Romane Dicko sur la première marche du podium des Mondiaux de judo de Tachkent, en Ouzbékistan, après sa victoire en finale dans la catégorie des + de 78 kg. Kirill Kudryavtsev/AFP
« Je ressens beaucoup d’émotions parce que je savais que j’en étais capable, mais entre le savoir et le faire, c’est autre chose. » Dans un mélange d’effusions de joie et lacrymales, Romane Dicko n’a pu cacher son émotion après avoir reçu sa breloque dorée.
« J’ai eu un début de journée très compliqué, j’ai eu du mal à me mettre dans la compétition, mais ça m’a reboostée. Je me suis dit “j’ai pas le choix, il faut que je sois plus agressive”, et pour la finale, je suis vraiment montée d’un cran. J’étais la Romane de d’habitude », s’est-elle félicitée.
Céline Dion dans les oreilles pendant l’échauffement – « C’est la base! » –, ceinture porte-bonheur autour de la taille, la native de Clamart a été expéditive en finale des +78 kg contre la Brésilienne Beatriz Sousa, mettant son adversaire ippon en à peine plus d’une minute.
« Elle a fait une finale monstrueuse, elle était intouchable en fait », a réagi le patron de l’équipe de France féminine, Christophe Massina. « C’est une machine », a renchéri sa coach en bleu, Séverine Vandenhende.
Un peu plus tôt, l’autre Française engagée dans la catégorie, Julia Tolofua, avait décroché la médaille de bronze en s’imposant aux pénalités contre l’Israélienne Raz Hershko.
Sur la route de la finale, la triple championne d’Europe s’était défaite par ippon de la Chinoise Su Xin pour son entrée en lice au deuxième tour, avant de signer deux waza-ari contre la Néerlandaise Marit Kamps en quart de finale. Elle avait ensuite battu sa compatriote Julia Tolofua en demi-finale.
« Une grosse salade bien faite »
« Forcément, c’est compliqué parce que, avec Julia, on s’aime beaucoup, mais je suis très contente qu’on soit deux sur le podium des championnats du monde », a souri Dicko. Au terme de la dernière journée des compétitions individuelles, et avant l’épreuve par équipes jeudi, la France compte donc quatre médailles, dont un titre.
Les Bleus vivaient jusqu’ici des Championnats difficiles, avec plusieurs contre-performances venues de l’équipe féminine, attendue bien plus haut.
Le début de compétition avait vu les éliminations prématurées de Shirine Boukli, numéro 1 mondiale des -48 kg, et Sarah-Léonie Cysique, vice-championne olympique à Tokyo en -57 kg. Lundi, Margaux Pinot et Marie-Ève Gahié avaient chuté avant les quarts. Puis mardi, en -78 kg, c’est Madeleine Malonga, également en argent à Tokyo l’an dernier, qui était tombée dès son entrée en lice.
« Forcément, ça atteint un peu parce que quand on a les copines au self le soir, on pense que tout le monde va revenir médaillé et c’est ce qu’on veut pour nos copines. Mais il faut passer au-dessus », a-t-elle déclaré.
Deux coups de fil plus tard, l’un à son cousin, l’ancien recordman du monde de triple saut Teddy Tamgho, et un autre à Teddy Riner, Dicko s’est sentie « rassurée ». « Je me suis dit “OK, c’est compliqué pour l’équipe de France, mais chaque athlète est différent. C’est ta compétition, c’est pas encore la compète de l’équipe. Aujourd’hui, c’est ton jour et juste éclate-toi”. »
À moins de deux ans des Jeux olympiques, Dicko s’impose ainsi comme l’une des leaders du collectif français, aux côtés de Riner, actuellement blessé, et de Clarisse Agbégnénou, en phase de reprise après un congé maternité.
Interrogée sur ce qui faisait sa force, elle a répondu, dans son sourire habituel : « C’est un mélange de mental, de physique, de dynamisme. C’est un peu tout ça, une grosse salade bien faite ! »
Diane FALCONER/AFP

