Caroline Garcia soulevant le Billie Jean King Trophy récompensant la vainqueure du Masters WTA après avoir battu la Bélarusse Aryna Sabalenka en finale au Dickies Arena de Fort Worth, au Texas, le lundi 7 novembre. Tom Pennington/Getty Images/AFP
« On a eu la chance d’avoir d’immenses championnes en France par le passé, je suis vraiment fière d’en faire partie. » Tout émue face à la presse, Caroline Garcia prend conscience qu’elle est en train de changer de dimension. Perçue il y a encore six mois comme un espoir déchu du tennis tricolore, la Lyonnaise a parachevé ce lundi la meilleure saison de sa carrière de la plus belle des manières.
En venant à bout de la Bélarusse Aryna Sabalenka (n° 7), 7-6, 6-4, au terme d’une finale qu’elle aura maîtrisée de bout en bout, à l’image de son parcours dans ce Masters WTA, Garcia a prouvé qu’elle s’était hissée au niveau des meilleures joueuses du monde.
À 29 ans, elle s’inscrit dans le sillage d’Amélie Mauresmo, dernière Française vainqueure de l’épreuve en 2005, et en profite pour grimper au 4e rang mondial. Un classement déjà atteint en 2018, avant quatre années difficiles, entre crise de confiance, tennis en perdition et soucis physiques récurrents, qui l’ont fait sombrer jusqu’à la 74e place en fin d’année dernière.
« Je voudrais remercier mon équipe mais aussi partager ce trophée avec toutes les personnes qui m’ont accompagnée toutes ces années. Je ne garde que des choses positives de ces expériences qui ont fait de moi une meilleure joueuse et une meilleure personne », avait-elle d’abord réagi.
Arrivée au Texas dans une relative incertitude, après le départ inattendu de son entraîneur Bertrand Perret, « Caro » a trouvé les ressources mentales et physiques, pour s’adjuger le 11e titre de sa carrière. « Je savais que mon jeu était là », avait-elle souligné, à raison, après sa victoire en demi-finale contre la Grecque Maria Sakkari, déterminée à ne conserver que le meilleur de cette collaboration fructueuse avec Perret. Elle y est brillamment parvenue.
Impériale au service
En devenant son coach il y a onze mois à peine, succédant à son père Louis-Paul, qui avait occupé cette fonction pendant dix ans, Perret s’est attaché à conforter « Caro » dans son identité de jeu offensif, en la poussant à jouer plus encore vers l’avant, à prendre plus tôt la balle, à se positionner à l’intérieur du court au retour et à attaquer le filet sans peur.
Autant de facteurs-clés de sa réussite à partir du second semestre, dans le sillage d’une victoire en double à Roland-Garros avec Kristina Mladenovic, leur deuxième après 2016. Des titres à Bad Hombourg, à Varsovie et à Cincinnati ont suivi lors d’un été flamboyant conclu par une demi-finale à l’US Open.
Face à Sabalenka, qui espérait elle aussi décrocher un 11e titre à 24 ans, après sa performance de taille en demi-finale aux dépens de la n° 1 mondiale Iga Swiatek, Garcia a été d’une solidité désarmante, au service notamment, ne laissant pas la moindre occasion de breaker à sa rivale.
Une bataille dépassant rarement quatre coups par échange s’est engagée, les deux joueuses conservant leur engagement avec autorité. La décision s’est fait durant le jeu décisif de la première manche : si la Française a continué à exceller au service (68 % de premières balles passées) avec un 10e ace, Sabalenka a fini par craquer sur le sien en commettant deux doubles fautes, dont celle qui a offert la manche à sa rivale.
Sur quoi, la Bélarusse est allée quelques minutes au vestiaire. Ce qui ne l’a pas empêché de se faire breaker d’entrée de seconde manche (2-0), sur la toute première opportunité de la Française. Ce sera la seule fois du match.
En apesanteur
« J’ai baissé de niveau dans deux moments-clés, c’est tout. La défaite est très rude à encaisser. Mais j’ai fait de mon mieux et elle a joué un tennis incroyable », a commenté Sabalenka. Garcia est en effet restée intraitable, même si la Bélarusse a lâché ses coups. Pour mener 5-3, elle a notamment su sortir un ace bienvenu, le seul de ce set. Ses 11 du soir font au total 394 cette année, plus que n’importe quelle autre joueuse du circuit.
« Caro » qui a été à deux points d’une élimination dès la phase de groupe, avant de battre la Russe Daria Kasatkina (n° 8), n’a pas craqué cette fois. Au dernier changement de côté, elle s’est relaxée, parlé à elle-même, a respiré longuement les yeux fermés.
Sur sa deuxième balle de match, la bonne, elle s’est écroulée de joie, avant d’aller embrasser les siens. Presque en apesanteur. Dix-sept ans après Amélie Mauresmo, qui avait triomphé aux dépens de Mary Pierce en novembre 2005, lors d’une finale 100 % tricolore d’un autre temps, Garcia et son jeu étincelant réinvoquent les noms et les heures les plus fastes du tennis tricolore.
La Lyonnaise serait d’ailleurs bien inspirée de suivre encore un peu les pas de sa glorieuse aînée et ancienne capitaine de Fed Cup. Dans l’euphorie de son sacre au Masters, Amélie Mauresmo s’était octroyée trois mois plus tard son premier titre en Grand Chelem à l’Open d’Australie. Nul doute que « Caro », désormais habituée aux derniers carrés en majeur, se verrait bien elle aussi soulever un tel trophée à Melbourne. De quoi aussi mettre un terme à la décennie de disette des tricolores en Grand Chelem depuis le titre de Marion Bartoli à Wimbledon en 2013.
G.B. avec AFP

