pouvoir judiciaire, qui pourrait constituer une étape importante dans la mesure où il est conforme aux normes internationales. Néanmoins, il faut faire davantage pour garantir la confiance du public dans les institutions et les dirigeants du pays.

Aujourd'hui, le Liban est à la croisée des chemins : des actions audacieuses sont nécessaires et le temps presse. Il est donc plus important que jamais d'élire sans plus attendre un président de la République et de former un gouvernement.

En outre, la voie à suivre pour sortir de la crise économique est claire. Ce n'est qu'en menant à bien les actions préalables et en acceptant un programme de redressement complet du FMI que le terrain sera préparé pour une gouvernance crédible, propice à la réduction de la corruption et au rétablissement de la confiance dans les institutions publiques et les banques. Si ces mesures étaient prises de bonne foi, le Liban redeviendrait une destination attractive pour le commerce et les investissements internationaux.

Une reprise durable grâce à la coopération avec le FMI prendra du temps et exigera un effort significatif de la part de l'État, du secteur privé et du public libanais, mais il n'y a tout simplement pas de meilleure alternative. En tant que membres du G7, nous sommes prêts à apporter notre soutien au peuple libanais sur cette voie difficile, mais nécessaire, de la reprise.

Par Stefanie MCCOLLUM, ambassadeur du Canada ;

Anne GRILLO, ambassadeur de France ;

Andreas KINDL ambassadeur d’Allemagne ;

Nicoletta BOMBARDIERE, ambassadeur d’Italie ;

Masayuki MAGOSHI , ambassadeur du Japon ;

Hamish COWELL, ambassadeur du Royaume-Uni ;

Dorothy C. SHEA, ambassadeur des États-Unis ;

Ralph TARRAF, ambassadeur de l'Union européenne.

La Journée internationale de la lutte contre la corruption,  célébrée aujourd'hui dans le monde entier, nous offre à tous l'occasion de nous élever contre les pratiques qui entravent la bonne gouvernance, la croissance équitable et le développement économique. C'est notamment l'occasion d'examiner de plus près les défis auxquels le Liban est confronté et de demander instamment...
commentaires (3)

Mesdames, Messieurs les diplomates des pays du G7, les pays qui ont les moyens de lutter contre la corruption n’échappent pas, eux aussi, aux pratiques de corruption et de clientélisme. Dans le texte, ceci : ""Certes, le Liban n'est pas le seul pays au monde à être aux prises avec des problèmes de corruption"", et vous avez bien raison, quand on apprend pendant la journée internationale de lutte contre la corruption, que des soupçons de corruption touche le dispositif européen, et que des hauts biens placés (la vice-présidente grecque du parlement européen) sont écroués… Au Liban, le clientélisme, la corruption sont systémiques avec le consentement d’électeurs qui votent pour les mêmes élus, malgré le mince changement des derrières élections de mai dernier. Qui peut aider le Liban à faire de la lutte contre la corruption, et surtout le clientélisme, un modèle de bonne gouvernance ? Quand on sait très bien que le pays n’a pas les moyens de cette politique. Les vœux, les petites avancées sont une chose, et leur mise en application en est une autre.

NABIL

16 h 17, le 11 décembre 2022

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Commentaires (3)

  • Mesdames, Messieurs les diplomates des pays du G7, les pays qui ont les moyens de lutter contre la corruption n’échappent pas, eux aussi, aux pratiques de corruption et de clientélisme. Dans le texte, ceci : ""Certes, le Liban n'est pas le seul pays au monde à être aux prises avec des problèmes de corruption"", et vous avez bien raison, quand on apprend pendant la journée internationale de lutte contre la corruption, que des soupçons de corruption touche le dispositif européen, et que des hauts biens placés (la vice-présidente grecque du parlement européen) sont écroués… Au Liban, le clientélisme, la corruption sont systémiques avec le consentement d’électeurs qui votent pour les mêmes élus, malgré le mince changement des derrières élections de mai dernier. Qui peut aider le Liban à faire de la lutte contre la corruption, et surtout le clientélisme, un modèle de bonne gouvernance ? Quand on sait très bien que le pays n’a pas les moyens de cette politique. Les vœux, les petites avancées sont une chose, et leur mise en application en est une autre.

    NABIL

    16 h 17, le 11 décembre 2022

  • Les corrompus qui tiennent encore le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire ne vont pas se combattre eux-memes et se mettre volontairement en prison.... Quand au FMI, il n'y a pas grand chose a en attendre. Il brille surtout par son soutien aux puissants (et corrompus) partout dans le monde.

    Michel Trad

    11 h 34, le 11 décembre 2022

  • Parole …. Sono solo parole

    Eleni Caridopoulou

    18 h 12, le 09 décembre 2022

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