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Culture - Théâtre

Ou comment, quarante ans plus tard, l’actualité libanaise reste la même

En duo, Yara Zakhour et Adon Khoury interprètent « Chi metel el-kezeb » (Difficile à croire) au théâtre Monnot*, une comédie adaptée du livre « Alwen mich aa baada » (Des couleurs qui ne vont pas ensemble) de Morice Awwad.

Ou comment, quarante ans plus tard, l’actualité libanaise reste la même

Yara Zakhour et Adon Khoury, un couple aux prises avec l’actualité éprouvante du Liban. Photo Chris Ghafary

Ils sont partenaires sur scène et dans la vie. Yara Zakhour et Adon Khoury ont déjà collaboré dans un court métrage de Ray Hichmi (pour l’ONG Himaya) et au sein d’un forum-théâtre (théâtre interactif) de Karim Dakroub. « L’envie de se retrouver sur les planches, ensemble, me démangeait », confie la jeune actrice. Elle propose donc à son compagnon une écriture à 4 mains. « Nous allons faire mieux », lui répond Adon Khoury, qui a été biberonné par son paternel Morice Awwad à la poésie et à la littérature. « Nous allons puiser dans les textes de mon père et trouver la pièce la plus adéquate. » C’est ainsi qu’ils choisissent, parmi la cinquantaine d’œuvres de son répertoire, Alwan mich aa baada (Des couleurs qui ne vont pas ensemble) qui relate le parcours d’un homme et d’une femme ayant enduré les infortunes au Liban durant les années de guerre et d’instabilité. Le poète libanais avait entamé ce texte dramaturgique dans les années 70 pour l’achever dans les années 80. Il avait évoqué le fardeau que portaient les Libanais privés à l’époque de leurs droits civils et humains fondamentaux. Ironiquement, en 2022, les mêmes misères nous rongent toujours, ce qui nous appelle à nous interroger sur notre volonté d’améliorer la situation dans laquelle nous vivons...

Yara Zakhour et Adon Khoury, ensemble dans la vie et sur les planches. Photo Chris Ghafary

D’aucuns pourraient se poser la question : mais pourquoi Adon Khoury ne porte-t-il pas le même nom de famille que son père Morice Awwad ? Selon la petite histoire, le père de Morice, donc le grand-père d’Adon, était prêtre et pour désigner Morice au village, on l’appelait ibn el-khoury (le fils du curé). Le nom de Khoury est resté et le petit Adon fut inscrit dans les registres de l’administration libanaise sous ce patronyme. Quant à la pièce Alwen mich aa baada, elle va être rebaptisée Chi metl el-kezeb tant le texte de Morice Awwad est encore incroyablement conforme à l’histoire du Liban 40 ans plus tard. Un texte à l’humour noir et décapant qui mêle le drame au sexe, la plaisanterie à la misère, l’amour au désespoir. Un texte qui n’a pas été retouché, pas même d’une virgule. Et l’on a l’étrange impression que cette pièce a été écrite... aujourd’hui. À portée philosophique mais aussi à tendance politique et sociale, elle s’adapte parfaitement à la situation actuelle du pays. Dans Chi metel el-kezeb, Zakhour et Khoury signent la scénographie, la création de la bande-son et l’adaptation du texte.

Ils auront recours aux conseils de Georges el-Asmar. Cette pièce se joue dans la petite salle du théâtre Monnot, ce qui rapproche fortement le public des acteurs, mettant ces derniers dans une position de voyeurs.

Avec une interrogation principale, celle de Morice Awwad, à la clé : est-ce bien cela que nous voulons faire hériter à nos enfants ? À méditer...

*Au théâtre Monnot (ACT), Achrafieh, Beyrouth. Du jeudi 24 au dimanche 27 novembre, puis le mercredi 30 novembre, à 17h30, avec possibilité de prolongation.

Du tac au tac, avec les acteurs

La scène la plus drôle ?

Pour Yara Zakhour, c’est une scène d’amour. Lorsqu’elle plante une fleur dans ses cheveux, s’étend sur le lit et que la lumière vire au rouge, elle décide de faire son petit numéro de séduction auquel Adon n’est pas du tout sensible. Elle finit par aller à la cuisine pour se prendre deux sandwichs. Pour Adon Khoury, c’est la scène où il faut choisir la taille du cierge pour les Rameaux. Il lui faut trouver une bougie de 3 mètres de long pour satisfaire sa femme et trouver l’église avec la porte qui permettrait son passage. « Impossible, lui dit-elle, que mon fils ait une taille en dessous de 3 mètres. »

La scène la plus difficile à jouer ?

Pour les deux, c’est la première scène, car « l’amour est très difficile à mettre en scène. Il nous faut être convaincants pour pouvoir démarrer la pièce sans aucune fausse note et trouver le rythme. Un texte poétique est très dur à jouer, il faut l’émotion mais en silence. Cette scène a été réfléchie comme une ouverture pour donner le “la” et pour clore la pièce, pour boucler la boucle ».

La scène la plus émouvante ?

Pour elle, c’est lorsque l’électricité se coupe (déjà, il y a 40 ans). Ils n’ont plus de quoi manger, ils allument les cierges et le mari décide d’aller à la recherche de pain. La femme est désemparée, il la réconforte en lui disant : « Demain, nous aurons un nouveau président et tout ira bien (déjà, il y a 40 ans). » Pour lui, c’est lorsqu’il décide d’acheter son cercueil pour éviter que sa femme ne s’encombre de dépenses.

La phrase la plus touchante ?

« Hier encore, nous étions des enfants. »

La scène la plus adaptée à la situation ?

Pour eux deux, c’est la phrase : « Avec quelle jambe je vais courir, la gauche ou la droite ? » Traduire : À quel parti vais-je adhérer ?

Mais qui était Morice Awwad ?

Poète né en 1934 à Bsalim dans le Metn et mort en 2018, Morice Awwad a été influencé à ses débuts par de grands noms de la poésie libanaise comme Saïd Akl et Michel Trad. Un grand nombre de ses poèmes, pièces de théâtre et romans ont été traduits en français, italien et polonais. On peut aussi trouver dans son registre des discours et des textes pour des partis pendant la guerre civile libanaise de 1975 ainsi que des chansons pour la grande dame de la chanson libanaise Sabah. Morice Awwad était un homme très courageux et n’hésitait pas à aborder tous les sujets malgré une éducation traditionnelle chez les prêtres.

Fiche technique

Chi metel el-kezeb de Adon Khoury et Yara Zakhour

Texte : Morice Awwad

Mise en scène : Adon Khoury et Yara Zakhour

Comédiens : Adon Khoury et Yara Zakhour

Supervision artistique : Georges el-Asmar

Création lumière : Hagop Derghougassian

Création de la bande sonore : Adon Khoury

Médias et communication : Chris Ghafary.


Ils sont partenaires sur scène et dans la vie. Yara Zakhour et Adon Khoury ont déjà collaboré dans un court métrage de Ray Hichmi (pour l’ONG Himaya) et au sein d’un forum-théâtre (théâtre interactif) de Karim Dakroub. « L’envie de se retrouver sur les planches, ensemble, me démangeait », confie la jeune actrice. Elle propose donc à son compagnon une écriture à 4...

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