Awer Mabil sous le maillot de la sélection nationale australienne. Karim Jaafar/AFP
De Kakuma à Doha, il n’y a qu’un pas. Fils de de parents sud-soudanais ayant fui la guerre dans leur pays, Awer Mabil a forcé le destin et s’apprête à réaliser son rêve : celui de participer avec l’Australie à la Coupe du monde de football au Qatar, qui fera son entrée en lice le 22 novembre contre l’équipe de France.
L’ailier de 27 ans, qui évolue dans le club espagnol de Cadix, a beau s’être imposé au sein de l’équipe nationale australienne, les Socceroos, il garde toujours à l’esprit ses origines modestes. « De toute évidence, c’est ce qui m’a construit. Cela m’a enseigné de nombreuses valeurs que je garde en moi encore à ce jour », a-t-il expliqué à la chaîne de télévision australienne SBS.
« L’une des choses les plus importantes, c’est l’humilité, c’est ce que j’ai appris dans cet environnement dès mon enfance. »
Mabil est né dans le camp de réfugiés de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya où ses parents avaient échappé à la guerre civile au Soudan, survivant avec un repas par jour et jouant pieds nus au football avec une chaussette remplie de sacs en plastique en guise de ballon. « Je suis né dans une hutte, une petite hutte. Ma chambre d’hôtel est bien plus grande que la hutte, la pièce où ma famille vivait dans le camp de réfugiés », a-t-il témoigné.
En 2006, sa famille est acceptée en Australie, avec l’aide de son oncle. « Le fait que l’Australie nous a acceptés et nous a accueillis, cela nous a donné à moi et à mes proches une chance dans la vie. C’est dans ce sens que je remercie l’Australie pour cette chance, pour cette opportunité donnée à ma famille. »
De la hutte aux buts
Sur place, le jeune homme progresse dans sa pratique du football au point de rejoindre le club de première division d’Adelaide United, où il fait ses débuts à 17 ans et quelques mois.
En 2015, il s’engage avec le club danois du FC Midtjylland, et participe en 2020 à la conquête du titre national, lui offrant la possibilité de participer à la prestigieuse Ligue des champions.
Après deux brefs passages par le Portugal et la Turquie, Mabil, libre de tout contrat, s’est engagé cette année à Cadix, dans le prestigieux championnat espagnol. S’il a déjà pas mal voyagé en club, l’ailier est devenu un pilier de l’équipe nationale australienne sous la direction de Graham Arnold, avec 29 sélections et huit buts.
Sa première titularisation en 2018 lors d’un match amical contre le Koweït restera à jamais gravée dans sa mémoire : entré en seconde période, il marqua un but au terme d’une action impliquant son ami d’enfance Thomas Deng, un autre réfugié originaire comme lui de l’actuel Soudan du Sud et qui faisait lui aussi ses débuts internationaux.
À la différence de Mabil, Deng a vu sa carrière contrariée par les blessures. Mais il a pris part au stage de préparation des Socceroos avec une rencontre amicale contre la Nouvelle-Zélande en septembre et il reste un mince espoir que les deux gamins qui tapaient la balle dans la poussière de Kakuma foulent ensemble les terrains manucurés du Mondial 2022.
« Le rêve devient réalité »
Pour être au rendez-vous, Awer Mabil aura dû surmonter le très douloureux décès de sa petite sœur dans un accident de voiture à Abou Dhabi en 2019, où il disputait la Coupe d’Asie avec la sélection australienne.
Plus récemment en juin, il fit partie des joueurs qui prirent part à la séance de penalties décisive dans un match de barrage couperet face au Pérou (0-0 5 t.a.b à 4), une victoire synonyme de cinquième qualification consécutive de l’Australie pour la phase finale de la Coupe du monde.
« Un jour, il a fait un rêve... il jouerait à la Coupe du monde pour l’Australie », a rapporté son oncle Peter Kuereng à la presse australienne. C’est à l’âge de 11 ans qu’il a eu cette vision. Et maintenant, le rêve devient réalité.
Mais il en a désormais un autre, celui d’aider l’Australie à dépasser le stade des hutièmes de finale, son meilleur résultat dans la compétition, en 2006 (défaite 1-0 contre le futur champion du monde italien).
Martin PARRY/AFP


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06 h 04, le 12 novembre 2022