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Moyen-Orient - Entretien

En Israël, « la question palestinienne a été presque totalement absente des campagnes électorales »

Alors que le pays se trouve dans une impasse politique, les élections législatives ont été marquées par l’absence de propositions concernant le sort des Palestiniens dans les territoires occupés. Ghaith el-Omari, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, fait le point pour « L’Orient-Le Jour ».

En Israël, « la question palestinienne a été presque totalement absente des campagnes électorales »

Un bureau de vote, le 1er novembre 2022, à Taibe, au nord d’Israël. Ammar Awad/Reuters

Au lendemain des élections législatives en Israël, une question reste sans réponse : qui porte encore la cause palestinienne ? Traitée uniquement sous l’angle sécuritaire alors que les violences font rage à Naplouse, Hébron, Chouafat ou encore Jénine, la question palestinienne a été quasiment absente des cinq campagnes électorales qui se sont succédé depuis avril 2019. Pourtant, la participation au vote des Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne (environ 20 %) est très attendue dans ces élections car elle pourrait être décisive pour dégager une majorité à la Knesset. Alors que le Premier ministre centriste par intérim, Yaïr Lapid, qui gère les affaires courantes depuis le 1er juillet, tente d’empêcher le retour au pouvoir de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite comme à gauche, aucun des deux principaux prétendants au pouvoir n’a semblé offrir une perspective de paix.

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Du côté palestinien, les espoirs qui subsistaient à l’ère post-Oslo semblent s’être progressivement évaporés : selon une étude menée par le Palestinian Center for Policy and Survey Research, 64 % des Palestiniens pensent que la solution à deux États n’est plus une option réalisable en raison de l’expansion des colonies israéliennes. Une frustration augmentée par le discrédit croissant de l’Autorité palestinienne, générant une situation explosive qui ne laisse que peu d’espace pour un relais politique. L’année dernière, un parti indépendant, Raam, était entré dans l’histoire en étant la première formation arabe à intégrer une coalition gouvernementale israélienne, suscitant un regain d’espoir parmi les citoyens arabes israéliens qui y voyaient une étape importante vers l’obtention de leurs droits. Mais à l’issue de l’effondrement du gouvernement de Naftali Bennett en juin dernier, après seulement quelques mois au pouvoir, très peu des promesses électorales avaient été tenues. Ghaith el-Omari, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, revient pour L’Orient-Le Jour sur cet effacement progressif de la question palestinienne en Israël.

Alors qu’ils sont souvent considérés comme des citoyens de seconde classe, la participation au vote des Palestiniens de citoyenneté israélienne est très attendue car elle pourrait être décisive pour dégager une majorité parlementaire. Que révèle ce paradoxe dans la politique israélienne ?

Elle révèle un certain nombre de choses : du côté de l’État, il existe un fossé évident entre l’État et ses citoyens arabes, qui ont le sentiment que les institutions publiques ne répondent pas à leurs besoins, quel que soit le parti au pouvoir. Mais cela montre également que les partis arabo-israéliens n’ont pas réussi à refléter les priorités de leurs électeurs ou à trouver des moyens de naviguer dans la politique israélienne, au sens large, de manière efficace. Cette situation est dangereuse et a conduit à l’effondrement de l’ordre public dans les communautés arabo-israéliennes, voire à une rupture intercommunautaire marquée par de violentes altercations entre les citoyens arabes et juifs israéliens, comme nous l’avons vu en mai de l’année dernière.

Comment a été traitée la question palestinienne dans les débats qui ont animé cette période électorale en Israël, marquée par l’intensification des violences dans les territoires occupés ?

Hormis les accusations mutuelles à petite échelle entre les candidats au sujet de la violence en Cisjordanie, la question palestinienne a été presque totalement absente des campagnes. Même lorsque le Premier ministre sortant Lapid a soutenu la solution à deux États à l’ONU, cela n’a pas suscité beaucoup de débats lors des élections. Les seuls candidats qui ont mis l’accent sur cette question étaient ceux de l’extrême droite, mais leur approche est négative et propose des politiques conçues pour empêcher plutôt que promouvoir tout progrès futur. Certaines de ces politiques, comme l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie ou la fin des accords de statu quo sur le mont du Temple/al-Haram al-Charif (situé sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, NDLR), sont même conçues pour exclure la possibilité d’une solution future.

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La disparition progressive du vocabulaire politique de la notion de « paix » a-t-elle à voir avec le délitement des partis israéliens de gauche ?

C’est l’histoire de l’œuf et de la poule : l’effondrement du processus de paix – déclenché d’abord par l’échec du sommet de Camp David en 2000 et la seconde intifada, puis par une série de négociations ratées sous les présidents américains Bush et Obama – a affaibli l’aile gauche. Cet affaiblissement, en particulier la désintégration constante du Parti travailliste, a rendu plus difficile l’engagement de pourparlers de paix. Mais fondamentalement cette disparition peut être attribuée au fait que la population israélienne a perdu l’espoir en toute possibilité de progrès et a lentement traité la question comme un débat qui ne peut être résolu et qui ne vaut donc pas la peine d’être engagé.

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Entre le discrédit croissant de l’Autorité palestinienne dans les territoires occupés et l’échec de Raam, seul parti arabe à avoir rejoint une coalition gouvernementale israélienne, quel relais politique reste-t-il en Israël et dans la région pour porter la cause palestinienne ?

Il n’y a que deux forces en Israël qui peuvent réellement traiter la question palestinienne. D’un côté, on trouve les partis centristes comme ceux de Lapid et Gantz, dont l’approche est axée sur de petites mesures concrètes, mais pas sur une diplomatie de haut niveau. À l’autre extrémité, on trouve les partis de droite qui se concentrent sur de grandes étapes, telles que l’annexion et l’expansion incontrôlée des colonies, qui empêcheront une future solution à deux États. Les partis de gauche ou arabo-israéliens ne sont tout simplement pas efficaces en Israël aujourd’hui. La question palestinienne a cessé d’être une priorité dans la région depuis quelques années. Au sommet d’Alger, la question ne sera traitée que de manière symbolique : l’Algérie a convaincu les parties palestiniennes de signer un accord de réconciliation vide de sens qui ne sera pas mis en œuvre et le communiqué final répétera de vieux slogans sans perspective de mise en œuvre.

Au lendemain des élections législatives en Israël, une question reste sans réponse : qui porte encore la cause palestinienne ? Traitée uniquement sous l’angle sécuritaire alors que les violences font rage à Naplouse, Hébron, Chouafat ou encore Jénine, la question palestinienne a été quasiment absente des cinq campagnes électorales qui se sont succédé depuis avril 2019....
commentaires (2)

Au lieu de parler à leur place et d’imposer votre propre avis il serait plus utile d‘écouter ce que les Palestiniens ont à dire sur ce sujet qui les concernent tant. Et ils sont très nombreux, partout dans le monde, de lever leurs voix et bcp les soutiennt, aussi des intellectuels et historiens israéliens. Dire „qu‘ils ont fait la paix et n‘en parlent plus“ ressemble à une insulte.

M./Mme.

19 h 47, le 02 novembre 2022

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Commentaires (2)

  • Au lieu de parler à leur place et d’imposer votre propre avis il serait plus utile d‘écouter ce que les Palestiniens ont à dire sur ce sujet qui les concernent tant. Et ils sont très nombreux, partout dans le monde, de lever leurs voix et bcp les soutiennt, aussi des intellectuels et historiens israéliens. Dire „qu‘ils ont fait la paix et n‘en parlent plus“ ressemble à une insulte.

    M./Mme.

    19 h 47, le 02 novembre 2022

  • Il n’y a que les crétins qui abordent encore la question palestinienne. Même les palestiniens ont fait la paix et n’en parlent plus. Faut arrêter au liban et dans quelques pays arabes sous domination iranienne, de parler de ce sujet dépassé. Surtout au Liban, où non seulement tout le monde, censé du moins, s’en tape cependant, les palestiniens ont participé à la destruction du liban et aux massacres de saadiyat, de Damour et de nombreux villages du liban…etc… ce sont les ennemis des libanais. Pas encore ennemis officiels du liban mais ca viendra. Parlez nous d’autres choses please.

    LE FRANCOPHONE

    17 h 53, le 02 novembre 2022

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